CHAPITRE X
petites sœurs, comme en Tabsence de la mère elles s'efforcent de la remplacer, comme elles sont ingénieuses à les amuser, empressées à les consoler ! Et le grand frère, avec quel air de m&le assurance il veille sur son puîné, avec quel courage il le défend! C'est que l'un et l'autre ont été petits, c'est qu'ils se rappellent, qu'ils comprennent et qu'ils sentent les chagrins de leurs frères et sœurs. Ge même enfant qui ravissait sans pitié les petits oiseaux à leur mère, on en fait sans peine un protecteur de ces mêmes oiseaux, quand on a su l'initier à leur vie, lui montrer dans le nid comme une image de la maison paternelle, lui peindre les dangers, les besoins, les alarmes des pauvres couvées, la sollicitude, les transes et la douleur des mères !
L'homme en général, l'homme fait ne s'associe que difficilement aux souffrances des êtres qui n'ont avec lui aucune ressemblance ou que des analogies lointaines. L'enfant est comme lui, il tourmente sans scrupule un hanneton parce que la distance est trop grande de lui à l'insecte. Il y a donc une éducation de la pitié, et c'est un art d'apprendre à l'enfant à vivre en quelque sorte de la vie des êtres inférieurs, à étendre sa pitié jusqu'à eux, et à ne se permettre que les souffrances nécessaires ou au moins utiles à sa propre conservation. Si les enfants paraissent parfois insensibles aux souffrances des grandes personnes malades ou infirmes, c'est qu'ils ne trouvent pas eneux, dans leur mémoire, de point
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de comparaison et qu'ils ne se font pas une idée ée ^eft sottffraiMes. Nous ne connaissens et nous ne comprenons bien en ftôt de sentiments que ceux q^ nous ayons éptwuvéi nMs^mèmes. Alors nous nous mettoifê en esprit à la place de c^ix qui souffrent, «t nous sympathisons. C'est per 1» mèine raison •que les enfants sont à peu près indifférents aux grands malbeursi aux grandes infortufiies ; ite ne peuy^t en comprendre retendue, en prévoir les conséquences; il leœr nMinque en effet et heureuse*ment F^Lpérieniee. Ne nous bâtons donc pas de 1^ ^u^cuser de froideur ou de dureté, Taccusation serait injuste, du moms le plus sourent.
La pitié du reste est un sentiment trop fort, trop douloureux, trop épuisant poiir des 4mes d'enfa^; «'ils y devenaient trop accessibles, si tou& les spectacles attristants qm paosent'soiïskurs yeux devaient en tirer des larmes et saisir leurs coeurs, les enfants n'y résisteraient pas, ils mourraient d*une maturité prématurée.
Ë6t<e une raison pour ne pas cultiver leuf sensi* bilité? Non certes; mais il faut se garder de te surexciter; il faut surtout récteirer et la régler de manière à ce qu'elle ne se fourvoie pas, et n'aille pas trop loin; entre rinsenEâinlité et l'excès de stmslbilité il y a un jaste milieu.
S'il est en ce monde des malheureux entre Jes malheureux, ce sont assuréme?^ les hommes qui se survirent à ewx-mômes, et qui, perdant la raiwon.