‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 73 sur 159 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

toute seule» ou plutôt qui ne vaut pas la peine d*étre apprise.

Plus tard ces enfants, devenus hommes, portent dans la vie les habitudes de jugement et de conduite qu'ils ont contractées dans l'école; indifférents à tout ce qui touche aux moeurs, indulgents à euxmêmes comme aux autres, ils ne recherchent que le plaisir, ou n'envient que le talent, ils n'aspirent -qu'an succès, et tandis qu'un certain nomhre s'effor- -cent encore d'avancer dans l'étude des sciences et des arts dont on leur a enseigné les premiers élé*ments, combien peu se soucient d'avancer dans cette iroie de progrès moral, qui, commençant à l'école, ne devrait finir qu'avec la vie I Ils travaillent encore à devenir plus instruits, ils ne travaillent pas à de* venir meilleurs.

Et cependant jamais la société française n'a eu un plus grand, un plus pressant besoin, je ne dis pas seulement d'honnêtes gens, ce besoin est de tous les temps, mais d'hommes de bon sens et de bon con^sril. Autrefois les erreurs 4e jugement ne nuisaient guère qu'à ceux qui les commettaient ; aujourd'hui elles nuisent à tout le monde ; c'est qu'autrefois char cun n'avait à s'occuper que de soi ou des siens, iiandis qu'aujourd'hui chacun a sa part d'influence •^ partant de responsabilité dans la chose commune^

En nousfaisant citoyens, desujets que nous étions» 1^ République nous a rendus maîtres et arbitres de

nos destinées et nous pouvons dire avec le poète Régnier :

Nous sommes du bonheur de nous tous artisans Bt fabriquons nos jours ou fâcheux ou plaisants.

En effet, la vie moderne n'est qu'un continuel exercice de jugement sur les choses et sur les hommes.

L'élection est partout, à tous les degrés de Féchelle : conseillers municipaux, conseillers d'arrondissement, conseillers généraux, députés, sénateurs, du haut en bas, nous choisissons et nommons ceux qui sont chargés de nos affaires. Et ce ne sont pas seulement les affaires publiques qui sont livrées à l'élection ; sociétés industrielles, commerciales, financières, agricoles, scientifiques, littéraires, artistiques, sociétés de secours mutuels, d'assurances, d'éducation, d'enseignement, partout c'est le suffrage qui règne en maître ; presque toutes les professions, presque tous les métiers, ont leurs conseils, leurs syndicats élus ; le suffrage est devenu sinon l'unique, au moins le principal dispensateur des pouvoirs de tout genre ; et l'exercice de ce droit déjà si étendu, on doit s'attendre à le voir étendre encore plutôt qu'à le voir restreindre. 11 est donc permis de dire, sans exagération aucune, que nous sommes aujourd'hui responsables de notre sort comme de notre honneur.

Dans une société où tout dépend du vote, c'est-à«

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