CHAPITRE XIV
fait de mal, on s*efforce de le tenir caché ; la franchise au contraire répugne à chercher Tombre; elle aime mieux avoir à rougir d'un aveu qu'à rougir d'un mensonge. Cette qualité généreuse implique un fond de courage et de bonté native; car d'une part iLfaut du courage pour se livrer soi-même au bl&me et donner aux autres prise et avantage sur soi; d'autre part, l'aveu des fautes est une preuve de repentir et un gage d'amélioration morale. Il n^est pas de qualité qui convienne mieux à des hommes libres, et, à ce titre, on peut l'appeler la qualité républicaine par excellence.
Dans les États fondés sur l'esclavage, l'esclave est, par sa condition même, voué au mensonge et au vol: ses moindres fautes sont trop sévèrement punies pour qu'il ne s'efforce pas de les tenir secrètes ; d'un autre côté, il a trop peu à attendre de la générosité de son mattre pour se faire scrupule, ou plutôt pour ne pas se faire un malin plaisir de lui dérober tout ce qu'il peut. Aussi chez les poètes grecs et latins, l'esclave est-il le type obligé de la fausseté, de la fourberie, comme le parasite est celui de la gloutonnerie et de la bassesse.
Les enfants sont pour la plupart enclins au mensonge, et, sans vouloir les assimiler à des esclaves, on peut dire qu'il y a dans la dépendance où ils sont de leurs parents et de leurs maîtres une condition peu favorable à la franchise. La crainte d'une punition sinon certaine, au moins probable, les porte
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naturellement à mentir et les rend ingénieux à trouver des» mensonges. Et puis les enfants sont comme les hommes, ils voudraient paraître meilleurs qu'ils ne sont; pour sauver la bonne opinion quon a d'eux, ils s'exposent à en donner une mauvaise; pour tenir une faute cachée, Us en commettent une autre.
C'est qu'il en coûte étrangement à l'homn^e luimême d avouer une faute, et les meilleurs ne résistent pas sans peine à la tentation de mentir dans l'intérêt de leur réputation. Ce qui arrête l'aveu Sior leurs lèvres, ce n'est pas la crainte de l'expiation; car pour eux l'expiation est un soulagement ; ils la souhaitent et souvent se l'imposent à eux-mêmes : qu'est-ce donc ? C'est la crainte de déchoir dans l'opinion de leurs semblahles ; tant il est vrai que l'estime est le premier des biens! Pour conserver ce bien suprême, des coupables se condamnent au double supplice d'une crainte sans fin ni trêve et d'an remords sans adoucissement ; plus d'un ne reculerait pas devant un nouveau crime, s'il pouvait à ce p^ix «'assurer, non pas l'impunité, mais le secret.
Le catholicisme, auquel on ne peut refuser une <>onnai8sance profonde de la nature humaine, mais qui est atteint à son endroit d'une défiance incurable, le catholicisme, pour tirer l'aveu des fautes, l'enveloppe d'ombre et de mystère, lui assure l'anonyme et le secret; il considère comme une expiation )a souffrance morale qui accompagne la confession