‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 79 sur 159 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

tout homme honnête et bon. On prend Tenfant dans un de ces moments qui suivent une bonne ou une mauvaise action, et où Tàme s'épanouit dans une sorte de bien-être, ou se resserre dans un malaise indéfinissable. On prolonge ce plaisir ou cette souffrance, on la lui fait ressentir, pour que le souvenir en soit durable et engendre le désir ou la crainte du retour. G*est là une sorte d'initiation à la vie de conscience, d'acheminement vers le bien, et s'il est permis d'unir deux mots si contraires, de séduction morale.

Une autre récompense d'un caractère analogue, c'est la bonne opinion que Tenfant donne de lui-même et qui est comme un écho agrandi de sa propre conscience, c'est l'estime et l'affection du maître. Être aimé, être estimé, ne sont-ce peis les plus grands biens de la vie ? et si les autres biens ont quelque valeur, n'est-ce pas surtout parce qu'ils servent à nous procurer les premiers ? les richesses, les talents, l'esprit, et la force, nous permettent en effet d'obliger nos semblables, nous aident à leur plaire et à former autour de nous cette atmosphère de sympathie et de respect dans laquelle il est bon de vivre, comme il est bon de respirer dans un air pur et doux. Heureusement ces deux sentiments se touchent de près, et il est rare que l'estime n'engendre pas l'affection, comme il est, rare que celle-ci survive à l'autre ; heureusement aussi ces deux sentiments sont un besoin de notre nature, et

ce besoin, Tenfant le reôsent de bonne heure et vivement. S*il est d'abord plus jaloux d'affection, c'est à nous à lui faire de plus en plus désirer notre estime, à lui faire comprendre que Tunè dépend de l'autre, et que nous l'aimerons d'autant plus que nous l'estimerons davantage.*

Au foyer, pour l'enfant la plus douce des récompenses est le baiser maternel; sans doute Taffection du maître a quelque chose de moins tendre; elle n'est pas non plus une sorte de droit, il faut qu'elle soit méritée, et c'est ce qui en fait la moralité et le prix. Mais, pour qu'elle ait toute sa vertu, il importe qu'elle soit désirée, et par conséquent que le maître sache en inspirer le désir. De ce que le cœur de l'enfant est naturellement aimant, ce n'est pas une raison pour s'en remettre à la nature toute seule, il lui faut venir en aide, et se rendre aimable pour être aimé. Si le maître réussit à inspirer ce sentiment, il s'est assuré le plus utile et le plus sûr des auxiliaires, il a trouvé la source de récompenses la plus abondante et la plus pure.

L'instituteur suivra donc l'enfant avec une attention bienveillante, et non seulement pendant la classe où celui-ci est contenu par la discipline, mais dans les récréations, dans les promenades, où son naturel se montre plus librement, et, si c'est possible, au dehors même, jusque dans la famille, où il pourra s'enquérir avec sollicitude de la conduite de l'enfant, se renseigner sur son caractère, sur ses qualités, sur

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668 défauts et se concerter avec les parents sur les mesures à prendre pour le rendre meilleur.

Il s'attachera à le convaincre qu'il cherche non à le prendre en faute, mais à savoir tout ce qu'il peut faire de bien ; et il profitera avec empressement et avec une satisfaction visible de toutes les occasions qui pourront s'offrir, pour le soutenir et l'encourager. L'enfant souffre également et d'une surveillance étroite et sévère, où il sent la déûeuice et la menace, et d'un abandon qui lui parait une preuve d'indifférence sinon de mépris. Il désire, il veut qu'on s'intéresse à lui, et il est heureux de voir que ses moindres efforts ne passent point inaperçus.

Avaj)t les grandes récompenses qui ne doivent pas être prodiguées, et qui ne peuvent être accordées qu^à l'ensemble de la conduite ou à des actes d'une valeur exceptionnelle, il y a mille petits moyens d'encourager l'enfant, de le tenir en haleine, de lui procurer d'utiles et douces satisfactions. Tantôt ce sera un mot dit en passant, à demi-voix, et entendu de lui seul; quelquefois un geste d'approbation, un signe de tête, un regard, ou, si la chose en vaut la peine, un éloge donné à haute voix en présence de ses camarades. Parfois aussi le maître pourra prendre l'enfant à l'écart, faire quelques pas avec lui, lui adresser quelques paroles affectueuses, lui exprimer le plaisir qu'il éprouve à le voir se bien conduire. Les enfants sont particulièrement sensibles à'ces témoignages qui les relèvent à leurs yeux et

leur prouvent qu'ils comptent pour quelque chose dans la vie de leurs maîtres. Quelquefois aussi ce sera un de ces riens qui tirent tout leur prix de l'intention, et qui, donné à propos, avec une bonne parole, avec un sourire, quelque chose qui vienne du cœur, produira plus d'effet qu'un objet précieux ou un éloge solennel.

Pour bien et utilement récompenser, il ne faut jamais perdre de vue le but qu'on se propose, c'està-dire l'amélioration morale de l'enfance. Tout ce qui va au but est bon, tout ce qui s'en éloigne est mauvais. Cette règle est générale, mais elle est sûre. En éducation comme en toute chose, il y a des cas douteux, et alors il est sage de s'abstenir; car mieux vaut ne pas récompenser que de le faire à faux. Lorsqu'un enfant a fait preuve de quelque qualité, on peut lui fournir le moyen de l'exercer; s'il a été charitable, il n'y a aucun danger à lui donner de quoi pouvoir Têtre encore ; s'il a partagé avec un camarade ses petites provisions de bouche, s'il a fait largesse de papier, de plumes, de quelques menues fournitures, on peut le mettre à même de reconnmencer; s'il a un camarade, un petit frère, une petite sœur malades, on peut s'enquérir de ce qui leur serait nécessaire ou agréable, et }\ii donner le plaisir de leur porter ce don. Ce plaisir, l'enfant le devra à sa propre bonté autant qu'à la générosité du maître; il prendra goût au bien. De même que, dans Tordre intellectuel, il convient de donnenux enfants

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des prix appropriés à leurs facultés, au dessinateur des crayons, une boite à couleurs, des modèles, au géomètre une boîte à compas, au musicien un instrument ou des livres de musique, de même dans Tordre moral on doit, autant que possible, chercher quelque rapport entre la récompense et le mérite à récompenser.

Tantôt ce sera une image représentant une action analogue à celle qu'on veut récompenser; tantôt le portrait d'un de ces enfants devenus célèbres par la vertu même dont Técolier aura montré le germe ; tantôt ce Fera un livre contenant des récits propres à développer dans Tenfant les bons sentiments qu'il aura révélés. Dans ce livre, ce portrait, cette image, il verra moins une rémunération du bien qu'il a fait, qu'un encouragement à mieux faire encore.

Il y aun moyen de récompenser sans récompense, et de rendre les enfants meilleurs ; c'est de leur témoigner de la confiance. Les enfants sont comme les hommes, et souvent on réussit à leur inspirer des sentiments nobles, en les leur supposant; ils veulent devenir ce que Ton croit qu'ils sont; ils rougissent de rester au-dessous de la bonne opinion que Ton a conçue d'eux.

Cette confiance peut se témoigner de bien des manières et la vie scolaire en offrira bien des occasions. Tantôt l'enfant sera exempté d'une surveillance que le maître juge encore nécessaire pour les autres ; tantôt il sera chargé de conduire ses cama*

rades au jardin, à la cour; quelque fois le maître EC reposera sur lui du soin de maintenir Tordre en son absence; ou^bien, si quelque enfant s'est mal conduit, il l'engagera à lui donner des conseils ; ou bien il l'enverra dans quelque famille prendre des nouvelles d'un enfant malade; L'emploi de ces moyens demande du tact et de la mesure, car il faut se garder d'exciter la jalousie ou la défiance envers celui qu'on veut honorer; il ne faut ni lui créer dans l'école une sorte de situation privilégiée, ni en faire un petit Mentor qui deviendrait bientôt suspect et qui perdrait en affection ce qu'on aurak voulu lui donner en autorité. Il est difficile de tracer sous ce rapport une règle de conduite ; le point essentiel est que les marques de confiance données parle maître paraissent justifiées aux yeux de la classe, et que sa conduite à l'égard d'un enfant s'accorde avec l'opinion qu'ont de lui ses camarades. Ceux-ci ne se trompent guère, et si l'on a parfois à redresser leur jugement, le plus souvent l'on n'a qu'à le suivre.

Si on doit détourner les enfants de se dénoncer les uns les autres, si l'on doit les en punir comme d'une faute grave, on peut au contraire les encourager à révéler ce que leurs camarades ont pu faire de bien et de méritoire. C'est ce qu'on pourrait .appeler, si les deux mots ne juraient de se trouver ensemble, une louable délation. Elle prouve en ^ffet que le révélateur a le sentiment du bien, qu'il l'apprécie dans les autres, qu'il en est capable lui-

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