Production artificielle des monstruosités, etc., p
9. Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisation chez Vhomme et les animaux, Paris, 1836. T. III.
subir à l'œuf des commotions répétées ; en faisant tourner celui-ci autour de son axe longitudinale avec la vitesse d'un tour de cercle par minute, Lombardini * a obtenu des positions irrégulières. On a fait encore des solutions de continuité dans la coquille (Valentin, Leukart, Schrohe), ou des coupes longitudinales de chaque côté de Tembryon (Scymkiewizc *). Le corps de ce dernier se présentait alors sous Taspect de culs-de-sac ayant la forme de kystes; on a observé également, en pareil cas, des monstruosités. Dans tous les cas que nous venons de voir, il y a eu tantôt une diminution, tantôt une augmentation de la formation ou de la croissance du corps ou d'une de ses parties. Hâtons-nous d'ajouter qu'il est important de distinguer la formation de la croissance, La formation consiste en un développement régulier comme forme des éléments, ainsi que des parties et des organes constitués par ces éléments. Or, la forme étant « la personnification de la fonction », celle-ci ne sera normale que si la forme des éléments des parties et des organes l'est aussi. La croissance, au contraire, consiste en l'augmentation du nombre et du volume des éléments dont la forme peut être irrégulière. Le volume du corps ou des diverses parties du corps sont augmentées, mais peuvent être difformes. Geoffroy Saint-Hilaire, qui a été le premier à appeler l'attention sur ce point, fait remarquer que généralement la formation et la croissance marchent d'une façon parallèle. Il arrive cependant qu'un des deux facteurs est en retard sur l'autre. Lorsque la formation et la croissance sont en parfaite harmonie de développement, celui-ci se fait suivant une certaine gradation. Il diminue aussi progressivement. Leur marche ascendante est surtout rapide dans les premiers mois qui suivent la naissance. Elle se ralentit dès que les dents de lait ont commencé à percer; le même fait s'obsei've après la puberté, la formation et la croissance se ralentissent d'une façon très remarquable ; la formation cesse bientôt et on n'observe plus qu'une croissance très peu considérable qui peut durer jusqu'à Tâge de trente ans, sauf dans des cas
1. Intorno alla genesi délie forme organiche iiTegolari negli uccelli e né batrachidi, Pisa, 1868.
2. Beitrag zu der Lehre von den kilnstlichen Missbildungen am HUhnerei, Wiener Silzungsber. 1875. Bd. LXXII, Abtl. m, p. 139.
exceptionnels; la formation et la croissance sont dans un rapport étroit Tune avec Tautre : aussi certaines périodes de la formation dépendent-elles directement du degré qu'a atteint la croissance. La première dentition, par exemple, s'observe de meilleure heure chez les enfants très grands. On Ta observée pendant la vie intra-utérine elle-même, lorsque le fœtus avait une taille extraordinaire. Chez les enfants de petite taille, au contraire, la première dentition est retardée. La même remarque peut être faite relativement à la période de la puberté : celle-ci apparaît de meilleure heure chez les eafants qui croissent rapidement; elle est en retard, au contraire, chez les enfants qui n'ont pas atteint le volume qui peut être considéré comme le minimum du volume qu'ils devraient avoir. Les expé-: riences de Geoffroy Saint-Hilaire dont nous venons de donner le résumé expliquent les phénomènes qui se passent chez les nains. La formation, qui va très vite chez ces derniers, n'est pas en rapport «avec leur croissance. Cette dernière s'arrête complètement de bonne heure, lorsque le corps n'a pas encore atteint le minimum de la taille d'un adulte. Les divers organes, les diverses parties du corps et le corps tout entier atteignent de bonne heure une certaine dimension et cessent d'augmenter. C'est ainsi que s'explique le développement rudimentaire des organes génitaux qu'on observe chez les nains. Celle-ci s'accompagne presque toujours d'impuissance sexuelle.
On a observé des cas d'anomalie à croissance tellement rapide qu'à l'âge de cinq à six ans l'enfant avait atteint déjà la taille d'un adulte. Plus rapide également, la formation est allée quelquefois si vite que la puberté a été atteinte vers la même époque. Tous les cas de ce genre, qui ont été notés, se rapportaient à de petits garçons. D'après les observations de Geoffroy Saint-Hilaire, deux choses sont possibles à l'approche de la puberté : dans un premier cas, la formation des organes génitaux est lente par rapport à la croissance du corps tout entier. Dans ce cas, le développement de ces organes reste incomplète, la taille prenant des dimensions gigantesques; d'autres fois, la croissance se ralentit d'une façon sensible et s'arrête bientôt, tandis que les organes génitaux acquièrent rapidement leur complet développement. Si à l'approche de la puberté la taille n'a pas atteint, dans ce dernier cas, la moyenne de la taille d'un adulte, elle peut
ne jamais Tatteindre. L'enfant qui paraissait plus grand que son âge deviendra un homme de petite taille. La formation des organes et des diverses parties du corps n'a pas été ici en rapport avec la croissance de ce dernier. Il semblerait même que Tune avait marché aux dépens de l'autre. Les petits garçons qui ont atteint de bonne heure la taille d'un adulte, se distinguent de ces derniers par leur voix et par l'expression de leur physionomie. De même que leurs goûts et leurs actes, celles-ci ont un côté enfantin. Leur peau est fine. Leur intelligence est peu développée.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, M. Dareste a prouvé que de pareils troubles de la formation et de la croissance se produisent lorsque l'œuf se développe sous l'influence d'une température élevée. Celle-ci, en effet, active avant tout le processus de la formation. Un apport insuffisant d'oxygène contribue, lui aussi, à entraver la croissance du corps de l'embryon, mais ce qui se passe ici ne saurait être comparé à ce qui a lieu dans le cas précédent. La formation étant devenue très rapide sous l'influence d'une température élevée, les diverses parties du corps atteignent bientôt leur complet développement, comme forme; quant à leurs dimensions, elles restent minimes comme celles du corps tout entier. Relativement robuste, néanmoins, celui-ci peut offrir aux agents extérieurs une résistance assez considérable. Un apport d'air insuffisant, au contraire, fait baisser à la fois la formation et la croissance. La structure des différentes parties du corps est alors tellement faible et délicate que leur résistance et leur énergie d'action sont de beaucoup inférieures. Lorsque l'air se distribue d^une façon inégale, on observe des irrégularités dans le volume respectif des diverses parties ^
Les expériences qui ont été faites sur des animaux ont montré l'influence incontestable sur leur croissance de divers agents, tels
i. Les phénomènes de la croissance que nous venons de voir sont dans un rapport étroit avec les modifications du système vasculaire, que nous examinerons plus loin et avec les manifestations du tempérament de Tenfant. C'est surtout vrai, relativement aux périodes de la croissance que nous avons indiquées. Tout ce que nous avons dit sur la croissance n'est pas une digression, mais se rapporte directement tl notre sujet. En effet, les diverses périodes du développement et de la croissance ont certainement rapport avec les modifications du système vasculairc et les manifestations du tempérament.
que : la lumière, l'air, le mouvement, la nourriture et les différents rayons du spectre solaire.
1° L'influence réunie des rayons solaires et de Tair a été si bien démontrée qu'il est inutile de nous y arrêter trop longuement. Ce sont là deux facteurs dont l'importance, au point de vue d'un oi^anisme supérieur en voie de formation, n'est pas moins grande que celle d'une nourriture appropriée. C'est sur le système lymphatique qu'un air vicié agit surtout d'une façon nuisible ; or, c'est là le système dont l'activité prédomine dans le bas âge, tant que la structure des diverses parties du corps est incomplète. Les globules blancs du sang, qui sont les éléments formateurs des tissus, prennent naissance dans les ganglions lymphatiques; ils pénètrent de là dans le sang et sont portés avec lui dans les diverses parties du corps. Les recherches de M. Ranvier ont montré que lorsque le sang ne contient pas une quantité suffisante d'oxygène (ozone), ces corpuscules sont dénués de mouvement et s'accumulent dans les glandes. Cellesci gonflent et augmentent de volume, ce qui empêche leur fonction d'être normale. Cette circonstance fait que les enfants des villes, qui ont grandi dans un air vicié, sont pâles et bouffis. Leur taille est souvent au-dessus de leur âge, mais ils sont peu développés, lents et apathiques. Ils présentent souvent un gonflement ganglionnaire. En faisant diminuer l'apport de l'oxygène, M. Dareste * a produit chez des embryons de poulets une anémie artificielle. La coloration de la peau, qui dépend de la substance colorante du sang, subit par là même l'influence de la lumière solaire.
2® Les expériences faites sur de jeunes animaux (lapins, chiens, chats) ont montré que plus l'activité d'un appareil de locomotion ou d'une de ses parties est grande, plus cet appareil ou sa partie se développe rapidement. Les os qui font partie de cet appareil augmentent de volume en proportion. L'étude des enfants atteints de la paralysie dite de Tenfance vient confirmer cette règle de la façon la plus absolue *. On a essayé de faire subir une compression à la tête de
1. Recherches sur la production artificielle des monstruosités ou essais de tératogénie^ expérimentale, Paris, 1887, p. 70.
i. P. Lesshaft. « Des causes qui viennent agir sur la forme des os. » Comptes rendus de Ut Société des médecins russes et Archives de Virchow, 1882.
jeunes chiens et on a fait varier, de cette façon, la forme de leur crâne ; celle-ci était en rapport avec la direction dans laquelle était faite la compression. Lorsque cette dernière était très considérable, les os crâniens devenaient plus minces, et tout le corps croissait avec moins de rapidité*. Devenus plus apathiques, les animaux en expérience devenaient moins mobiles et leurs mouvements étaient moins rapides. C'est là ce qui explique, en partie, l'arrêt qu'avait subi leur croissance.
3*» Voici quelles sont les expériences qui font voir l'influence de la nourriture sur la croissance des animaux et sur les autres phénomènes qu'ils présentent. Des jeunes chiens d'une même portée* ont été séparés de leur mère le douzième jour et ont été partagés en trois groupes : les uns furent nourris de lait, les autres de viande, les troisièmes d'une nourriture exclusivement végétale. Pendant toute la durée de l'expérience (soixante-dix-sept jours), ces jeunes animaux furent placés dans des conditions absolument analogues quant au local, à la lumière et à l'apport de l'air. Gomme on le verra par les chiffres ci-dessous, on eut soin de choisir pour les soumettre à un régime végétal ceux de ces petits animaux qui étaient le mieux développés. Voici quels furent les résultats obtenus de cette façon ^:
AVANT L'EXPÉRIENCE APRÈS L'EXPÉRIENCE Régime Poids Taille Poids Taille
Lacté 534,6 18,6 2214,6 35,6
Animal 540,9 17.8 2240,5 37,3
Végétal 638,1 20 985,3 25
La mort des petits chiens soumis au régime végétal fit cesser cette expérience. Ces derniers étaient au nombre de cinq. Un seul de ces animaux vécut pendant soixante-dix-sept jours. A l'approche de la mort, ces petits chiens présentaient les phénomènes suivants :
1. A. Dronzik. Matéinaux pouvant servir à Vétude des causes qui font vaHer la forme du crâne. Saint-Pétersbourg, 1883.
2. M. Roudkoff. De IHnftuenee du genre de nourriture sur les dimensions et la foi*me de V appareil de la digestion et sur la croissance du cotps des animaux du même genre. Saint-Péterebourg, 1882.
3. Le poids est donné en grammes et la longueur en centimètres.
amaigrissement notable, gonflement œdémateux et faiblesse des pattes qui étaient plus ou moins contrefaites. Augmentation de volume du ventre; poil rare et hérissé, pelé dans certains endroits. Voix rauque et glapissante. Mous et apathiques, ces animaux aimaient à rester couchés dans Tisolement. Dès qu'on les touchait, ils se mettaient à hurler.
Bien que les petits chiens qui avaient été soumis à un régime lacté, avaient eu fréquemment la diarrhée, leur développement avait été normal. Agiles et adroits dans leurs mouvements, ils étaient gais, hardis et vigilants. Ils avaient bon appétit et dormaient peu. teur voix était claire et sonore, leur pelage lisse et luisant. Pas de graisse dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Les petits chiens qui avaient été nourris exclusivement de viande n'ont jamais eu de diarrhée. Une abondance de graisse, accumulée dans le tissu cellulaire sous-cutané, donnait à leur corps une forme arrondie. Leur pelage était lisse et luisant. Ils dormaient peu et se réveillaient facilement. Plus méchants que ceux qui avaient été soumis au régime lacté, ils étaient aussi vigilants, mais plus timides que ces derniers.
4° Des expériences * qui ont duré de cent trente à cent trente-huit jours ont été institués à l'effet de préciser l'influence des divers rayons du spectre solaire*.