CHAPITRE Xm
OUAUTÉS A RÉCOMPENSER
SOMMAIRE. " Que certaines qualités ne doivent pas être récompensées, et que certaines autres doivent Têtre particulièrement. — De l*honnêteté ou probité. — Des qualités qui ss révèlent par la répétition Mquente des mêmes actes. — Exactitude, ordre, propreté. — Vocabulaire des enfants. *-> Manie qulls ont d*imiter lliomme fait — Les petits fumeurs. — Les joueurs d*argent. — Les cartes. — Les jeux violents. ~ Le jeu de bataillon. — La grande ennemie de Técole. — La rue. — Son attrait — L*école buissonnière et l'école de la rue. —Le vagabondage. — Les nervis.
La vie de Técolier est une image de la vie de Thomme, et les rapports des enfants entre enx, avec leurs parents et leurs maîtres ressemblent, à s'y méprendre, aux rapports des hommes faits avec leurs semblables. Presque toutes les qualités et tous les défauts, les vices et les yertus trouvent occasion de 6*y manifester. 11 y a entre les passions de l'enfance et celles de Tàge mûr des différences de degré plutôt que de nature; l'homme est tout entier dans Tenfant, comme le fruit est dans la fleur ; voilà pourquoi il faut veiller avec tant de sollicitude sur cette fleur, d3 peur qu'elle ne se dessèche avant le
temps, ou ne produis qu'un fruit abortif ou gâté.
Toutes les Qualités de lenfant doivent être développées, mais toutes ne doivent pas être également récompensées. Parmi ces qualités il en est à qui la récompense serait plus nuisible qu'utile; il en est d'autres qu'il faut récompenser partout-et toujours, parce qu'elles sont nécessaires à tout homme et en tout pays ; il en est enfin qu'il faut récompenser d'une manière particulière parce que les défauts du carac^ ter e national, les habitudes et les moefurs du temps en rendent Tacquisition plus difficile, et que la nature de nos institution» et la situation du pays en rendent le développement plus désirable ; c'est à ces dernières que je m'attacherai de préférence.
Au premier rang des qualités qu'il n'est pas toujours prudent de récompenser, je placerais la probité. Récompenser un acte de ce genre, n'est-ce pas en affaiblir et presque ea détruire le mérite?
La récompense en effet suppose au moins un effort, et ces actes sont de ceux qu'un enfant droit et honnête accomplit de lui-même et pour lesquels il n'a pas de lutte à soutenir. Le soupçon même de rhésitation a quelque chose d'humiliant et presque d'injurieux, parce que l'inaccomplissement d'un devoir si rigoureux emporterait la déchéance et le mé^is. Les enfants sont hommes sur ce point.
Trouvent-ils sur un chemin, dans la rue, un pertemonnaie rempli, ils s'empressent de le remettre à leurs mattres, et souvent ils refusent toute récom-
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pense. A. l'argent ils préfèrent le plaisir d'avoir bien agi, ils sentent qae l'argent corromprait ce plaisir et qu'ils perdraient à l'accepter; ils sentent que la récompense implic[ue un doute sur ce qu'ils auraient pu &ire et que l'encouragement cache la défiance. On fait parfois trop de bruit autour de ces actes d'honnêteté pure, on les loue trop haut et trop fort, on leur accorde les honneurs de la mention au Bulletin, parfois au journal. 11 suffirait, je crois, de raconterlefait en classe, tout simplement, et d'ajouter qu'on craindrait de blesser la délicatesse de l'enfant en le félicitant de ne pas s'être approprié le bien d'autrui.Des éloges trop libéralement dispensés, des récompenses inconsidérément accordées ne peuvent que tromper les enfants sur la valeur de l'acte accompli. Il ne faut pas qu'ils s'imaginent avoir fait merveille pour n'avoir pas commis un vol, et le mieux est de leur faire assez d'honneur pour ne pas même admettre qu'ils en aient eu l'idée ou la tentation.
On peut au contraire récompenser certaines qualités dont Tacquisition exige dea efforts de chaque jour, de chaque heure, de chaque^ instant, qualités que l'enfant ne peut feindre par calcul et par intérêt et qui sont d'une constatation facile et sûre. De ce nombre sont l'exactitude, l'ordre et la proprdié. Elles se révèlent par la répétition fréquente de menus actes, (|ui, pris séparément, n'ont pas sans doute une haute valeur, mais dont l'ensemble constitue des
habitudes précieuses, qui forment les meilleures conditions et comme les garanties de la moralité. . En effet, l'exactitude et lassiduité témoignent d'une volonté qui sait se plier à la règle, et sont par là même une véritable préparation à la pratique de la vertu ; Tordre et le soin me semblent aussi le gage et la promesse d'une vie bien réglée, car il existe des affinités naturelles et par suite il s'établit des rapports sensibles entre la vie extérieure et matérielle de Thomme et sa vie intime et morale ; enfin la propreté en toutes choses et surtout dans la mise, propreté qui se concilie sans peine avec la simplicité la plus grande, et qui n'a rien de commun avec la recherche, développe et fortifie dans l'enfant, dans |e jeune homme, le sentiment de la dignité personnelle, qui lui-mêftie devient par la suite un préservatif contre les excès qui avilissent et dégradent.
On peut récompenser ces bonnes habitudes sans enfler la vanité, et je ne crois pas qu'il y ait d'inconvénients, auinoins dans les petites classes, à les encourager par des prix.
Une fois loin des regards et de Toreilledu mattre, les enfants, livrés à eux-mêmes se meltent volontiers à parler un langage bien différent de celui qu'on leur enseigne et qui convient à leur âge. Eux en qui tout plaît, la fraîcheur, la vivacité, la franchise, ils devraient, ce semble, avoir un langage qui fût d'accord avec leur grâce naturelle, avec le charme de leur figure et leur innocence. Cependant il n'en