CHAPITRE XH
tude da calcul à Télan spontané vers le bien, et qu'il -faut prendre garde d'altérer le principe même de la vertu, sous prétexte de rendre vertueux : mais je sais aussi que les enfants ne sont pas des hommes, que ridée abstraite du bien a peu de prise sur leur esprit, que le devoir n'est d'abord pour eux qu'un mot vague et vide, qui ne se précise et ne se garnit de sens qu'à la longue et par des accroissements insensibles ; enfin je crois que, si Ton récompense la vertu dans l'homme fait, il y a au moins inconséquence et imprévoyance à ne pas la récompenser dans l'enfant.
La loi morale toute seule, l'impératif catégorique tout sec ne suffit pas à l'éducation du premier âge ; la conscience elle-même ne se borne pas au commandement strict, elle qui rébompense toute bonne action et presque toute bonne pensée d'une secrète douceur, et qui à la rigueur de ses ordres mêle une promesse et comme un avant-goût du plaisir pressenti. Ne soyons donc pas plus exigeants que la conscience , imi tons-la, mais avec prudence et discernement. Récompensons l'enfant pour qu'il prenne le goût de la vertu et pour qu'il arrive un jour à se passer des récompenses, et à se contenter de la satisfaction du devoir accompli. C'est une affaire de tact et de mesure ; gardons-nous de tout et toujours récompenser, faisons en sorte que la récompense soit le fruit et non l'unique but de l'effort, changeons la nature des encouragements suivant l'âge de l'enfant, diminuons-
en le nombre à mesure que Tàge augmente, que Tidée du devoir s'éclaircit dans les esprits, et que le sentiment de Fobligation morale se fortifie dans les cœurs.
Ainsi, sans croire à Tefficacité pas plus qu*à l'innocuité absolues des récompenses, j*estime qu'employées discrètement et à propos, elles peuvent amener les enfants au bien, leur en donner d^abord le goût, puis rhabitude et enfin leur en faire un besoin.
Au surplus, le problème n'est pas précisément facile à résoudre et la preuve, c'est quenon seulement il n*a pas encore été résolu, mais que pas plus dans l'enseignement secondaire que dans l'enseignement primaire, il n'a été résolument abordé. Il n'y faut rien moins que l'effort de tous les esprits et le concours de toutes les volontés. On sent bien l'insuffisance du système actuel, sa pauvreté, sa sécheresse et sa stérilité, et déjà certains essais, quoique timides encore et isolés, révèlent la préoccupation des maîtres et le sentiment de nos besoins.
Pour ma part, dans ma longue carrière de professeur, j'ai souffert plus d'une fois de mon impuissance à modifier des habitudes tyranniques; j'étais las de ce roulement monotone des compositions de tout genre, de cet éternel classement des élèves qui ramenait périodiquement les mêmes noms aux mêmes rangs, enflant les uns d'une vanité dangereuse, engendrant dans les autres une'jalousieamère.