CHAPITRE XIV t
en main, que notre patrie est digne entre toutes d*amour et d'admiration ; il faut placer sous les yeux des enEe^ts la situation présente, telle que nos erreurs, nos fautes, nos qualités même et nos révolttti(»is Tont laite, et de cette peinture tirer de fortes et fortifiantes leçons.
£n l'état actuel de l'Europe, arec la diffusion de la science et des ressources qu'elle crée incessamment pour l'attaque comme pour la défense, arec la, constitution des États nouveaux que leur ingratitude rend déjà dangereux, avec le déTcloppement rapide et menaçant de certaines puissances plu» ou moins voisines, avec les sentiments hostiles qu'une inévitable rivalité et une astucieuse politique ont suscités contre nous chez des peuples autrefois bienveillants, avec la persistance et l'ardeur des haines que des victoires inespérées et une incroyable fortune n'ont pu refroidir, le patriotisme impose de rigoureux et impérieux devoirs.
Autrefois la sécurité de la patrie ne demandait que quelques milliers d'hommes, elle en exige aujourd'hui des millions ; et quand le principe même de nos institutions, quand légalité républicaine ne ferait pas à chaque citoyen un devoir de contribuer à la défense commune, la situation présente lui en ferait une nécessité. Il faut le dire, et le redire : la puissance germanique a réussi à tourner contre le vaincu les haines et les défiances que devait inspirer le vainqueur. S'il y a là quelque sujet
d'orgaeil, 8*il est permis d'y Toir une preuve de notre vitalité, il y a surtout dans cet intervertissement des rôles, et dans l'attitude des peuples qui nous entourent, un grave avertissement.
Élevons donc les enfants dans cette pensée, que l'ambition, la jalousie, la puissance croissante des nations voisines ne nous permettent plus les illusions passées ; que les peuples plus encore que les individus ont à combattre pour la vie ; qu'à cette heure les victoires sont impitoyables et décisives, les défaites désastreuses et presque irréparables ; que les alliances sont douteuses et souvent perfides, que la puissance seule les noue et que le malheur les brise; que la France ne doit compter que sur elle-même, mais aussi qu'un pays comme le nôtre est invincible s'il est armé, exercé, discipliné et uni; que la patrie doit avoir autant de défenseurs qu'elle a de citoyens, que chaque enfant doit lui donner un homme et un homme de cœur, qu'il doit tremper son corps et son âme, souhaiter d'être au plus tôt en état de k servir et considérer l'obligation sacrée du service moins encore comme un devoir que comme un honneur et comme un bonheur.