‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 69 sur 159 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pourtant la maturité est féconde, 8*il8 étaient entourés de plus de soins, 'de bienveillance» de sollicitude! Qui pourrait dire ce que les familles, ce que la société elle-même perdent de ressources morales et matérielles à cet engouement pour le mérite superficiel, à ce délaissement de la prétendue médiocrité, à cette prédilection avouée pour la valeur intellectuelle, à celte indifférence traditionnelle pour la valeur morale ?

Avec un bon système d'éducation qui établirait Tordre véritable, qui avant tout affirmerait la subordination du talent à la vertu, que de bien Ton pourrait faire, que de mal on pourrait éviter !

En refroidissant des vanités inconsidérément flattées, on amènerait les enfants bien doués à faire des efforts plus patients et partant plus féconds, à juger moins avantageusement d'eux-mêmes et plus favorablement des autres; en relevant dans leur propre estime et dans celle de leurs camarades les enfants moins favorisés, on leur donnerait la confiance qui ouvre l'esprit, qm double les forces ; on préserverait leurs cœurs des sentiments amers.

De là, même au point de vue intellectuel, un double profit; car d'un côté les terrains ingrats, aujourd'hui incultes ou mal cultivés, entreraient en rapport, et, de l'autre, les terres fertiles, plus profondément labourées, produiraient davantage. A l'autre point de vue, il y aurait, entre les enfants d'abord et plus tard entre les hommes, plus d'union.

plus d'accord; car l'accord repose sur la bienveillance et Testime mutuelles, et ces sentiments ne peuvent naître et durer sans une appréciation équitable de qualités nécessairement différentes entre des êtres doués inégalement. D'ordinaire, nous n'estimons en autrui que les qualités que nous croyons avoir; aussi notre dédain et notre indifférence pour des talents qui nous sont étrangers, provoquent en retour des mépris ou des représailles qui nous tiennent les uns vis-à-vis des autres dans un perpétuel état d'isolement, de fractionnement ou d'hostilité.

Si Ton parvenait à créer dans l'école une émulation morale semblable à celle qui y règne pour les succès scolaires, si les enfants s'efforçaient de se surpasser en vertu comme ils font en savoir, s'ils se portaient vers le bien avec la même ardeur que vers la science, si Ton travaillait autant à former leur cœur qu'à meubler leur esprit, à préparer à la pratique du bien qu'à préparer aux examens de tout genre, à faire d'honnêtes gens qu'à faire des brevets et des certificats, en un mot, si l'éducation allait de pair avec l'instruction, quelle abondante semence de bonnes actions pour l'avenir, quelle riche floraison de vertus en perspective, quel renouveau de moralité pour la vie publique et pour la vie privée, quel apport de force et de santé pour le corps social, quel gage de sécurité pour le pays, de stabilité pour la République et d'honneur pour

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