PYRRHON
Il vivait un peu auparavant Épicure, vers la 120" olympiade.
Pyrrhon a été auteur de la secte qu'on a appelée des Pyrrhoniens ou sceptiques. Il était fils de Plistarque , de la ville d'Élée. iians le Péloponèse. Il s'appliqua d'abord à la peinture , ensuite U fut disciple de Drison , et enfin du philosophe Anaxarchus , auquel il s'attacha tellement , qu'il le suivit Jusque dans les Indes. Pyrrhon, pendant ce long voyage, eut un très-grand soin de converser avec les mages , les gymnosophistes et tous les philosophes orientaux : après s'être instruit à fond de toutes les opinions, il ne trouva rien qui pût le contenter : il lui parut que toutes closes étaient incompréhensibles ; que la vérité était cachée au fond d'un abîme, et qu'il n'y avait rien de plus raisonnable que de douter de tout , et ne jamais décider.
Il disait que tous les hommes réglaient leur vie sur de certaines opinions reçues ; que chacun ne faisait rien que par ha-
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bitude, et 9tt't>n examinait chaque chose par rap{K>rt aux lois et aux coutumes établies dans chaque pays ; mais qa*on ne savait point si ces lois-ià étaient bQ>nn.es ou mauvaises.
Dans les commencements , Pyrrhon était pauvre et assez inconnu : il exerçait sa profession de peintre, et. on a gardé longtemps à Élée plusieurs de ses ouvrages où il avait fort bien réussi. Il vivait dans une grande solitude, et ne se trouvait dans aucune assemblée. Il faisait souvent des voyages , et ne disait jamais à personne F^droit où il allait. Il souffrait tout sans se metjtre en peine de rien. Il se iait si peu à ses sens, qu'il ne se détournait ni pour rochers , ni pour précipices , ni pour aucun autre péril ; il se serait plutôt laissé écraser, que de se ranger pour éviter la rencontre d*un chariot. Il y avait toujours quelques-uns de ses amis qui le suivaient, et qui avaient soin de le détourner dans les occasions. Il avait Tesprit égal , et s'habillait en tout temps de la même manière. Quand il disait quelque chose, et que la personne à qui il parlait se retirait pour quelque raison , et le laissait seul , cela ne Tempéchait pas de continuer jusqu'à ce qu'il eût achevé, de même que si quelqu'un l'eût écouté. 11 traitait tout le monde avec la même indifférence.
Un jour Anaxarchus était tombé malheureusement dansune fosse; comme il appelait tout le monde à son secours, Pyr* rhon, son disciple, passa par-devant lui sans se mettre en peine de le secourir. Quantité de gens blâmèrent fort Pyrrhon de son ingratitude à l'égard de son niattre; Anaxarchus au contraire le loua fort d'être véritablement sans aucune passion , et de n'avoir aucun égard pour personne.
La réputation de Pyrrhon se répandit en peu de temps par toute la Grèce; quantité de gens embrassèrent sa secte. Ceux d'Élée, après avoir connu son mérite, eurent tant de vénération pour lui, qu*ils le créèrent souverain pontife de leur religion. Les Athéniens le firent citoyen de leur ville, ^picure aimait fort sa conversation , et ne pouvait se lasser d*adinirer sa manière de vivre. Tout le monde le regardait comme un homme véritablenient libre et exempt de toutes sortes de trou-
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bles, de vanité et de superstition. Enfin , le philosophe Timon assure qu'il était respecté comme un petit dieu sur terre. Il passait tranquillement sa vie avec sa sœur Philiste « qui était sage-femmQ de professipn. Il allait au marché vendre de petits oiseaux et de petits cochons ; il nettoyait sa maison , et était si indifférent pour toute sorte de travail, que souvent il s'exerçait à laver une truie.
Un jour un cMen se jeta sur lui pour le mordre; Pyrrhon le repoussa ; quelqu'un lui fit connaître que cela était contre ses principes. Ah! répondit il , quUIest difficile de se défaire de ses préjugés , et qu'on a de peine à dépouiller entièrement l'homme! Cest pourtant à quoi il tant travailler de tout sod pouvoir, et il taut y employer toutes les forces de sa raison.
Une autrefois , comme il passait la mer dans un petit bâtiment, des vents impétueux s'élevèrent tout d'un coup-, le vaisseau était en grand danger de périr ; tous ceux qui passaient avec Pyrrhon étaient dans de .grandes frayeurs. Pyrrhon demeurait fort tranquille au milieu de la tempête; iJ leur montrait à côté d'eux un petit cochon qui mangeait d'aussi bon courage que si le vaisseau eût été au port; et il disait que les sages devaie4t tâcher d'imiter l'assurance de ce petit animal , et d'être tranquilles dans toutes sortes d'états.
Pyrrhon avait un ulcère ; celui qui le pansait fut un jour obligé de lui faire les opérations les plus violentes , il lui coupa et lui brûla les chairs : Pyrrhon ne témoigna jamais qu'il souffrait la moindre douleur, et ne fronça pas même le sourcil.
Ce philosophe croyait que le plus haut degré de perfection où on pouvait parvenir en ce monde, était de s'abstenir de décider. Ses disciples étaient bien tous d'accord en un point, qui est qu'on ne connaît rien de certain ; mais les uns cherchaient la vérité avec espérance de la pouvoir trouver, et les autres désespéraient d'en pouvoir jamais venir à bout; d'autres croyaient pouvoir affirmer une seule chose; c'était, disaient-ils , qu'ils savaient certainement qu'ils ne savaient rien ; mais les autres ignoraient même s'ils ne savaient rien. Quel-