CRATÈS
ContemporaiD de Polémon y qui fat successeur de Xénocrate dans Técole pIatouii|ue, vivait sous la 113* olympiade.
Cratès le cynique fut un des principaux disciples du fameux Diogène. Il était ûls d'Ascondus , Thébain d'une famille trèsconsidérable , et qui possédait de grands biens. Il se trouva un jour à une tragédie, où il remarqua que Téléphus quitta toutes ses richesses pour se faire cynique : cela le toucha ; il résolut aussitôt d'embrasser le même parti. Il vendit tout son patrimoine, dont il tira plus de deux cents talents qu'il mit entre les mains d'un banquier, et le pria de les rendre à ses enfants en cas qu'ils se trouvassent avoir peu d'esprit ; mais , s'ilf avaient assez d'élévation pour être philosophes, il lui permit de distribuer cet argent aux citoyens de Thèbes, parce que les philosophes n'avaient besoin de rien. Ses parents vinrent un jour le prier de changer de résolution , et de prendre un autre parti ; il les chassa de sa maison , et les poursuivit à coups de bâton.
Pendant l'été, Cratès portait un manteau fort pesant, et était vêtu très-légèrement dans la plus grande rigueur de l'hiver, aGn de se faire à toutes sortes d'injures du temps et d'incommodités. Il entrait effrontément dans toutes sortes de maisons pour faire des réprimandes sur toutes les choses qui lui déplaisaient; il courait après les femmes de mauvaise vie, et leur disait des injures , afin de s'en attirer à lui-même, et de s'accoutumer par ce moyen à les souffrir dans d'autres occasions. Il vivait assez durement , et ne buvait jamais que de l'eau . de même que tous les autres cyniques.
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L'orateur MétrooJe n'osait plus paraître eu public, parce qu'il ne se retenait pas aisément , et qu'il lui arrivait toujours en parlant de laisser échapper certains vents . dont le bruit lui faisait tant de honte qa*il s'était renfermé dans sa maison où il avait résolu de passer tristement le reste de sa vie. Cratès en entendit parler; il mangea aussitôt quantité de lupins , afin de se remplir le corps de vents , et s'en alla au logis de Métrocle ; il lui dit plusieurs belles paroles pour lui faire connaître qu'il ne devait point avoir de honte , puisqu'il n'avait fait aucun mal ; que ces choses -là arrivaient à tout le monde , et qu'il serait fort surprenant que cela ne lui arrivât pas aussi. Pendant qu*il parlait , les lupins qu'il avait mangés faisaient leur effet : le bon exemple de Cratès encouragea tellement Métrocle, qu'il reconnut sa faiblesse ; il se mit au-dessus de toutes sortes de bienséances , il brûla tous les écrits qu'il avait de Théophraste , sous qui il avait étudié , et s'attacha à Cratès qui en fît un fort bon cynique. Métrocle fut ensuite fort distingué entre les philosophes de la secte, et fît plusieurs disciples qui eurent de la réputation ; mais à la fîn, comme il se sentait vieux et infirme, le dégoût de la vie le prit; il s'étrangla lui-même.
Cratès était fort laid , et pour paraître encore plus extraordinaire et plus hideux , il avait cousu des peaux de moutons par-dessus son manteau ; en sorte que , quand on l'apercevait, on avait peine à distinguer quelle espèce d'animal ce pouvait être. Il était d'ailleurs fort adroit dans toutes sortes d'exercices ; et quand il allait se présenter dans des lieux publics pour lutter et pour faire quelque autre chose semblable , tous ceux qui étaient là ne pouvaient s'empêcher de rire , à cause de sa figure et de son habit extraordinaire. Cratès ne ^'étonnait point de cela ; il levait les mains en haut : Prends patience , ô Cratès , s'écriait-il , ceux qui se moquent de toi présentement pleureront dans un instant, et tu auras le plaisir de voir qu'ils t'estimeront heureux lorsqu'ils se blâmeront eux-mêmes de leur lâcheté.
Il alla un jour prier certain maître d'accorder une grâce
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à un de ses disciples: au lieu de lui embrasser les genoux , il lui embrassa les cuisses r ce maître trouva cela fort extraordinaire., et voulut s'en fâciierrQuUnyporte, lui dit Gratès,. tes euisses ne sont^elies ' fias à' toi 4e même que tes ge« noux? .. ♦ . . ,' .-
II disait qu*il était impossible^ de trouver des gens quin^eusf sent jamais fait aucune Êiute; mais que des grenades pouvaient être très-beltes v quoiqu'il s'y rencontrât quelque petit grain pourri. ■ . '
Les^ magistrats d^Athènes-Faocusèfeiit une foi» de porter du linge , contre leur défense : TbéOphraste en porte bien aussi , leur dit €ratès^ et si- vous voulez , je vous le ferai voir tout à rheure. Les magistrats ne 1^ pouvaient croire : ils suivirent Cratès qui ]e8 mena dans une boutique de barbier et leur montra , pour se moquer d'eux , Théophraste ayant autour de lui un linge à barbe ! Tenez, leur dit-il , ne voyezvous pas que Tbéopbrast« porte aussi du linge ?
Cratès voulait que ses disciples fussent entièrement détachés des biens de ce monde : Je ne possède rien que ce que j'ai appris , disait-il , et j'ai abandonilé tout le reste aux gens qui aiment le faste. Il les exhortait sur toutes clM)5e$ à fuir les plaisirs , parce que rien n'ét^iit plus convenable à un philosophe que la liberté , et qu'il n'y avait point de maître plus tyrannique que la volupté.
La faim , disait-il , fait passer l'amour ; si ce remède n'est pas suffisant , le temps ordinairement en vient à bout :. sinon il ne reste plus qu'à prendre une corde et à se pendre.
Quand il parlait des mœurs corrompues de son siècle , il ne pouvait s'empêcher de blâmer la folie des lK>mmes , qui n'épargnaient point l'argent dans des choses honteuses, pourvu qu'elles fussent conformes .à leurs passions; et qui avaient regret de la moindre ^iépetise qu'ils faisaient dans des choses honnêtes et très-profitables. . •
C'est lui qui a fait ce journal , qui a depuis été si célèbre : Qu'on donne dix mines à un cuisimer , etè un méée^n une drachme; cinq talents à un flatteur , et-à un b<Mi eonseiller de
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la fumée ; à une courtisane un .talent, et une obole à un philosophe.
Quand on lui depi^ndait de quoi lui servait sa philosophie : A savoir se contenter de légumes, répon()ait-il , et à vivre sans soin et sans. inquiétude.
Un jour Démétrius (je Phalère lui envoya du vin avec quelques pains : Cratès fut fort indigné de ce que Démétrius s'était imaginé qu'un (^ilosopbe avait besoin de vin : il renvoya la bouteille d'un air sévère. Ah! plût aux dieux , s'écriat-il , qu'il y eut aussi des fontaines de pain.
Les manières libres de Cratès plurent tellement à Hyparchia,sœurde Métrocle, qu'elle ne voulut point entendre parler.de plusieurs autres personnes considérables qui la recherchaient avec empressement; elle menaça ses parents que si on ne la mariait pas à Cratès , elle se tuerait elle-même. Ses parents Grent humainement tput ce qu'ils purent pour lui oter cette idée de l'esprit; ils n'y purent jamais réussir : ils fureut contraints d'avoir recours à Cratè»méme , qu'ils prièrent instamment de la détourner de cette résolution ; mais , comme il n'en pouvait venir à bout, il se leva et se dépouilla devant elle pour lui faire voir sa bosse et son corps tout de travers; il jeta aussi par terre son manteau, sa besace et son bâton : AGn que tu ne sois point trompée , lui dit-il , voilà ton mari et tout ce qu'il possède ; regarde à présent ce que tu veux faire ; car si tu m'épouses , je ne prétends pas que tu aies d'autres richesses. Hyparcbia ne balança point ; elle préféra aussitôt Cratès à tout ce qu'elle avait , aussi bien qu'à tout ce qu'elle pouvait prétendre ; ellci s'habilla en cynique , et devint encore plus effrontée que son mari. Ils faisaient ensemble les choses les plus infâmes au milieu des mes et des places publiques , sans se mettre en peine de personne. Hyparcbia m'abandonnait jamais son mari; elle le suivait partout, et «e trouvait dans toutes les assemblées avec
lui.
Un jour, comme ils étaient à un festin chez Lysimacbus , elle Gt ce sophisme à l'impie Théodore qui s'y était ^ussi ren-