CHAPITRE Xn
pour réducation arriveraient ainsi à égaler en nombre ceux qu'on décerne à l'instruction et l'équilibre si désirable s'établirait par degrés.
Lorsque l'enfant a fait une bonne action, Tinslituteur peut la raconter à la classe sans désigner l'auteur et en laissant à ses camarades le soin de le découvrir; il peut aussi, il doit même tenir ses élèves au courant de ce qui se fait de '»ien dans les autres écoles, afin de leur inspirer le désir d'une imitation louable et féconde. Au lieu d'une simple note consignée au carnet de correspondance, il vaudra mieux, dans l'occasion, écrire aux parents une lettre que l'enfant leur remettra lui-même, et qui, lue le soir en famille, y répandra la joie. De toutes les récompenses, les plus- efficaces et les plus morales sont celles qui font sentir à l'enfant qu'il peut contribuer au bonheur de ceux qui l'entourent et qui l'habituent à désirer une récompense non pour lui-même, mais pour le plaisir qu'elle doit causer aux autres. Il apprend ainsi, avant d'agir, à se préoccuper non seulement du jugement qu'on portera sur lui, et des conséquences que ses actions doivent entraîner pour lui-même, mais aussi du bien et du mal qui peuvent en résulter pour ceux qu'il aime; il comprend mieux de jour en jour que dans la société les hommes sont unis par mille liens à leurs semblables, qu'on n'est jamais seul à jouir et à souffrir de sa propre conduite, que nous ne pouvons pas être vertueux ou vicieux pour nous seuls, que
Fétroite solidarité qui nous attache aux autres accroît notre responsabilité et ajoute au mérite d^ bonnes actions comme à la gravité des fautes.
Tout ce qui est de nature à rendre plus vif et plus fort ce sentiment de la solidarité humaine, tout ce qui peut arracher Tenfant à une vie d'isolement, tout ce qui ridentifîe à la famille, à Técole, me semble avoir une vertu particulièrement moralisatrice. Aussi verrai-je avec plaisir que lorsque, dans une école, un enfant s'est distingué par quelque trait de courage, de charité, de dévoûment, la récompense s'étendît à Técole ou au moins à la classe entière. Une lecture intéressante, un spectacle utile, une ■récréation, une promenade pourraient associer à la récompense les camarades de l'enfant récompensé et les faire profiter tous de la bonne action d*ûn seul. Lui-même verrait son plaisir accru du plaisir des autres et serait plus joyeux d'une joie, commune dont il serait l'auteur. Dans une famille, quand quelque chose d'heureux arrive à l'un des membres, c'est une fête pour tous les autres; l'école ne doitelle pas avoir ses joies et ses peines communes comme aussi son honneur?
Et pourquoi l'école n'aurait-elle pas ses archives, son livre d'or, où seraient inscrits les noms de ceux qui l'auraient honorée, avec un récit succinct de leurs bonnes ou belles actions ? Dans certaines institutions on voit parfois des plaques. commémoratives où se lisent en lettres d'or les noms des lau-