FORT FAIBLE
Tempérament rapide = Cholérique. Sanguin.
— lent = Mélancolique. Flegmatique.
Ouchinsky* fait une confusion entre le tempérament et le caractère : aussi se sert-il alternativement de ces deux termes sans faire entre eux aucune distinction. Il ne se prononce pas sur la question de savoir si ce sont là des propriétés innées ou non. Voici comment il s'exprime : « Plus qu'un observateur ordinaire, le péda- « gogue soumet à sa critique la nature humaine. Voilà pourquoi il « constate, par expérience, que certains traits de caractère qu'on « considère comme innés, et formant l'apanage de certains tempéra- « ments, ne sont en réalité que le résultat de l'éducation. S'il en « était autrement, les pédagogues ne diraient pas à chaque instant « qu'on peut rendre un enfant craintif et timide, ou bien stupide,
1. GrundzUge der physiologiehen Psychologie, Leipzig, 187A, p. 816< t. L, <*i, T. II, p. 3i9.
« paresseux et méchant. lis n'admettraient pas que tous ces défauts « peuvent être dus à l'influence de la famille ou de l'école, qu'ils « sont le résultat de sa vie antérieure, en un mot. Tout pédagogue u sait qu'il y a dans chaque homme un certain quelque chose « qu'il apporte avec lui en naissant. Ce « quelque chose » d'absolu- « ment formé que possède le nouveau-né se manifeste plus tard « par la méthode suivant laquelle il pense. Ces propriétés innées « peuvent être développées ou affaiblies par l'éducation, mais on ne « saurait les effacer complètement. Le pédagogue doit donc les <c accepter comme quelque chose de formé, et qui a été apporté par « Tenfant à sa naissance. Il s'ensuit qu'il y a une portion de vérité « dans les fameux tableaux des tempéraments qui ont été faits « jusqu'ici, mais qu'il n'est pas facile de tirer cette question au « clair. »
Les quelques lignes que nous venons de voir, montrent dans quelle confusion tombe un pédagogue, s'il ne sait pas faire une distinction entre le tempérament, le caractère et le type. On verra plus tard combien il est important de se donner un compte exact des phénomènes qui sont innés chez l'enfant.
De même que les anciens (Gallien et Hippocrate), Kant cherchait la cause physiologique du tempérament dans la structure même du corps humain. Ils attachaient surtout de l'importance à la composition des humeurs. Le tempérament, suivant eux, était une propriété innée, due principalement à la qualité du sang; elle était considérée comme distincte, en cela même, du caractère. Wundt n'explique pas dans quelle mesure, ce qu'il appelle la prédisposition de Tâme est en rapport avec la structure du corps et la composition du sang. Il a l'air d'admettre que la volonté a sur le tempérament une influence puissante. L'homme qui sait vraiment vivre, dit-il, doit posséder tous les tempéraments réunis : il doit être sanguin (agir rapidement mais sans force), lorsqu'il est en présence des revers et des joies de la vie quotidienne ; il doit avoir le tempérament mélancolique (agir lentement, mais avec force), dans les circonstances graves de la vie; il doit être cholérique (agir rapidement et avec force), là où de graves inconvénients qui lui sont personnels sont en jeu ; il doit, enfin, être flegmatique (agir lentement et sans force), lorsr
qu'il s'agit de mener à bonne fin une résolution qu'il vient de prendre.
Voyons, à présent, dans quels termes le tempérament peut être défini, conformément aux données actuelles de l'anthropologie.
On peut donner le nom de tempérament au degré de force avec lequel se manifestent les actes et les sensations d'un individu, ainsi qu'à la façon dont ces derniers sont disposés par rapport à F unité de temps. En d'autres termes, le tempérament correspond à la force et à la rapidité avec lesquelles les actes et les sensations dun individu se manifestent ; il correspond encore à la force et à la rapidité avec lesquelles les désirs de cet individu se développent. Il est encore une autre définition qu'on pourrait faire du tempérament, à savoir : c^est le degré auquel P organisme peut être excité par des agents extériew's ou intérieurs, joint à la durée de temps pendant lequel il réagit sur cette excitation. Il est important de ne pas confondre lé tempérament avec le caractère; ce dernier dépend uniquement du rapport qui existe entre les actes volontaires et les émotions ou les sensations. Il n'est pas moins important de faire une différence entre le tempérament et le type d'une personne : le type dépend du développement intellectuel de la personne, et de la façon dont celle-ci se comporte envers la vérité. On ne saurait parler du caractère ou du type d'un nouveau-né^ par exemple; quant au tempérament de celui-ci, il peut être défini. Un écolier appartenant au type débonnaire peut avoir le tempérament flegmatique, aussi bien qu'un autre tempérament. Il en est de même d'une personne appartenant à quelque autre type. Indépendamment de son tempérament, un adulte peut être fort ou faible de caractère.
Pour peu que Ton admette la définition du tempérament qui vient d'être faite, ce sera la force et la rapidité que possèdent les actes et les sensations des divers individus qui déterminera leur tempérament.
Ces signes serviront de base à notre classification des tempéraments, d'autant plus que cette dernière sera ainsi d'accord avec celle des anciens. Les anciens, en effet, admettaient quatre tempéraments, comme on le verra, d'ailleurs, par la division de Wundt. La
description de ces principaux genres de tempéraments repose sur la rapidité et la force avec laquelle les sensations et les actes se développent et se produisent.
Le tempérament sanguin se manifeste par des sensations et des actes rapides, mais faibles. L'individu sanguin se précipite sur tout ce qui est nouveau, mais il s'en lasse très vite et oublie facilement. Il est très accommodant et sympathise avec toute chose. Il se lie facilement d'amitié, mais il se refroidit avec la même facilité. Ses amitiés ne sont pas durables. Inconstant de sa nature, il n'a pas beaucoup de persévérance. Il oublie facilement.
Le tempérament mélancolique * est, en toute chose, l'opposé du précédent; l'homme, doué de ce tempérament ne prend pas vite une résolution : il voit partout des obstacles et des motifs de crainte. Il tient à ses habitudes' et aux coutumes qu'il a contractées. Ce ne sont pas. des principes abstraits ni la réflexion qui lui donnent néanmoins de la constance (Kant l'a déjà fait voir); c'est là, au contraire, le résultat de l'intensité avec laquelle il sent toute chose. Trop soupçonneux pour se lier facilement d'amitié, il s'attache profondément lorsqu'on a réussi à vaincre ses soupçons. Il devient alors un ami sûr et dévoué. Ses sensations se propagent avec tant de lenteur qu'il lui est impossible de les manifester d'une façon trop brusque. Les mêmes motifs font que sa joie n'est jamais bruyante.
Le tempérament cholérique a des manifestations aussi fortes que rapides. Les sensations, qui se propagent ici avec rapidité, donnent lieu à des actes brusques, dont la moindre opposition peut augmenter la violence. Très résolu, l'enfant doué de ce tempérament est prompt dans ses actes , mais un travail uniforme le fatigue rapidement. Les sensations d'un pareil individu sont fortes et se propagent avec rapidité; afin de les rendre prolongées, il est nécessaire d'avoir recours à des agents d'irritation toujours nouveaux. On ne doit pas confondre ce tempérament avec le type ambitieux, chose qu'on fait souvent. L'homme doué du tempérament cholérique a une
1. Ainsi que le fait très bien remarquer Kant^ on ne doit pas confondre l'homme doué du tempérament mélancolique avec celui qui est atteint de mélancolie. Cette dernière constitue un état^ tandis que le tempérament mélancolique n'indique qu'une prédisposition à contracter la mélancolie.
prédisposition marquée aux sentiments énergiques , il est passionné dans ses manifestations. Quant à l'homme qui appartient au type ambitieux, il possède un sentiment de supériorité. Ce dernier peut se manifester à divers degrés et avec une force plus ou moins considérable. C'est ce qui fait qu'un ambitieux peut avoir le tempérament flegmatique.
Les sensations et les manifestations du tempérament flegmatique sont calmes et faibles. Le calme (le flegme) ne doit pas être confondu avec la paresse : le premier est sous la dépendance d'un afi'aiblissement de l'excitabilité; la seconde est due à ce que l'impressionnabilité de l'être se trouve émoussée. Elle consiste en un abaissement de l'activité. Lent à se mettre en action, ne s'y adonnant qu'à petites doses pour ainsi dire, un individu doué de ce tempérament reste actif très longtemps. Ses sensations, qui sont faibles, sont lentes à se développer ; elles disparaissent avec la même lenteur. Ce sont là des sensations dont la persistance va jusqu'à l'inertie.
Nous avons vu les diverses variétés de tempérament; quant au tempérament normal, il doit être intermédiaire. Une personne à tempérament normal doit savoir subordonner la force et la rapidité de ses sensations et de ses actes à ses exigences intellectuelles et morales.
Il nous reste à rechercher les causes qui produisent la diversité des tempéraments. Cette dernière est certainement en rapport avec la structure du corps ainsi qu'avec les ^i^éx^wi^ processus organiques de celui-ci. Il a été dit plus haut que le tempérament a été mis sous la dépendance de la composition et de la circulation du sang. Néanmoins, on n'a pas défini ce lien d'une façon assez logique ; voilà pourquoi on a dit souvent que ce sont là des phénomènes inexplicables. Il paraissait impossible de démonter que le tempérament dépend d'une façon rigoureuse de la structure de l'organisme humain et de ses fonctions. Tâchons de trouver cet inconnu.
Lorsqu'on visite les maisons d'Enfants-Trouvés et qu'on compare les nouveau-nés entre eux, on s'assure aisément qu'ils ne se distinguent pas beaucoup entre eux par leurs traits. Ce qui frappe, c'est la difl'ércnce qui existe dans la force et la rapidité de leurs
manifestations vitales. Il y en a un qui est plus mobile et dont la voix est plus forte. Si on Tirrite, il réagit d'une façon plus intense et manifeste son mécontentement par des mouvements plus brusques. Un autre, à côté, est mou; il se meut avec lenteur, sa voix est faible. Si on Texcite, il ne réagit que faiblement et avec lenteur. Le poids et le volume de ces deux enfants peut différer de même que la coloration de leur peau. D'autres fois, le poids et le volume de deux enfants sont égaux, et cependant les manifestations qu'on observe chez eux sont différentes, et même directement opposées. Nous avons souvent entendu dire aux personnes préposées h des établissements de ce genre qu'il est facile de confondre les nouveau-nés entre eux. C'est à leur voix ou à leur mobilité plus ou moins grande qu'on peut les reconnaître à ce que prétendent ces personnes. Il y en a qui sont apathiques ; d'autres, au contraire, frappent par leur irritabilité exagérée. C'est donc par le tempérament, qui se manifeste déjà sous une forme plus ou moins pure, que les nouveau-nés peuvent être distingués les uns des autres.
Si l'on observe le développement d'un embryon, on s'aperçoit que celui-ci peut subir, dans certaines circonstances, des modifications assez considérables ; ces dernières, qui peuvent être déterminées d'une façon artificielle, sont faciles à constater chez un embryon de poulet, dès l'apparition du cœur {jpunctiim saliens des anciens). Vers le troisième ou quatrième jour, lorsque la première circulation de l'embryon est complète, on peut accélérer ou ralentir les battements du cœur, qu'on observe très bien avec la loupe. Il suffit, à cet effet, d'élever la température au-dessus de la température normale, ou bien de l'abaisser au-dessous de celle-ci. La même chose s'observe plus tard (vers le huitième jour, et au delà) sur les mouvements des extrémités qui se sont déjà développés vers cette époque. Dès qu'on élève d'une façon artificielle la température de l'embryon au-dessus de la température normale, les mouvements de tout l'embryon et de ses extrémités surtout deviennent plus rapides et plus brusques. L'abaissement de la température produit les effets exactement inverses. Si on soumet ainsi, pendant quelque temps, l'embryon à une température élevée, des vaisseaux surnuméraires se développeront dans les parties dont l'activité a été
exagérée. Les recherches de Dareste *, qui ont été confirmées par d'autres observateurs, prouvent qu'un embryon soumis d'une façon persistante à une température élevée (42**C), se développe beaucoup plus rapidement. La formation de toutes les parties du corps et de tous les organes sera également plus rapide. Cette activité plus grande, qui se manifeste dans tous les processus de développement, aura comme conséquence le nanisme. C'est de cette façon, en effet, que M. Dareste a obtenu des nains. Un afflux plus considérable d'air, vers une partie de l'embryon, détermine également un développement exagéré de vaisseaux dans cette partie; l'activité de celle-ci est augmentée aux dépens des autres parties de l'embryon. Ces dernières peuvent être arrêtées dans leur développement (Baudrimont et Martin Saint-Ange *, L. Gerlach % H. Koch ^). En dehors des circonstances qui viennent d'être signalées, les conditions mécaniques peuvent amener des déviations dans le développement de l'embryon. Réaumur *, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire ®, Litarzik ' et M. Dareste * ont montré qu'en faisant garder à l'œuf une position verticale on obtient des monstruosités ; d'après les expériences d'Etienne et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire*, le développement de l'embryon est modifié ou complètement arrêté, lorsqu'on fait
1. « Sur certaines conditions de la production du nanisme ». Comptes rendus. T. LX, 1863, p. 1214.
S. (( Recherches anatomiques et physiologiques sur le développement du fœtus et en particulier sur révolution embryonnaire des oiseaux et des batraciens >«. Recueil des savants étrangei's, 1851. T. XI.
3. Die Entstehungsweise der Doppelmissbildungen bei den hôheren Wirhellhieren, Stuttgart, 1882.
4. Vber die kilnstliche Herstellung von Zwergbitdung im Hûhnerei. Stuttgart, 1884, page 31.
5. Art de faire éclore et d'élever en toute saison des oiseaux domestiques de toutes espèces, soit par le moyen de la chaleur du fumier^ soit par le moyen du feu ordinaire. Paris, 1751.
6. « Sur les déviations organiques provoquées et observées dans les établissements dUncubation artificielle». Mémoire du Muséum. T. XIII, 1826, p. 289i
7. Bas Gesetz des menschlichen Wachsthums und der unter der Norm zurilckgebliebene Brustkorb als die erste und wichtigste Ursache der Rachitis, Scrophulose und TuCerculose. Wien, 1858.