‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 86 sur 159 · CHAPITRE un · texte numérisé non relu

CHAPITRE un

est pas toujours ainsi, et si l'on éprouve du plaisir à lesyoir, on éprouve parfois une impression pénible à les entendre.

C'est que l'enfant joue à l'homme, et c'est ce qui le gâte ; il veut faire, ou, pour mieux dire, contrefaire l'homme ; il le regarde avec admiration à cause de sa force, avec envie à cause de sa liberté ; il voudrait être grand, c'est sa passion la plus forte, il croit se grandir par l'imitation, et dans son modèle il prend d'abord non ce qu'il y a de meilleur, mais ce qu'il y a de plus aisé à prendre, ce qui frappe les yeux, ce qui sonne à l'oreille, dans la rue, sur la place, sur la route, les gestes de moquerie, de menace, de défi, les mots crus, les jurons. Tout cela est d'une imitation facile, tout cela est dans l'air, tout cela s'attrape sans qu'on y pense. Ces termes grossiers ou obscènes, dont on voudrait croire qu'il ignore le sens et qui composent presque tout le vocabulaire de la rue, qu'on entend voler et résonner au milieu des coups de fouet et des cris, les enfants des villes s'en emparent, ils se les envoient et renvoient entre eux avec raideur, avec crànerie et non sans quelque fierté. Alors ils se croient élevés à la dignité d'homme, il s'établit entre eux sur ce point une sorte d'émulation ; celui qui crie le plus fort et parle le plus cru acquiert de l'ascendant sur ses camarades, il établit son autorité, il devient une manière de chef de bande, et gare à l'enfant mieux élevé qui aurait l'air de blâmer ces

preuves de virilité précoce ; il entendrait pleuvoir 8er lui tous les <|iialiQcatifs dont un charretier ea colère accable sa bête récalcitrante.

La contagion est » forte que ces grossièretés passent de la bouche du jeune garçon aux lèvres de la jeune fille, et même des femmes du peuple. Dans une ville qu'il n'est pas besoin de nommer, j'ai . entendu des jeunes laères lancer à leurs enfants qui jouaient autour d'elles des mots à Caire rougir. Il mérite récompense l'enfant qui &'interdit l'us^tgede ces mots ordurlers ou grossiers que le défaut d'éducation et la rudesse ou la vulgarité de certains métiers peuvent bien expliquer sans les rendre excusables, mais qui font horreur dans une bouche enfantine, et qui flétrissent dans leur fleur les sentiments nobles et délicats.

Malheureusement cette manie qu'ont les enfants d'imiter les hommes faits, ne s'arrête pas au langage, elle va plus loin, elle s'étend jusqu'à certaines actions, à certaines habitudes, au grand délrimenlde leur santé et de leur moralité même. Qui n'a vu des enfants, de tout jeunes enfants entrer résolument dans un bureau de tabac, et acheter non pour leurs parents, mads pour eux-mêmes, cigarettes, cigares ou tabac, et procéder ensuite à la distribution entre les camarades qui attendaient à la porte? qui n'en a vu passer crânement, la cigarette aux lèvres, et lancer des bouffées à droite, à gauche, sans s'inquiéter des passants qui s'arrêtent en

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