CHAPITRE Xn
an une résignation humiliée, ou un dégoût funeste. Plus d'une fois je me suis mis par la pensée à la place de ces pauvres enfants, dont les efforts redoublés ne pouvaient triompher d'une médiocrité estimable, et qui, après chaque élan généreux, retombaient toujours au même point; et j'aurais voulu pouvoir établir un classement compensateur, où les enfants auraient été classés non plus d'après leur savoir et leurs succès, mais d'après leur mérite et leur bonté, et qui plus d'une fois, renversant l'ordre habituel, eût fait descendre un élève brillant, mais plein de défauts, et monter un élève ordinaire, mais plein de qualités.
Malheureusement ce classement réparateur présente des difficultés de tout genre ; il peut bien se faire approximativement dans l'esprit du mattre; mais en pratique comment l'établir avec précision et sûreté ? Dans les exercices de l'esprit, le classement est le résultat d'un concours ou, comme on dit, d'une composition; est-il possible de faire composer les enfants en docilité, en franchise, en politesse, comme on les fait composer en écriture, en histoire ou en calcul? évidemment non. Une heure ou deux suffisent à l'élève pour prouver qu'il a retenu ce qu'on lui a enseigné, ou compris ce qu'on lui a expliqué ; mais comment pourrait-il dans le même laps de temps prouver qu'il possède telle ou telle qualité, qu'il pratique telle ou telle vertu ? il faut pour cela des actes, et les actes veulent des oçca-
sione, qui ne se présentent qu'à des intervalles inégaux et parfois éloignés, occasions qu'on ne pourrait remplacer par une épreuve imposée et commune, sans fausser la sincérité et même sans compromettre le sérieux du concours. Peut-on se représenter trente ou quarante enfants mis en demeure d'accomplir, séance tenante, un acte de vertu ? et si, par impossible, on réussissait à trouver les moyens d'instituer ces concours, n'est-il pas évident que le stimulant de l'amour-propre et l'appât des récompenses provoqueraient des efforts de circonstance qui ne donneraient qu'une idée fort inexacte de la valeur réelle des concurrents ? Si l'acte demandé est le même pour tous, on obtiendra deux séries d'élèves : l'une comprendra ceux qui l'auront accompli, et l'autre, ceux qui n'auront pu l'accomplir, et les nuances observées dans l'accomplissement même ne fourniront jamais les éléments nécessaires au classement. Si les actes exigés sont différents, comment trouver une mesure commune et arriver à l'exactitude dans l'appréciation de mérites divers ?
Il y a donc impossibilité manifeste soit à imposer simultanément à une olc^se entière une épreuve identique, soit à apprécier exactement des épreuves différentes. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il ne se soit pas produit de tentatives de ce genre ou que ces tentatives n'aient pas abouti» C'est à la longue, c'est à la suite d'observations faites au jour le jour dans