‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 80 sur 159 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

même et qu'il n'est pas jaloux, puisqu'il désigne un camarade à l'éloge ou à la récompense. En pareil cas les deux enfants devraient être loués ou récompensés ensemble, l'un pour avoir fait quelque chose de bien, l'autre pour Tavoir fait connaître. Le danger, c'est de provoquer des actes intéressés et, pour l'éviter, s'il est bon que la récompense soit espérée, il ne faudrait pas qu'elle fût assurée ; le maître segarderadonc de se lier à l'avance et de dresser une sorte de tarif des bonnes actions ; il se réservera la faculté de ne pas récompenser les actes qui lui paraîtraient d'une valeur douteuse ou qu'il pourrait croire inspirés par le calcul.

Ce qui importe, c'est de bien convaincre les enfants qu'à nos yeux la vertu a plus de prix que le talent, et qu'aux dons et aux qualités de l'esprit nous préférons les dons et les qualités du cœur. A cet âge on est trop irréfléchi pour avoir une opinion personnelle, et, autant que le permettent une volonté encore inexercée et les élans d'une nature encore indisciplinée, on règle se conduite sur l'opinion d'autrui. Faisons donc bien connaître nos préférences, saisisfions toutes les occasions qui se présentent pour les manifester hautement et en donner d'irrécusables preuves. Et ne craignons pas d'affaiblir ainsi le ressort d'une émulation nécessaire à l'école, car l'accroissement de la moraUté générale ne peut qu'ac- <ïroître la somme des efforts individuels et par suite assurerle progrès des études. Devenant plus conscien-

cieux^les enfants bien doués rougiront délaisser perdre par leur paresse les facultés que leur devoir est d'exercer; d'autre part, les enfants moins favorisés par la nature trouveront dans Testime accordée à leur valeur morale un stimulant précieux pour ajouter à leur valeur intellectuelle. Si donc un inspecteur, un délégué cantonal, un magistrat vient visiter Técole, que rinstituteur signale d'abord à leur attention, non pas les élèves les mieux doués et les plus capables, mais les plus laborieux et les plus méritants. Avant rintelligence et le succès, qu'il loue l'effort, la docilité, le caractère, la conduite, et s'il a par bonheur à citer quelque trait qui fasse honneur à l'école, qu'il en parle avec accent, je dirais presque avec fierté. Les visiteurs ne manqueront certainement pas d'entrer dans les vues du maître, de seconder son action, et d'ajouter à sa parole l'appui de leur approbation et le prix de leurs félicitations.

Dans beaucoup d'écoles on accorde aux enfants des bons points pour la conduite et ces bons points donnent droit à des prix qui sont distribués ou à la fin du mois ou à la fin du trimestre. Ne pourrait-on étendre cet usage, multiplier ces bons points, en donner non seulement pour la conduite générale et l'application, mais pour les qualités diverses dont l'enfant aurait fait preuve, politesse, obligeance, franchise, etc., et indiquer sur le bon point luimême par un mot, par un vers, par une sentence, la nature de la qualité récompensée? Les prix accordés

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