CHAPITRE XIY
tourne brusquement pour ne pas la heurter.
Quoi qu'il «n soit, cette légèreté d^esprit, ce •besoin d'accord, exercent sur la volonté et sur la •conduite une fâcheuse influence, et nous devons dès ke principe réagir autant qu'il est en nous contre oe -défaut du caractère et de Tesprit français.
Les ^enfants comme les hommes «obisBeat ce qu'on x)6ut appeler (l'entraittement du mal. «Quand ils vont par troupes, si quelque garnement a une mauvaise inspiration, il prend la tète, le gros^uit et les meilleurs cèdent, tout en désapprouvant. En pareil cas celui qui a le courage du bon sens, celui qui ne se laisse pas emporter par le courant et qui résiafce, celui-là fait preuve d'une qualité rare partout, mais particulièrement en France. Si nous parvenons à obtenir de nos enfants qu'ils s'affermissent dans leur bon sens, qu'ils premnent leur point d'appui en eux-mêmes, dans leur conscience et leur raison, qu'ils prêtent une oreille moins inquiète à ce qu'on dit ou pourra dire d'eux, qu'ils bravent le qu'en dira-tK)n et la raillerie, qu'ils foulent wax pieds un sot respect bumain, nous aurons contribué à faire des hommes propres à «e gouverner eux-mêmes et partant gouvernables. Cette préoccupation constaiïte de l'opinion d'autrui, cette défiance de son propre jugement, cette crainte pusillanime de la •moquerie et de l'isolement, ce besoin de nous sentir les coudes, d'être toujours avec le nombre et à l'unîssaB des autres, affaiblit la volonté, détruit la
DE L'ÉDUCAHON
personnalité ; il fait des individus une sorte de poussière que le premier vent qui passe fait voler en tourbillons effarés; il ôte aux caractères cette trempe et cette solidité si nécessaires en pays de suffrage ; il livre la nation aux dangers des revirements soudains, des paniques inexplicables; il crée ces courants aveugles, irrésistibles qui emportent tour à tour les masses d'un extrême à l'autre et qui font désespérer de la stabilité des gouvernements et du progrès de la civilisation. Yoilà une qualité à encourager, à louer, à récompenser chez les enfants ; car si nous félicitons la classe tout entière de n'avoir pas suivi le mauvais exemple donné par un seul, à combien plus forte raison devons-nous louer l'enfant qui seul a résisté au mauvais exemple donné par tous les autres.
Évitons seulement de donner dans l'autre extrême, et de développer chez les enfants la manie de la contradiction. Prendre systématiquement le contrepied de l'opinion d'autrui et aller toujours dans un sens contraire aux autres, affecter l'originalité et l'indépendance, n'est pas une preuve de la force de l'esprit et de la fermeté du caractère, c'est un simple travers.
Une qualité précieuse entre toutes les autres, qualité qui fait la noblesse du caractère, le cheirme et la sûreté des relations de tout genre, c^est la franchise. Elle est aussi une garantie de bonne conduite ; car, pour mal faire, on se cache, et ce qu'on a