CHAPITRE XIV
OUAUTÉS A DÉVELOPPER (sUITE)
SOMMAIRE. — Qu*un régime de liberté absolue de la parole et de la presse exige qu*on développe surtout le jugement. — Nécessité d^avoir une opinion & soi. — D*ayoir le courage de son opinion. — Défauts de Pesprit et du caractère français : respect humain, légèreté, besom de se sentir appuyé, crainte de l'isolement— quil faut louer et récompenser Penftint qui a su résister à l'entraînement. — De la franchise. — Qu'elle est une garantie de progrès moral. — Qu'elle est la qualité républicaine par excellence. — Pourquoi les enfants sont portés au mensonge. — Gomment le maître doit s'y prendre pour les guérir de ce défaut. — Du sérieux dans les choses sérieuses. — La blague» — Ses caractères. — Ses effets. — De la politesse. — Son principe sous un gouvernement monarchique. — Qu'elle n'est pas en progrès. — Ce qu'elle devrait être sous le régime républicain. — De l'économie. — Que Pétat social du { ays rend le développement de cette qualité particulièrement désirable. — Du patriotisme. — Le patrio tisme de parade. — Le patriotisme sincère. — A quoi on le reconnaît — Sur qael ton on doit parler de la patrie. — Qu'il ne faut pas abuser du mot. — L'idée de la patrie en général. — De quels éléments elle se compose. — Comment on peut les taire troaver aux enfants. — Du caractère français. — Ses qualités. — Comment ces qualités se révèlent dans notre histoire. — Ce qu'a été notre patrie. — Ce qu'Ole est ai^jourd'hui. — Leçons de Pheure présente.
La qualité maîtresse dans la conduite, c'est le juj^ement. Nécessaire à tous les hommes, en tout
temps et par tous pays, elle Test particulièrement h ceux qui sont destinés à vivre sous le régime républicain, où chacun a la légitime prétention de se conduire par lui-même, et où l'extrême variété, la diversité, la contradiction même des opinions qui se produisent librement est de nature à troubler, à déconcerter, à désorienter les esprits faibles et incertains. La lecture des journaux si nombreux, si différents par les principes qu'ils représentent, par les intérêts qu'ils défendent, par le but qu'ils poursuivent, par l'importance de leur rôle, par le ton de leur polémique, par la valeur intellectuelle et morale de leurs rédacteurs, exige chez les lecteurs une sûreté de bon sens, une clairvoyance, une défiance même, que l'expérience de la vie ne donne pas toujours ou donne trop tard, et que l'éducation doit tendre à développer. Les mêmes faits, les mêmes hommes, les mêmes actes y sont jugés d'une manière non seulement différente, mais absolument contraire, et entre ces jugements extrêmes et contradictoires se range une multitude d'appréciations qui représentent toutes les nuances de l'approbation et de la désapprobation, tous les degrés de la passion depuis la haine la plus acharnée jusqu'à la plus aveugle admiration. Dans cette mêlée souvent furieuse des opinions de tout genre que peut devenir un esprit sans règle, sans force et sans solidité? Le proverbe dit : « Qui n'entend qu'une cloche, n'entend qu'un son. » Le proverbe a raison sans doute, mais