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CHAPITRE XIV

Le grand point est de comtnencer. Les bonnes passions sont comme les mauvaises: le temps les fortifie. Plus Tépargne crott, plus on veut Taccroltre. A mesure qu'elle grossit, Thomme a Tesprit plus tranquille, il travaille avec plus de plaisir ; il est moins à la merci de la volonté des autres et des accidents dujBort; il sent grandir sa dignité, son indépendance et sa sécurité*

Laqualitéou^pour mieux dire, la vertu qui résume toutes les autres, c'est le patriotisme.

Le patriotisme consiste à aimer sa patrie, surtout à la bien servir. Pour Taimer, il faut la connaître ; pour la servir, il faut Taimer.

Commençons donc par faire conrprendre aux enfants ce que c'est que la patrie; apprenons-leur ensuite ce qu a été la France, et puis ce qu'elle est et ce qu elle doit être.

Mais tout d'abord qu'ils sachent distinguer le patriotisme de parade du patriotisme sincère ; le premier est facile et banal, il a sa racine dans la vanité, il n'est qu'une forme de l'égoïsme, il éclate en fanfaronnades ridicules ou imprudentes, c'est un défaut ; l'autre est difficile et rare, il prend sa source dans un légitime orgueil, il est la plus haute expression du devoir, il parle peu, il agit, c'est une vertu.

La foi qui n*aglt point, est-ce une foi sincère f dit le poète; le patriotisme en paroles n*est que

tromperie et charlatanisme ; vienne le danger, i] 8*efface et disparaît. Pour juger du patriotisme, regardons à la conduite. Est patriote quiconque honore son paye par son caractère, par son mérite, par ses vertus, et, quand Theure du danger sonne, par son courage.

C'est chose sacrée que le patriotisme ; il n'en faut point parler en termes vulgaires ou même familiers, non plus qu'en termes emphatiques et ronflants, mais avec une simplieîté noble, une gravité recueillie, ou avec passion. Quand le mattre aborde ce haut sujet, je voudrais que sa voix devint grave et pénétrante, qu'elle prit un caractère religieux, et qu'au seul accent de cette voix, l'enfant comprit qu'il s'agit de la grande chose, et sentit courir en lui le firisson du respect.

Prenons garde aussi d'abuser du motet, en leprodiguant, de lui ôter sa vertu ; prenons garde que le culte rendu à la patrie ne tourne en exercices de mémoire, ne dégénère en simples pratiques, en formules répétées machinalement et du bout des lèvres ; toujours le cœur doit y prendre part. Mais, pour qu'il vibre au nom de la patrie, il ne faut pas le prononcer à tout propos.

L'idée de patrie est de toutes la plus large et la plus complexe; elle embrasse le passé, le présent, l'avenir; elle renferme la vie individuelle, la vie de famille, la vie nationale; elle évoque d'innombrables images; elle réveille d'innombrables souvenirs, delà

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sa puissance Traiment magique et son retentissement jusqu'au fond des entrailles.

Elle comprend avant tout Tidée du sol natal, pa« trimoine commun, héritage glorieux, acquis au prix de mille dangers, fécondé au prix de sueurs infinies, mainte fois arrosé du sang de ses avides en-* vahisseurs, et consacré par le sang de ses héroïques défenseurs. Vient ensuite Tidée d*une race qui se distingue des autres par certains traits de la physionomie, par certaines aptitudes physiques, par le tour de l'esprit^ par la manière de sentir, par des goûts communs, par des qualités qui lui sont propres, qualités morales et intellectuelles, gr&ce auxquelles les individus qui la composent se ressemblent entre eux, se reconnaissent et .se recherchent, ont plaisir à se trouver ensemble et forment comme les membres d*une famille immense; puis la communauté de la langue qui leur permet de s'entendre et de se comprendre, d'échanger leurs pensées et leurs sentiments par la parole et l'écriture, de se connaître sans se voir et de resserrer ainsi à travers la distance les liens naturels qui les unissent; de cette langue qu'on appelle maternelle, parce que l'enfant l'apprend aux lèvres de sa mère au milieu des baisers, de cette langue si douce qu'elle fond le cœur de l'exilé quand il vient à l'entendre résonner sur la terre étrangère; la communauté de religion qui unit les hommes par le sentiment douloureux de leur destinée présente et par leurs espérances en une

desMnée meilleure; la communauté du gauvernement qui donne aux forces éparses d'un peuple l'unité et la cohésion nécessaires, et qui les tourne à la prospérité, à la défense, à ragrandissemenl du pays; la communauté des lois, qui assure à tous les tnèmes avantages, qui étend sur tous la même pro* tection; la communauté des inténèts qui fait qpe chacun profite de la prospérilé publique, ou souffre •des maux du pays ; la communauté des gloires de tout genre, littéraire, scienti&qite, artistique, mî- IHaire, qui ont porté la patrie à un rang élevé parmi les nations; la communauté des souvenirs cooao^ lanis ou amers, des dangers de Theure présente, des aspirations légitimes, des craintes et des espérancesi. La patrie, c'est un grand corps, qui a ses moments de malaise et de faiblesse, ses maladies, se» infirmités même, mais dont la vitalité poissante a d*inépuisables ressources et ne connaît pas la vieillesse; la patrie, c'est une grande àme qui anime d'ianon»brables êtres, les fait vivre de la même vie, s^mffiir des mêmes soufi^ranoes, jouir des mêmes joies eà s'enorgueillir du même orgueil.

Ainsi le sol, la raœ^ la langue, la reUgionv les lois, le gouvernement, les: intérêts, les souvenirs glorieux, les dangers présente, les craintes, les espérances et les ambitions, tels sent les principaux éléments qui entrent dcms l'idée de patrie, tels sont les liens qui forment ces grands faisceaux d'boiMfnes qu'on nomme des peuples, telles sont les

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qui font TÎYTe d'une vie commune les babiUnts d'un même pays et battre leur cœur à Funissca.

Par une série de questions méthodiquement posées ofiL pent faire trouver aux enfants ces idées l'une ai^s l'autre^ ek leur donner l'intelligence claire et nette de ce qu'est la patrie en généraL

Hais ce n'est pas assez; leur patrie à eux, la Franca^ il faut qu'ils la^coaiiaissent, qu'ils l'aiment, qu'ils l'admirent.

GherctK)n& donc dans le passé, dans le présent, tout ce qui honore et ennoblit la France, et de ces traits pieusement recueillis, faisons une grande image, qui soit toujours présente et vivante en leurs ccBurs. L'idée de la patrie résume tout ce qu'il y a de meilleur dans le caractère, dans l'esprit, dans l'àme delanatioa, tout ce qu'ily a de plus beau et de plus grand dans son histoire et forme ainsi pour tous 1^ citoyens un idéal d'honneur, de gloireet de vertu. . Et puisqu'coft. s'adresse à de petits Français, pourquoi n'essayecûtnon pas de leur faire découvrir en ^ix-mèmea les qualités qui distinguent le caractère de leur race ? M q^'on ne craigne paa de les rendre ainsi vaniteux at de leur donner une trop haute opi* nion d'eux-mèmtâ. Il est facile en effet de dissiper les bouffées dft vanité qui pourraient leur monter à la tète, eft Iciir rappelant que ces qualités dont la France est justement fière, ils ne les^'ont qu'en, germe^ que leur devoir est de les cultiver, de les. développa» de les. montrer dans leur conduite soua.

no DE L'ÉDUCATION

peine de déchoir et de paraître indignes du nom qu'ils portent et de leur pays.

On peut demander à des écoliers s'ils n'esliment pas ceux qui ont le courage d'avouer leurs fautes au lieu de les cacher par le mensonge, ceux qui tiennent fidèlement leurs promesses ; s'ils n'ont pas de plaisir à entendre bien raconter une histoire ou lire une belle pièce de vers, s'ils n'aiment pas ceux qui font du bien aux autres, qui secourent les pauvres, qui soignent les malades, qui consolent les malheureux, s'ils a'admirent pas ceux qui pardonnent à leurs ennemis, qui défendent le faible contre le fort, qui exposent leur vie pour sauver leurs semblables ou qui la sacrifient pour sauver leur pays. Et sur leur réponse qui ne saurait être douteuse, on leur fait remarquer que cette franchise et cette loyauté qu'ils estiment, ce goût pour les sirts qu'ils commencent àressentir, cette bonté, cette charité qu'ils aiment, cette générosité, ce courage, ce dévoûment qu'ils admirent, sont précisément les traits principaux du caractère français ; que ces qualités et ces vertus se révèlent à chaque pas dans notre histoire, qu'elles y engendrent tour à tour des œuvres et des actes à jamais admirables.

On leur dit que la loyauté fait si bien le fond et comme la moelle du caractère français que c'est à peine si pendant une longue suite de siècles on rencontre quelques exemples de trahison dans notre histoire ; que si les Gaulois, nos pères, ne craignaient qu'une

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