‹ De l'éducation des fillesChapitre 113 sur 129 · CRATÈS · texte numérisé non relu

CRATÈS

contré : Si Théodore faisant certaines choses n'est pas biâm^ , Hyparchia faisant la même chose , ne doit pas être blâmée non plus : or , Théodore en se frappant lui-niéme , ne fait rien dont on le puisse blâmer ; donc, dit-elle, en lui appliquant un soufflet, Hyparchia frappant Théodore ne doit point être blâmée. Théodore ne répondit rien sur-le-champ à cet argument; mais il arracha le manteau de dessus Té* paule d'Hyparchia, qui n'en parut pas plus étonnée : Tenez , dit Théodore , voilà une femme qui a quitté sa tapisserie et sa toile. Cela est vrai, répondit Hyparchia; mais crois-tu que j'aie si mal fait de préférer la philosophie à des exercices de femmes ?

De ce digne mariage de Cratès et d' Hyparchia vint un fils nommé Pasiclès , que son père et sa mère eurent grand soin d'élever dans la philosophie cynique.

Alexandre demanda un jour à Cratès s'il ne serait pas bien aise qu'on rebâtit sa patrie : Qu'en est-il besoin , rél)ondit Cratès ; quelque autre Alexandre viendrait peut-être encore la détruire ?

Il disait qu'il n'avait point d'autre patrie que la pau\Teté et le mépris de la gloire , sur quoi la fortune n^avait aucun droit ; qu'il était le citoyen de Diogène, et par conséquent exempt de toute sorte d'envie.

Il irrita un jour le musicien Nicodrome, qui lui donna un grand coup de poing, et lui fit une bosse au front. Cratès mit sur cette bosse un morceau de papier , où il avait écrit : Voilà l'ouvrage de Nicodrome ; et il se promenait dans les rues avec cet écriteau sur le front.

Il disait que les richesses des grands seigneurs étaient comme les arbres qui naissent dans les montagnes et les rochers inaccessibles ; qu'il n'y avait que les milans et les corbeaux qui mangeaient les fruits de ces arbres : de même aussi il n'y avait que les flatteurs et les femmes de mauvaise vie qui profitaient du bien des grands seigneurs ; qu'un riche , environné de flatteurs , était un veau au milieu d'une troupe de loups.

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Quand od lui demandait jusqu'à quel temps il fallait s*apliquer à la philosophie : c'est , répondait-il^ jusqu'à ce qu'on ait reconnu que les gens à qui on donne des armées à commander ne sont que des meneurs d'ânes.

Cratès , aussi bien que tous les autres cyniques, négligeait toutes sortes de sciences , excepté la morale. Il vécut trèslongtemps ; il était tout courbé de vieillesse vers les dernières années de sa vie. Quand il se sentit approcher de sa fin , il disait , en se considérant lui-même : Ah ! pauvre bossu , tes longues années te vont mettre au tombeau ; tu verras bientôt le palais des enfers. Il mourut ainsi de caducité et de défaillance. Le temps de sa plus grande vogue était vers la cent treizième olympiade; c'était pour lors qu'il florissalt à Thèbes , et qu'il effaçait tous les autres cyniques de ce temps. C'est lui qui a été le maître de Zùw^n , chef de la secte des stoïciens , si renommée.

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