ANACHARSIS
Il vint à Alhfiies dans la 47* olympiade, et fut tué pende temps après i|u'il fut retourné dans son pays; par où on peut juger qu'il a été contemporain de la plupart des précédents.
Anacbarsis , Scythe de nation , a tenu un rang considérable entre les sages. Il était frère de Caduidas, roi de Scythie , et (ils de Gnurus et d'une femme grecque ; c'était ce qui lui avait donné le moyen de bien apprendre les deux langues. Il avait beaucoup de vivacité et d'éloquence; il était hardi et constant dans tout ce qu'il entreprenait. Il s'habillait en tout temps d'une grosse robe double, et ne vivait jamais que de lait et de fromage. Ses harangues étaient d'un style serré et pressant; et comme il ne se rebutait point , il ne manquait jamais à venir à bout des choses dont il se mêlait. Sa manière de parler, hardie et éloquente , avait passé en proverbe ; quand quelqu'un l'imitait , on disait de lui qu'il faisait des discours à Ja scythe.
Anacharsis quitta la Scythie pour venir demeurer à Athènes : dès qu'il y fut arrivé, il alla frapper à la porte de Solon , et dit à celui qui lui vint ouvrir d'aller avertir Solon qu'il était a sa porte , et qu'il venait exprès pour le voir et pour demeurer chez lui quelque temps. Solon lui fit cette réponse : Qu'on ne devait faire des hôtes que dans son propre pays , ou dans des endroits qui y avaient quelque relation. Anacharsis entra là-dessus. Eh bien ! dit-il à Solon , puisque tu es maintenant dans ton pays et dans ta propre maison , c'est à toi à faire des hôtes : commence donc à faire amitié avec moi. Solon s'étonna de la vivacité de cette repartie ; il consentit avec plaisir de devenir l'hôte d' Anacharsis , et lia avec lui une amitié trèsétroite, qui dura pendant toute leur vie.
Anacharsis aimait fort la poésie ; il écrivit en vers les lois des Scythes , avec un traité de la guerre.
Il disait ordinairement que la vigne portait trois sortes de raisins : le plaisir , l'ivrognerie et le repentir.
Il s'étonnait de ce que , dans toutes les assemblées publi-
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qiies qui se tenaient à Athènes , les sages se contentaient de proposer les matières , et que les fous décidaient. Mais il ne pouvait comprendre pourquoi on punissait ceux qui disaient des injures , et qu'on donnait de grandes récompenses aux athlètes et aux joueurs qui se frappaient rudement les uns les autres.
Il n'était pas moins surpris de ce que les Grecs , au commencement de leur repas , se servaient de verres médiocres ,. et qu'ils en prenaient de grands sur la fin , quand ils commençaient à être soûls.
Il ne pouvait souffrir les libertés que chacun se donnait dajjs les festins.
Un jour on lui demanda ce qu'il fallait faire pour empêcher quelqu'un de jamais boire de vin. Il n'y a point de meilleur moyen , répondit-il , que de lui mettre un homme ivre devant les yeux , afin qu'il le considère à loisir.
On voulait savoir de lui s'il y avait des instruments de musique en Scythie ; il répondit qu'il n'y avait pas même de vignes.
Il appelait l'huile dont se frottaient les athlètes avant de se battre , la préparation à une folie enragée.
Un jour, après avoir considéré l'épaisseur des planches d'un vaisseau : Hélas ! s'écria-t-il , ceux qui voyagent sur mer ne sont éloignés de la mort que de quatre doigts.
On lui demanda quel était le navire le plus sdr : C'est , répondit-il , celui qui est arrivé au port.
Il répétait souvent que tout homme devait s'appliquer entièrement à se rendre le maître de sa langue et de son ventre.
Il avait toujours en dormant sa main droite sur sa bouche, pour marquer qu'il n'y avait rien à quoi nous dussions tant prendre garde qu'à notre langue.
Un athénien lui faisait un jour des reproches de ce qu'il était Scythe : Mon pays me déshonore, répondit-il; mais toi, tu déshonores le tien.
On lui demanda ce que les hommes avaient de meilleur et de plus méchant : C'est la langue , répondit-il.
Il vaut beaucoup mieux, disait-il, n'avoir qu'un ami, pourvu