‹ De l'éducation des fillesChapitre 26 sur 129 · XL — XERXÈS ET LÉONIDAS · texte numérisé non relu

XL — XERXÈS ET LÉONIDAS

La sagesse et la valeur rendent les États invincibles , et non pas le grand nombre de sujets, ni Tautorité sans bornes des princes.

Xebx. — Je prétends , Léonidas, te faire un grand honneur. Il ne tient qu'à toi d'être toujours à ma suite sur les bords du

Styx.

Lbon. —Je n'y suis descendu que pour ne te voir jamais, et pour repousser ta tyrannie. Va chercher tes femmes, tes eunuques, tes esclaves et tes flatteurs ; voilà la compagnie qu'il

te faut.

Xerx. — Voyez ce brutal , cet insolent , un gueux qui n'eût

» L'original finit ici , et l'édition de 4712 y est conforme. Kous copions ce qui suit de l'édition de 1718 : l'éditeur Taura sans doute ajouté poiir terminer ce dialogue, qui lui a semblé incomplet ( Édii. de Ftrs,y

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jamais que le nom de roi sans aatorité , un capitaine de bandits, qui n*ont que la cape et Tépéel Quoi! tu n*as point de honte de te comparer au grand roi? As-tu donc oublié que je couvrais ta terre de soldats, et la mer de navires? Ne sais-tu pas que mon armée ne pouvait , en un repas, se désaltérer sans faire tarir des rivières?

LÉON. — Comment oses-tu vanter la multitude de tes troupes? Trois cents Spartiates que je commandais aux Thermopjles jfurent tués par ton armée innombrable sans pouvoir être vaincus ; ils ne succombèrent qu'après s*étre lassés de tuer. Ne vois-tu pas encore ici près ces ombres errant en foule qui couvrent le rivage? Ce sont les vingt mille Perses que nous avons tués. Demande- leur combien un Spartiate seul vaut d^autres hommes, et surtout des tiens. C'est la valeur , et non pas le nombre , qui rend invincible.

XsRY. -—Ton action est un coup de fureur et de désespoir.

LÉON. — - C'était une action sage et généreuse. Nous crûmes que nous devions nous dévouer à une mort certaine, pour Rapprendre ce qu'il en coûte quand on veut mettre les Grecs dans la servitude , et pour donner le temps à toute la Grèce de se préparer à vaincre ou à périr comme nous. En effet, cet exemple de courage étonna les Perses , et ranima les Grecs découragés. Notre mort fut bien employée.

Xebx. —Oh! que je suis fâché de n'être point entré dans le Péloponèse après avoir ravagé F Attique ! j'aurais mis en cendres ta Lacédémone comme j'y mis Athènes. Misérable impudent, je t'aurais

LÉON. — Ce n'est plus ici le temps ni des injures ni des flatteries; nous sommes au pays de la vérité. Timagines-tu donc être encore le grand roi ? tes trésors sont bien loin ; tu n'as plus de gardes ni d'armée, plus de faste ni de délices ; la louange ne vient plus chatouiller tes oreilles; te voilà nu, seul , prêt à être jugé par Minos. Mais ton ombre est encore bien colère et bien superbe; tu n'étais pas plus emporté quand tu faisais fouetter la mer. En vérité , tu méritais bien d'être fouetté toi-même pour cette extravagance. Et ces fers dorés

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( t'en souviens-tu ? ) que tu fis jeter dans THellespont pour tenir les tempêtes dans ton esclavage? Plaisant homme, pour dompter la mer ! Tu fus contraint bientôt après de repasser à la hâte en Asie dans une barque , comme un pécheur. Voilà à quoi aboutit la folle vanité des hommes qui veulent forcer les lois de la nature, et oublier leur propre faiblesse.

Xebx. — Ah l les rois qui peuvent tout (je le vois bien , mais hélas ! je le vois trop tard) sont livrés à toutes leurs passions. £h ! quel moyen , quand on est homme , de résister à sa propre puissance et à la flatterie de tous ceux dont on est entouré.^ O quel malheur de naître dans de si grands périls!

LÉON. — Voilà pourquoi je fais pins de cas àe ma royauté que de la tienne. J'étais roi à condition de mener une vie dure, sobre et laborieuse, comme mon peaple. Je n*étais roi que pour défendre ma patrie, et pour faire régner les lois : ma royauté me donnait le pouvoir de faire du bien, sans me permettre de faire du mal.

Xebx. — Oui; mais tu étais pauvre, sans éclat, sans autorité. Un de mes satrapes était bien plus grand et plus magnifique que toi.

LÉON. •— Je n'aurais pas eu de quoi percer le mont Atbos, comme toi. Je crois même que chacun de tes satrapes volait dans sa province plus d'or et d'argent que nous n'en avions dans toute notre république. Mais nos armes , sans être dorées, savaient fort bien percer ces hommes lâches et efféminés , dont la multitude innombrable te donnait une si vaine confiance.

Xebx. — - Mais enfin, si je fusse entré d'abord dans le Péloponèse , toute la Grèce était dans les fers. Aucune ville, pas même la tienne, n'eût pu me résister.

LÉON.— Je le crois, comme tu le dis, et c'est en quoi je méprise la grande puissance d'un peuple barbare, qui n'est ni instruit ni aguerri. Il manque de sages conseils ; ou, si on les lui offre, il ne sait pas les suivre, et préfère toujours d'autres conseils faibles ou trompeurs.

Xebx. — Les Grecs voulaient faire une muraille pour fer-

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mer ristlune , mais elle n*était pas encore faite , et je pouvais y entrer.

LÉON. — La muraille n'était pas faite, il est vrai : mais tu n'étais pas fait pour prévenir ceux qui la voulaient faire. Ta feiblesse fut plus salutaire aux Grecs que leur force.

Xebx. — Si j^eusse pris cet isthme, j'aurais fait voir....

LÉON. — Tu aurais faut quelque autre faute , car il fallait que tu en fisses , étant aussi gâté que tu Tétais par la mollesse, par Forgueil, et par la haine des conseils sincères. Tu étais encore plus facile à surprendre que Tisthme.

Xebx. — Mais je n'étais ni lâche ni méchant , comme tu t'imagines.

LÉON.-— Tu avais naturellement du courage et de la bonté de cœur. Les larmes que tu répandis à la vue de tant de milliers d'hommes, dont il n'en devait rester aucun sur la terre avant la fin du siècle, marquent assez ton humanité. C'est le plus bel endroit de ta vie. Si tu n'avais pas été un roi trop puissant et trop heureux , tu aurais été un assez honnête homme.

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