CHAPITRE XIY
qui entend trop de cloches finit par en être étourdi ; de même qui entend trop d'opinions différentes ne sait plus à quoi s'en tenir, et s'il n'apporte» au milieu de ce péle-méle un jugement exercé, il devient le jouet de la contradiction ou la proie de la violencei ou il tombe dans le scepticisme et l'indifférence et va grossir le nombre déjà trop grand de ceux qui laissent tout dire et finissent par laisser tout faire.
Il importe donc que le lecteur soit en état de juger les jugements qui lui passent sous les yeux, de s'orienter et de se diriger à travers toutes les erreurs et les folies, tous les mensonges et toutes les calomnies, vers le bon sens et la vérité. Aussi l'école doit-elle être un perpétuel exercice de jugement pour que Tenfant s'habitue à discerner vite et sûrement, à fortifier sa raison, à prendre confiance en elle, à> ne rien laisser passer sans contrôle, à ne pas croire à la légère, enfin à avoir une opinion à lui en tout ce qui est à sa portée ; mais ce n'est pas tout d'avoir une opinion à soi, il faut dans l'occasion avoir le courage de son opinion.
C'est une chose rare en France que d'avoir le courage de son opinion, et surtout le courage d'être, s'il le faut, seul de son opinion. Nous avons le besoin de nous sentir soutenus, appuyés; si les autres nous donnent tort, si nous nous trouvons seuls de notre avis, nous commençons à douter de nous-mêmes, nous devenons inquiets, nous sommes troublés, ébranlés; le respect humain, la crainte
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nouB gagne, et nous passoios parfois à IWis cobtraire, noon pas convaincus, mais entraiBés. Il semble que la raison «oit toujours du côté du nombre; il n'en «st pourtant pas ainsi, et il peot arriver qu'on ait «raison, seul contre tous.
Une autre cause 4e œtte faiblesse, c'est notre légèreté natorelle ; les Fraoïçais, en général, oot 'esprit ouvert et vif, ils saisissent vite, mais réâécbissent peu. Satis&its de >Oiiwi^[»^eadre, ik ne se donnent pas la peine de penser ; d*4>ù il suit que leurs opinions, n^ayant pas de racines, ne tiennent pas et cèdent au premier souffle. La pensée qui a ^ermé lentement, qui «a été mûrie par la réflexioa» qui est le fruit de la rectskerche peraonaelie ei^ibe la méditation, celle-là est enracinée au f^us profond de lesprit, celle-là tient et nous y tenons, par cela même qu'Ole est -à nous, qu'eUe est nôtres qu elle nous a coûté davantage.
Une autre cause de cette inconsistance, c*est notre sociabilité même. Nous ske poiuvons nous passer des autres; l'isolement tnous pèse, c'est pour nous «m supplice. Ayant à ce point besoki de la sodété de nos sembiables, nous sommies amei^s à toutes les concessions pour kur éti^ ag^éaJiles, et pour ne pas troubler des relatious id(iHit ie «channe néside ^ea grande paiiie dans l'acoord des opinicms. De Ik l'incroyable iAetgaiâuiee de ia. cenversatiooi cosrantte, qoi n'est qu'un ^éduM^ de bandités ; si par hasard on reatcontre uae opinion contraire, oa