‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 95 sur 159 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

pose en séries ascendantes ou descendantes, la société tout entière offre Timage d'une montagne ati sommet de laquelle s'élève le trône et sur les flancs de laquelle montent et tournent des escaliers aux degrés innombrables. Sur ces degrés la population se distribue et s'étage. Là chacun a sa place marquée; cbaeun compte les degrés qu'il a au-dessus et au-dessous de lui, et mesure le respect qu'il témoigne aux personnes sur la distance qui Ten sépare dans un sens ou dans l'autre, La société forme ainsi comme une immense ^^adation croissante et décroissante de rangs et de conditions. La politesse s'y complique de nuances infinies; elle a des formules arrêtées, quoique nombreuses, des marques tranchées et des gagnes imperceptibles; elle est une traduction étudiée et savante des différences tantôt énormes, tantôt insignifiantes que les degrés die Téchelle mettent entre les hommes; c^est une étude, c'est une science et un art; et plus la persiwine est haut placée, plus l'art devient difficile, parce que la personne a plus de nuances à observer; aussi vante-t-on la politesse de certains rois et de certains princes comme des merveilles de tact, de délicatesse et de mesure. Mais cette politesse ne peut être sincère.

En haut elle respire souvent l'orgueil et le dédain ; eîi bas, la crainte et la servilité.

Sous le régime républicain la politesse prend un outre caractère çt s'inspire d'aiitre» sentiments. Les

hommes étant libres, la politesse deyient volontaire ; les citoyens étant égaux, elle devient plus simple et plus digne. En Tétat de nos mœurs, et Tavènement de la démocratie ayant précédé son éducation, l'ancienne politesse a presque disparu, et la nouvelle ne Ta pas remplacée. Le titre de citoyen, que Ton prodigue aujourd'hui, n'est pas encore une garantie des égards que méritent des hommes libres. On dirait même qu'un grand nombre de <;es citoyens de fraîche date n'aient vu dans leur dignité nouvelle qu'un droit à l'incivilité. Sans parler du ton de la polémique actuelle, ni des aménités qui s'échangent dans les réunions publiques, il est certain que la politesse acquiert le prix des choses raresj et qu'à sa place on rencontre un peu partout ce sans-gène et même cette rudesse de gens qui ne se doivent plus rien, étant égaux. C'est à l'éducation à réagir, à faire comprendre ce que doit être la politesse, d'abord partout et particulièrement dans un pays où elle a toujours été proverbiale, et sous un régime qui devrait l'accroître au lieu de l'affaiblir.

Ce qu'elle doit être, la devise républicaine nous l'enseigne; mais cette devise, il ne suffit pas de l'inscrire sur la laçade des édifices, nous devons l'imprimer dans les cœurs. Il ne faut pas qu'elle reste lettre morte, mais qu'elle dicte notre langage et règle notre conduite. Méditons donc cette immortelle devise, elle nous apprendra le sens et la portée de la véritable politesse ; elle rendra à ces formules, à

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