‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 78 sur 159 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

les divers incidents de la vie scolaire, ou dans des rapports personnels avec Tenfant, c'est à Taide des renseignements de toute nature puisés auprès des parents, auprès de ses collègues, c'est à Taide aussi du jugement que les enfants portent les uns sur les autres et manifestent volontiers, que le mattre arrive à se faire une opinion exacte sur la valeur morale de ses élèves. Du reste, si des concours réguliers et fréquents de morale pratique pouvaient être|établis,. on courrait le risque de créer un genre de vertu artificielle et superficielle, une vertu de parade et d'estrade, et par cette surexcitation permanente de la vanité, on corromprait le principe même de la vertu véritable.

Il y a pourtant un genre de classement qui est de nature à corriger dans une certaine mesure ce qu'a d'exclusif et d'incomplet le classement purement intellectuel. Il consiste à donner des bons points pour l'aésiduité, les efforts, la conduite, et à dresser à la fin de la semaine une liste où les enfants sont rangés d'après le nombre des bons points obtenus. Mises en regard, la liste des places et la liste de mérite se complètent et se redressent l'une l'autre ; la comparaison établit une sorte de compensation, ^t assure un dédommagement à l'élève malbeoreux et méritant. Ce classement eift en usage dans quelques écoles, il a l'avantage de faire une part à des qualités purement morales ; il pourrait s'étendre encore et embrasser d'autres qoalitéi semblables, comme la

propreté, Tordre, la tenue, dont lappréciation facile et quotidienne se prête à la même notation. Nous ne pouvons donc qu'en recommander l'emploi. Mais il est loin encore de comprendre toute la vie morale de l'enfance, et nous devons chercher d'autres moyens pour atteindre et développer les germes des sentiments vertueux et donner à la volonté naissante d'utiles auxiliaires dans sa lutte contre les mauvais penchants.

La première des récompenses, c'est celle que donne la nature elle-même, c'est le témoignage de la conscience, c'est la satisfaction du devoir accompli. Cette satisfaction, le maître n'y est pour rien, il n'a pas le pouvoir de la procurer ; il peut cependant s'y associer, il peut aider Tenfant à mieux goûter, à savourer ce plaisir exquis et noble. En effet, l'enfant est tout en dehors, il vit dans l'étourdissement de son propre mouvement, dans la turbulence et le bouillonnement d'une nature exubérante, en travail de croissance et de développement. Aussi n'a-t-il guère la force et n'éprouve-t-il guère le besoin de rentrer en lui-même, pour y goûter la douceur des jouissances intimes et morales. C'est au maître à l'y ramener, à faire le silence et le calme dans cette conscience bruyante et agitée, afin que Fenfant apprenne peu à peu à se sentir en lui-même, à écouter la voix intérieure qu'il distingue encore à peine à travers le bruit d'une incessante fermentation. Tâche délicate, je l'avoue, mais que peut remplir

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