‹ De l'éducation des fillesChapitre 115 sur 129 · PYRRHON · texte numérisé non relu

PYRRHON

ques-unes de ces opinions étaient en usage avant le temps de Pyrrhon ; mais comme personne jusque-là n'avait fait profession de douter absolument de toutes choses , c'est ce qui a été cause que Pyrrhon a passé pour l'auteur et le chef de tous les sceptiques.

La raison pour laquelle ce philosophe voulait qu*on suspendit son jugement, était parce que nous ne connaissions jamais les choses que par le rapport qu'elles ont les unes avec les autres , et que nous ignorons ce qu*elles sont en elles-mêmes. Les feuilles de saules , par exemple , paraissent douces aux chèvres, et amères aux hommes, la ciguë engraisse les cailles , et fait mourir les hommes. Démophon , qui avait soin de la table d'Alexandre , brûlait à l'ombre et gelait au soleil. Andron, d'Argos, traversait tous les sables de la Libye sans avoir besoin de boire. Ce qui est juste dans un pays , est injuste dans un autre, de même que ce qui est vertu parmi certaines nations , est un vice chez d'autres. Chez les Perses les pères épousent leurs filles, et chez les Grecs c'est un crime abominable. Chez les Massagètes les femmes sont communes ; d'autres nations ont horreur d'une telle coutume. Voler est un mérite chez les Ciliciens, et chez les Grecs on punit le vol. Aristippe & une certaine idée du plaisir; Antisthène en a une autre, et Épicure une différente de l'un et de Fautre. Les uns croient la Providence , les autres la nient. Les Égyptiens enterrent leurs morts, les Indiens les brûlent, et les Péoniens les jettent dans des étangs. Ce qui paraît d'une certaine couleur au soleil, paraît d'une autre à la lune, et d'une autre à la chandelle. La gorge d'un pigeon paraît de différentes couleurs , selon les différents côtés dont on le regarde. Le vin pris avec modération fortifie le cœur; quand on en boit trop, cela trouble les sens et fait perdre l'esprit. Ce qui est à la droite de l'un est à la gauche de l'autre. La Grèce , qui est orientale à l'égard de l'Italie est occidentale à l'égard de la Perse. Ce qui est un miracle dans certains endroits , est une chose très-commune dans d'autres. Le même homme est père à l'égard de certaines gens . et frère à ré2;ard d'autres personne*.

BION ôCl

EoGn la contrariété qui se rencontre dans chaque chose, taisait que Pyrrhon ni se&discipies ne définissaient jamais rien parce qu^ils croyaient qu'il u*y avait aucune chose dans le inonde qui nous fût absolument connue par elle-même, sans que nous eussions besoin de la comparer, pour dire le rapport q'Telle avait avec une autre chose. Comme ils-ne connaissaient aucune vérité, ils bannissaient toutes sortes de démonstrations; car, disaient-ils, toute démonstration doit être fondée sur quelque chose de clair et d'évident qui n*ait aucun besoin de preuve. Or, il n'y a rien dans le monde qui soit de cette nature, puisque, quand les choses nous sembleraient évidentes, nous serions toujours obligés de montrer la vérité de la raison qui fait que nous les croyons telles.

Pyrrhon, après Homère, comparait ordinairement Jes hommes à des feuilles d'arbres qui se succèdent perpétuellement les unes aux autres, et dont les nouvelles prennent la place des vieilles qui tombent. Il vécut toujours dans une grande considération , depuis qu'il eut été connu ; et mourut enfin âgé de plus de quatre-vingt-dix ans.

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