‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 94 sur 159 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tftème faîte à un inconnu par un autre inconnu» Que le maître tienne donc compte de ces sentiments, qu'il s'ingénie à rendre l'aveu plus facile^ que dans l'occasion il se contente d'un demi-aveu^ d'un silence consentait. Il ne faut pas aller jusqu'à promettre l'impunité, car, s'il est des fautes assez légères pour que l'aveu suffise à les racheter, il en est qui sont trop graves pour rester impunies.

Mais, sans se lier par une promesse inconsidérée et tout en se réservant le droit de punir, il faut Faire comprendre à l'enfant qu'en avouant sa faute, il ne perdra rien de notre estime et qu'il se relèvera dans la sienne, que la franchise honore et qu'elle accroît la confiance et l'affection ; et quand l'aveu est tombé des lèvres, tout en blâmant la faute, il faut louer l'aveu et le récompenser par un adoucissement de la peine proportionné à l'effort qu'il a coûté ; il faut retenir l'enfant pendant quelques ins* tants sur sa faute et ne pas passer brusquement à autre chose ; il faut lui faire sentir ce qui se passe en lui et goûter ce sentiment de plaisir qui suit tout acte louable, cet allégement du poids qui pesait sur son cœur, cette sorte de détente intérieure qui dissipe peu à peu le malaise d'une conscience chargée. Ah ! cultivons bien cette exquise qualité ; dans un enfant la franchise a je ne sais quel charme irrésistible ; on a plaisir à regarder dans ces yeux candides eu se peint la bonté de l'àme, et, au lieu de punir Tenfant qui s'accuse, on est lente de l'embrassez.

Si donc un enfant de Técole est naturellement franc, ou si, ce qui est plus méritoire, il a réussi à le devenir, nous pouvons le récompenser pour cette qualité naturelle ou acquise; nulle récompense ne sera mieux placée, nulle ne sera plus fructueuse et j'ajoute plus approuvée, car la franchise est une des qualités qu'on aime le plus en France et qui répondent le mieux à la générosité du caractère national. La fausseté nous répugne, quelque forme qu'elle revête, quelque masque qu'elle prenne, religion ou patriotisme, et si le Menteur de Corneille nous fait rire par sa vanité naïve, les Tartufes nous dégoûtent, et l'espionnage que certain peuple érige en système, ne nous inspire que le mépris.

Nous sommes d'un pays où Ton aime à rire, ce qui est bon et sain, mais ce rire n'est pas toujours celui de la gaieté ni même celui de la malice. Ces derniers temps ont vu naître ou du moins se développer un genre particulier de moquerie qui ne s'attaque pas simplement aux défauts et aux travers, mais aux actions elles-mêmes, dont elle fausse ou dénigre les intentions, aux convictions et aux croyances dont elle suspecte ou nie la sincérité, à l'autorité qu'elle tourne en ridicule, à toutes les choses sérieuses qu'elle affecte de trouver plaisantes. Pour elle le fond de la vie est vide et les dehors ne sont qu'une tromperie dont elle entend ne pas être la dupe, c'est là sou unique souci ; ne voyant partout que trompeurs, elle ne veut oas être tromoée.

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Cette moquerie monotone, plus triste que gaie» est devenue un tour d^esprit, une habitude, une manie : s'il faut Tappeler par son nom, c'est la blague. C'est une forme de scepticisme non pas philosophique ou scientifique, mais superficiel et banal; qui n'est pas né d'une étude approfondie de l'histoire et de la nature humaine, mais plutôt de l'instabilité politique et du spectacle trop fréquemment renouvelé des palinodies de tout genre; elle accuse une entière défiance des hommes et des choses, défiance qui, au lieu de tourner à la satire amère ou à la misanthropie, se traduit, grftce à la bonne humeur du pays, en une perpétuelle et universelle gouaillerie.

La moquerie d'autrefois, celle de nos pères, n'était pas toujours inoffensive ; mais, quoique piquante, elle était en somme légère, elle frappait çà et là, choisissant ses coups; la blague s'attaque à tout et à tous sans distinction. La première s'en prenait aux individus en particulier ou aux défauts en général, laissant à entendre qu'à côté des gens et des choses dont elle se moquait, il y en a d'autres qui méritent le respect; la blague, elle, va plus loin, beaucoup plus loin ; c'est l'homme lui-même, c'est l'humanité qu'elle atteint dans tout ce qu'elle a de noble et d'élevé, dans ses aspirations, dans sa foi aux grandes choses, dans b^ confiance en ellemême, c'est la source de la vie morale qu'elle dessèche, c'est le ressort de l'activité qu elle brise.

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Elle affecte en tout une incrédulité de parti pris, elle se piqae d'une expérience prématurée de la vie, elle prend un air de supériorité. qui en impose, elle accable de sa pitié railleuse les naïfs qui croient eticore en quelqu'un ou à quelque chose. Mais, mal- ^ sa défiance systématique elle accueille sans contrôle les bruits les moins fondés, les nouvelles les plus invraisemblables et, sans scrupule, elle s'en fait des armes pour détruire les réputations les mieux établies.

Ce mal contagieux s'est répandu dans la jetoesse qu'il vieillit et gâte ; l'adolescence, Tenfance même n'est pas à l'abri de ses atteintes. Aussi l'éducateur doit-il veiller avec soin sur les enfants pour les préserver de la contagion, et, dès qu'il a surpris les premiers symptômes du mal, il doit le combattre. Parler sérieusement des choses sérieuses et respectueusement des choses respectables n'empêche ni de rire à l'occasion, ni de critiquer à propos ; mais il ne faut pas que le rire s'égare, ni que la critique dégénère en habitiide.

Sous le régime républicain la politesse change de caractère et de signification; elle se simplifie et s'inspire de sentiments nouveaux. Dans.un État moharchi* que où les classes sont placées les unes au-dessus oaaudessous des autres, où la noblesse déroule une longue hiérarchie de titres, où la bourgeoisie elle-même à l'imitation de la noblesse se nuance et se diversifie, où le clergé séculier et régulier s'ordonne et se dis-

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