THALÈS
Né la première année de la 53* olympiade, mort à la 58*, âgé de quatrevingt-douze ans.
Tlialès, Milésien, originaire de Phénicie, descendait de Cadmus, (ils d^Agénor. L'indignation que ses parents avaient contre les tyrans qui opprimaient les gens de bien les obligea de quitter leur pays ; ils vinrent s'établir à Milet , ville d'Ionie , où Thaïes naquit la première année de la trente-cinquième olympiade. Cest lui qui a mérité le premier le glorieux titre de sage 9 et qui a été Fauteur de la philosophie qu'on a appelée ionique , du nom du pays où il avait pris naissance
Il passa quelque temps dans la magistrature , et , après en avoir exercé avec éclat les principaux emplois , le désir de connaître les secrets de la nature lui fit quitter l'embarras des affaires publiques. Il s'en alla en Egypte, où les sciences florissaient pour lors. Il employa plusieurs années à converser avec les prêtres , qui étaient les docteurs du pays ; il s'instruisit des mystères de leur religion, et s'appliqua particu* lièrement à la géométrie et à l'astronomie. Il ne s'attacha jamais à aucun maître ; et , hors le commerce qu'il eut avec les prêtres égyptiens pendant ce voyage , il ne dut qu'à ses expériences et à ses profondes méditations les belles connaissances dont il a enrichi la philosophie.
Thaïes avait l'esprit élevé , parlait peu et réfléchissait beaucoup ; il négligeait son intérêt particulier , et était fort zélé pour celui de la république.
Juvénal , parlant des gens qui croyaient que la vengeance
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était un bien plus désirable que la vie même, dit que ces sentiments-là sont fort éloignés de ceux de Chrysipe et de la douceur de Thaïes.
At vindicta bonum vita jucundius ipsa : Chrysippus non dicet idem r nec mite Thaletis Ingenium^...
Quand Thaïes fut de retour à Milet, il vécut dans une grande solitude, et ne songea plus qu*à contempler les choses célestes. L'amour de la sagesse lui fit préférer la douceur du célibat aux soins qui accompagnent le mariage. Il n'était encore âgé que de vingt-troLs ans lorsque Cléobuline sa mère le pressa d'accepterfun parti avantageux qui se présentait. Quand on est jeune, dit Thaïes, il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux , il est trop tard ; et un homme entre ces deux âges ne doit pas avoir assez de loisir pour se choisir une femme. Quelques-uns disent qu'il épousa , sur la fin de sa vie , une Égyptienne qui a fait plusieurs beaux ouvrages.
Un jour, des étrangers de Milet , passant par l'île de Cos, achetèrent de quelques pécheurs ce qu'ils allaient tirer du coup de filet qu^ils venaient de jeter dans la mer. Ces pêcheurs tirèrent un trépied d'or massif, qu'on dit qu'Hélène revenant de Troie avait jeté autrefois dans cet endroit , à cause d'un ancien oracle dont elle s'était souvenue. Cela fit d'abord de la contestation entre les pêcheurs et les étrangers, à qui aurait le trépied. Ensuite les villes s'y intéressèrent, et prirent parti chacune pour ses gens. On était prêt à passer à une guerre ouverte, lorsqu'on s'accorda de .part et d'autre de s'en tenir aux décisions de l'oracle. On envoya à Delphes; l'oracle fit réponse qu'il fallait donner le trépied au premier des sages. On alla aussitôt le porter à Thaïes , qui le renvoya à Bias. Bias, par modestie , le remit à un autre , et cet autre à quelque autre qui le renvoya à Solon. Solon dit qu'il n'y avait rien de plus sage qu'un dieu ; il fit porter le trépied à Delphes , et le consacra à Apollon.
Quelques jeunes gens de Milet reprochèrent un jour à Thaïes
' JUY. SaU xiu , V, ^85 et seq.