‹ De l'éducation des fillesChapitre 85 sur 129 · DE BOURBON · texte numérisé non relu

DE BOURBON

Toutes les pavioiu doivent céder à Tamour de la patrie.

Fb. -~ Bonjour , mon cousin; eh bien, sommes-nous raccommodés à présent?

BouBB. — Oui , je n'ai point porté mon inimitié jusqu'ici.

Fb. — ^ J'avoue que j'ai eu tort , en. ûdsantgagner à ma mère un méchant procès contre vous, et que vous êtes sorti de France par ma faute.

BouBB. — Cette sincérité me tait oublier davantage tous nos anciens démêlés , et js voudrais être encore en vie , pour pou*

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voir vous en demander le pardon que je n'avais pas pourtant mérité.

Fa. ^ Je vous Faurais facilement accordé , et j'allais tâcher de vous regagner par toutes sortes de moyens ; mais votre mort me prévint.

BouBB. -^ Pour moi , j'avoue de bonne foi que je n'avais pas les mêmes sentiments , et que j'aurais voulu devenir prince souverain en Italie ; je me mis pour, cela au service de Charles-Quint.

Fb. — Quoi ! ne regrettiez-vous point votre patrie , et n'aviezvous point envie de la revoir ?

Boubb. — L'ambition était chez moi la passion dominante , et je voulais m'enrichir : de plus , j'appréhendais que vous ne tinssiez encore pour votre mère , qui avait été la cause de ma disgrâce.

Fb. — Mais il valait mieux aller dans vos terres, et demeurer premier prince du sang; éloigné de la cour, que de commander les armées de l'ennemi capital du chef de votre fa» mille.

Bodbb. — Je iwconnais à présent ma faute , et j'en suis touché sincèrement.

Fb. — Mais qu'est-ce qui vous fit entreprendre le pillage de Rome?

Boubb. -. II faut vous découvrir ici tout le mystère. Lorsque je fus entré au service de Charles*Quint , François Sforce était duc de Milan ; l'empereur voulait s'emparer de ce duché. Le duc n'était pas assez fort pour lui résister : il n'y avait que son chancelier, nommé Mouron, homme expérimenté, homme qui découvrait tout, et empêchait le duc de tomber dans les panneaux qu'on lui tendait. L'empereur, croyant qu'on ne pourrait exécuter son entreprise tant que cet homme serait auprès du duc\ le fit prendre , et lui fit faire son procès sur de fausses accusations, par lequel il fut condamné à mort. Ck)mme on le menait au supplice, il me fit promettre une grande somme d'argent, et me fit dire qu^il me découvrirait des choses importantes si je lui sauvais la vie. Je tua

DIALOGUES DES MOBTS. 325

ébloui par ses promesses , et fis retarder Texécution. Je le fis venir pour me découvrir ces choses d'importance : il me dit que je devais débaucher Tarmée de Tempereur , et ensuite aller pilier Florence ou Rome; ce qui me serait aisé, parce qu'elle était toute composée de luthériens. Mon ambition me fit trouver ses conseils excellents : je gagnai Tarmée , et marchai à Rome , où je fus tué au commencement de l'attaque. Vous savez le reste.

Fb.— Vous étiez donc en même temps orgueilleux et avare ? Voilà de belles passions !

BouBB. — Vous étiez livré à vos passions aussi bien que moi; car vous aviez des maîtresses; vous désiriez être empereur, et Ton prétend que vous ne haïssiez pas l'argent. En cette occasion , c'est la pelle qui se moque du fourgon.

Fb. —Nous nous disons l'un à l'autre nos vérités sans rien craindre ; mais nous ne nous en fâchons point.

Boubb. — Pendant que nous vivions , nous ne les aurions pas supportées si facilement ; mais la mort 6te une grande partie des défauts.

Fb. — Mais avouez à présent que vous étiez beaucoup mieux connétable et premier prince du sang, que général des armées de Charles-Quint?

Boubb. — Il est vrai que j'y ai eu de grands dégoûts ; mais pourquoi n'avez-vous pas voulu que je vous aie fait la révérence, après que vous fûtes pris à Pavie?

Fb. — Je voulus soutenir la grandeur royale, même dans ma disgrâce; et j'aurais plutôt souffert la mort, que la vue d'un sujet rebelle : mais ici-bas il n'y a plus ni sujets ni princes , ni sujets rebelles ni soumis , ni jeunes ni vieux ^ ni sains ni malades.

LXXVIl. PHILIPPE II ET PHILIPPE III.

Rien de si pernicieux aux rois que de se laisser entraîner par l'ambition et

et la flatterie.

Ph. II. — Eh bien ? mon fils , avez-vous gouverné l'Espagne selon mes maximes,... Vous n'osez répondre ; quoi donc! est-

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il arrivé quelque grand malheur ? Les Maures sont-Us rentrés une seconde fois en Espagne ?. . .

Ph. III. — Non ; FEspagne est tout entière.

Ph. il — Quoi donc ! les Indes se sont-elles révoltées ? Parlez.

Ph. III. Non.

Ph. II. — Henri IV a-t-il pris le royaume de Naples.^ J'appréhendais fort ce prince pendant ma vie.

Ph. m. — Point du tout.

Ph. il — Je ne saurais comprendre ce qui sst arrivé; édaircissez-moi.

Ph. m. — Je suis obligé d'avouer moi-même mon imbécillité ; car en suivant vos maximes j'ai ruiné l'Espagne. En voulant abaisser les grands , je leur ai donné de la jalousie « en sorte qu'ils se sont lignés et se sont élevés au-dessus de moi. Cela a fait que je suis tombé dans une si'graiide faiblesse , que je n'avais presque plus d'autorité. Pendant ce temps-là , le prince Maurice a réduit sous sa puissance la -meilleure partie des Pays-Bas , et j'ai été obligé de conclure avec lui un traité honteux , par lequel je lui laissais une partie de la Gueldre, la Hollande , la Zélande , Zutphen , Utrecht, West-Frise, Groningue et Over-Issel, etc.

Ph. il — Hélas! dans quels malheurs avez-vous jeté l'Espagne?

Ph. III. — J'avoue qu'ils sont grands ; mais ils ne sont arrivés qu'en suivant votre politique. En voulant rabaisser l'orgueil des grands, je l'ai élevé; vous avez vous-même donné commencement à la puissance des Hollandais par le commerce...

Ph. IL —Comment?

Ph. III. -— Lorsque vous conquîtes le Portugal , les Portugais faisaient tout le commerce des Indes : quelque temps ^rès , les Hollandais s'étant révoltés, vous voulûtes les empêcher de venir à Lisbonne. Ne sachant donc que devenir, ils allèrent prendre les marchandises à la source , et enfin ruinèrent le commerce des Portugais.

mALOGUËS DES MORTS. 327

Ph. II. ^ Pendant ma vie , mes courtisans m*é)evaient cela jusqu'aux cieux : je reconnais à présent mes fausses maximes et ma fausse politique, et qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux rois que de s« laisser entraîner par Fambition et par la flatterie.

LXXyilI. — ARISTOTE ET DESCABTES.

Sur la )ibilo9opbie cartésienne, et en. particulier sur le système des botes machines.

Aaisx. — J'avais entendu parler ici de votre nouvelle métaphysique^ et je suis bien aise de m'en édoirdr avec vous.

Dbsc. — J'ai avancé de nouveaux principes , je l'avoue ; mais je n'ai rien avancé que de vrai , à ce qu'il me semble.

Abist. — Expliquez-moi un peu ici ces nouveaux principes.

Desg. — J'ai découvert aux hommes la chose la plus importante qu'on ait découverte et qu'on découvrira : c'est que les animaux ne sont que desimpies machines, et d% purs ressorts qui sont montés pour toutes les actions qu'on leur voit faire.

Arist. — Oui ; mais nous leur en voyons faire plusieurs qui me paraissent difficiles à expliquer par la machine. Par exemple, lorsqu'un chien suit un lièvre, direz- vous que Ja machine est ainsi montée?

Desg. —Auparavant que d'en venir à cette question , il faut convenir qu'il y a un Être inûni.

Arist. — Voyons \m peu comment vous le pourrez prouver.

Desg. — N'est-il pas vrai que le corps n'est qu'une simple matière ?

Arist. — Oui.

' Desg. — De même l'âme n'est qu'une substance qui pense.

Arist. — Non.

Dksc. — Pour joindre donc cette matière et cette substance immatérielle, il est nécessaire d'un lien : or, c^ lien ne peut

328 DIALOGUES DES MOBTS.

point être matériel ; donc il est nécessaire qu'il y ait un Être tout-puissant et infini , qui lie cette matière et cette substance immatérielle.

Abist. — • Pendant ma vie , je voyais bien qaUl fallait qu*il y eût quelque chose comme cela; mais cette oonnaissanoe n'é* tait pas si distincte que vous me la rendez à présent.

Desg. — Pour revenir à notre chien , cet Être infini et tout-puissant ne peut-il pas avoir fait des ressorts si délicats , que , touchés par les corpuscules qui sortent incessamment de ce lièvre , ils fassent agir les ressorts , en sorte que cela les tire vers le lièvre?

Abist. — Mais, quand ce chien est en défaut, et que ces corpuscules ne viennent plus lui frapper le nez, qu'est-ce qui fait que ce chien cherche de tous côtés , jusqu'à ce qu*il ait retrouvé la voie?

Desc Vous entrez dans de trop petits détails , que Ton

n'a pas fort approfondis.

Abist Cette question vous a embarrassé , je le vois bien.

Desg. — Mon principe fondamental est que nous ne voyons faire aux bétes que des mouvements où Ton n*a besoin que de la machine.

Abist. — Quoi ! quand un chien a perdu son maître , et qu'il est dans un carrefour où il y a trois chemins , après avoir senti les deux premiers inutilement , il prend le troisième sans hésiter; en vérité, je ne vois pas que la simple machine puisse faire cela.

Desg. — Je vous ai dit que ces détails étaient de si petite conséquence , qu'on ne se donne point la peine de les approfondir. Mais venons aux principes : les animaux sont de simples machines , ou bien ils ont une âme matérielle , ou une spirituelle.

Abist. — Pour la machine et Tâme spirituelle , je le nie.

Desc . — Vous revenez donc à Pâme matérielle ?

Abist.— £lle est bien plus probable que la simple machine; et pour Fâme spirituelle, je crois qu*elle n'a été accordée qu'aux sruls hommes.

DIALOGUES DBS MORTS. 339

Desg. -. J*ai gagné un grand point : n'est-il pas vrai que la matière ne pense pas?

Abist. — Non.

Desg. — Puisque la matière ne pense point, oomment voulez-vous donc qu'elle soit une âme, qui n'est faite que pour penser?

Abist. — Eh bien, ôtons-en la matière.

Desg. -^ La voilà devenue âme spirituelle.

Arist. — J'avoue que cette forme matérielle n'est qu'un pur galimatias , et que je ne l'ai voulu soutenir que parce que mes écoliers l'enseignent ainsi : mais en revenant à votre Être infini et tout-puissant, nous devons conclure qu'il a pu donner aux animaux une âme spirituelle , et les a pu faire aussi de simples machines; mais que, comme l'esprit des hommes est borné, il ne peat pas pénétrer jusqu'à cette science.

Desg. —Vous voilà tombé dans la possibilité, et c'est une carrière où il est facile de s'étendre. Dans cette possibilité vous trouverez les choses de raison, les hircocerfis, les hippocentaures , et mille autres figures bizarres.

Arist. — Vous voudriez bien m'éloigner de la métaphysique , et me faire tomber sur les êtres de raison , qui font par* tie de la logique.

Desg. — Vous tâchez de m'éblouir par vos vaines raisons.

Arist. — Avouez , mon pauvre Descartes , que nous n'entendons guère tous deux ce que nous disons , et que nous plaidons une cause bien embrouillée.

Desg. — Embrouillée! je prétends qu'il n'y a rien de plus clair que la mienne.

Arist. — Croyez-moi , ne disputons pas davantage; nous y perdrions tous deux notre latin.

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