‹ De l'éducation des fillesChapitre 96 sur 129 · THALÈS · texte numérisé non relu

THALÈS

que sa sdeDce était fort stérile , puisqu'elle le laissait daus rjiidigence. Thaïes voulut leur faire connaître que si les sages n'amassaient pas de grands biens , c'était par un pur mépris pour les ridiesses , et qu'il leur était faciled'acquérir les choses dont ils ne faisaient aucun cas.

Il prévit, à ce qu'on dit, par ses observations astronomiques, que l'année serait très-fertile; il acheta avant la saison tous 1^ fruits des olivier^ qui étaient autour de IVlilet. La récolte fut fort abondante; Thaïes en tira un profit considérable : mais commeâl était tout à fait désintéressé , il fit assembler les marchands de Milet , et leur distribua tout ce qu'il avait gagné.

Thaïes avait accoutumé de remercier les dieux de trois choses : d'être né raisonnable plutôt que bét^ , homme plutôt que femme, Grec plutôt que barbare.

Il croyait que le monde avait été disposé de la manière que nous le voyons par une intelligence qui n'avait point de commencement, et qui n'aurait jamais de fin.

C'est le premier des Grecs qui ait enseigné que les âmes étaient immortelles.

Ujq homme vint un jour lui demander si nous pouvions cacher nos actions aux dieux. Nos pensées même les plus secrèteSi, répondit-il, ne sauraient jamais leur être inconnues.

Il disait que la chose du monde la plus grande était le lieu , parce qu'il renfermait tous les êtres ; que la plus forte était la nécessité, parce qu'elle venait à bout de tout ; que la plus prompte était l'esprit, puisque en un instant il parcourait tout Tunivers; que la plus sage était le temps , puisqu'il découvrait les choses les plu» cachées : mais que la plus douce et la plus aimable était de faire sa volonté.

Il répétait souvent que de parler beaucoup n'était pas une marque d'esprit ;

Qu'on devait se souvenir également de ses amis pi:ésents ou absents;

Qu'il Êidait assister son père et sa mère , pour mériter d'être assisté de ses enfants; .

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Qu'il n'y avait rien de si rude que de voir vieillir un tyran;

Que ce qui nous peut consoler dans notre mauvaise fortune, c'est d'apprendre que ceux qui nous tourmentent sont aussi malheureux que nous ;

Qu'il ne fallait point faire ce qu'on reprenait dans les autres;

Que le véritable bonheur consistait à jouir d'une santé parfaite , à avoir un bien raisonnable, et à ne pas passer sa vie dans la mollesse et dans l'ignorance.

Il croyait qu'il n'y avait rien de si difficile que de se connaître soi-même; c'est ce qui lui fit inventer cette belle maxime , qui fut depuis gravée sur une lame d'or , et consacrée daos le temple d'Apollon : Connais-toi toi-même.

Il tenait que la vie et la mort ne différaient en rien ; et quand on lui demandait pourquoi il ne se faisait pas mourir : C'est , répondait-ii , parce que vivre ou être mort étant la même chose , rien ne peut déterminer à prendre un parti plutôt que Tautre.

Il se divertissait quelquefois à la poésie. On dit que c'est lui qui a inventé la mesure des vers hexamètres

Un homme justement accusé d'adultère vint un jour lui demander s'il lui était permis de se justifier par serment. Thaïes lui répondit en se moquant : Le parjure est-Q un crime moins grand que l'adultère?

Mandrète de Pryène , qui avait été son disciple , le vint voir à Milet, et lui dit : Quelle récompense voulez-vous que je vous donne, ô Thaïes , pour vous témoigner combien j'ai de reconnaissance de tous les beaux préceptes dont je vous suis redevable ? Quand l'occasion vous donnera lieu d'enseigner les autres, répondit Thaïes , faites-leur connaître que c'est moi qui suis l'auteur de cette doctrine. Ce sera pour vous une modestie louable, et pour moi une récompense très-précieuse.

Thaïes a été le premier de tous les Grecs qui se soit appliqué à la physique et à l'astronomie. Il croyait que Teau était le premier principe de toutes choses : que la terre n'était qu'une eau condensée, l'air une eau raréfiée : que toutes choses se

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changeaient perpétuellement les unes dans les autres; mais qu'en dernier lieu tout se résolvait en eau : que Tunivers était animé, et rempli d'êtres invisibles qui voltigeaient sans cesse de côté et d'autre : que la terre était au milieu du monde; qu'elle se mouvait autour de son propre centre , qui était le même que celui de l'univers, et que les eaux de la mer, sur quoi elle était posée , lui donnaient un certain branle qui était la cause de son mouvement.

Les effets merveilleux de Taimant et de Tambre , et la sympathie entre les choses de même nature , lui ont fait croire qu'il n'y avait rien dans le monde qui ne fût animé.

Il croyait que la cause de Tinondation du Nil venait de ce que les vents étésiens, qui soufflaient du septentrion au midi, retardaient les eaux du fleuve, qui coulent du midi vers le septentrion, et les contraignaient à se déborder dans la campa^e.

C'est lui qui a prédit le premier les éclipses du soleil et de la lune, et qui a fait des observations sur les différents mouvements de ces deux astres. Il croyait que le soleil était un corps lumineux de lui-même, dont la masse était cent vingt fois plus considérable que celle de la lune ; que la lune était un corps opaque , qui n'était capable de réfléchir la lumière du soleil que par une seule moitié de sa surface : et sur cette supposition il rendait raison des différentes figures sous lesquelles la lune nous paraît.

C'est lui qui a recherché le premier l'origine des vents , la matière des foudres, la cause des éclairs et du tonnerre.

Personne avant lui n'avait connu la manière de mesurer les hauteurs des tours et des pyramides par leur ombre méridionale , lorsque le soleil est dans Téquinoxe.

Il fixa l'année à trois cent soixante-cinq jours; il régla For dredes saisons , et borna chaque mois à trente jours : à la fin de chaque douzaine de mois , il ajouta cinq jours pour achever le cours de l'année : c'était une méthode qu'il avait prise des Égyptiens.

C'est lui qui a donné la connaissance de la petite Ourse,

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dont les Phéniciens se servaient pour régler leur navigation.

Un jour, eomine il sortait de son logis pour aller contempler les astres , il se laissa tomber dans un fossé ; une vieille servante de sa maison courut aussitôt, à lui , et après Tavoir retiré , lui dit en se moquant : Quoi ! Thaïes , vous croyez pouvoir découvrir ce qui se passe dans les deux , et vous ne voyez pas seulement ce- qui est à vos pieds ?

Thaïes fut pendant toute sa vie dans une considération trèsdistinguée; on le consultait sur les affaires les plus importantes. Crésus, après avoir entrepris la guerre contre les Perses , s'avança à la tête d'une grosse armée jusque sur les bords du fleuve Hatys ; il se trouva fort embarrassé pour passer ; il n'avait ni pont ni bateaux , et le fleuve n'était point guéable. Tha lès , qui se rencontra pour lors dans son camp , lui assura qu'il lui donnerait le moyen de faire traverser ce fleuve à son armée sans pont et sans bateaux. 11 fit aussitôt travailler à un grand fossé en forme de croissant , qui commençait à une des extrémités du camp et finissait à l'autre; ce fleuve se divisa par ce moyen en deux bras qui étaient guéables l'un et l'autre , et toute l'armée passa sans difficulté. Thaïes ne voulut jamais souffrir que , dans cette occasion , les Milésiens fissent alliance avec Crésus, qui les recherchait avec beaucoup d'empressement. Cette prudence fut cause de la conservation de sa patrie; car Cyrus, victorieux des Lydiens, saccagea toutes les villes qui étaient entrées en confédération avec eux ; et épargna ceux de Milet , qui n'avaient point voulu prendre de parti contre lui.

Thaïes , étant fort vieux, se fit porter un jour sur une terrasse > pour y voir à son aise les combats de l'amphithéâtre. La chaleur excessive lui causa une altération si violente , qu'il mourut subitement dans le lieu même d'oi^ il regardait les combats. C'était dans la cinquante-huitième olympiade , et la quatre-vingt-douzième année de son âge. Ceux de Milet lui firent de magnifiques funérailles.

U naquit la troisième année de la 55" olympiade; Tut préteur à Athènes la troisième année de la 45", et mourat au oomniencement ée la 53*, âgé de soixante-dix-huit ans.

Solon , originaire d'Athènes , naquit à Salamine en la trentecinquième olympiade. Excestide , son père , descendait du roi Codrus, et sa mère était cousine germaine de la mère de PisiBtrate. U employa une partie de sa jeunesse à voyager en Egypte , qui était pour lors le théâtre de tous les gens savants. Après s'être instruit de la forme du gouvernement , et de tout ce qui regardait les lois et les coutumes du pays , il s*en revint à Athènes , où son rare mérite et sa naissance distinguée lui firent obtenir les emplois les plus considérables.

Solon était un homme d*une grande sagesse, mâlée debeaucoup de vigueur, de fermeté et de sincérité. Il était excellent orateur, poète, législateur, et bon homme de guerre. Il fut pendant toute sa vie fort zélé pour la liberté de sa patrie , grand ennemi des tyrans , et peu empressé pour Tagrandissement de sa famille. Il ne s'attacha jamais à aucun maître , non plus que Thaïes. H négligea la connaissance des causes delà nature , pour s'appliquer entièrement à la morale et à la politique. Cest lui qui est l'auteur de cette belle maxime : Il faut gar^ der la médiocrité en toutes choses.

Un jour Solon était à Milet, où la grande réputation de Thaïes l'avait obligé de faire un voyage. Après s'être entretenu quel que temps avec ce philosophe , il lui dit : Je m'étonne , 6 Thaïes, que vous n'ayez jamais voulu vous marier; vous auriez des enfants que vous prendriez plaisir à élever. Thaïes ne répondit rien sur-le-champ. Quelques jours après il aposta un certain homme quifeignitd'étre étranger, etqui vintleur rendre visite ; cet homme dit qu'il arrivait d'Athènes tout nouvellement. Eh bien! lui dit Solon , qu'y a-t-il de nouveau } Rien que je sache , répondit l'étranger, sinon qu'on portait en terre un jeune Athénien dont toute la ville accompagnait la pompe funèbre , parce

qu'il était d'une condition distinguée, et fils d'un homme fort estimé de tout le peuple : cet homme-là , ajouta l'étranger, est hors d'Athènes, il y a quelque temps; ses amis ont résolu de lui ménager cette nouvelle, pour empêcher que le chagrin ne le fasse mourir. 0 pauvre père malheureux ! s'écria Solon ; et comment l'appelait-on ? Je l'ai bien entendu nommer, répondit l'étranger, mais il ne m'en souvient pas ; je sais bien que tout le monde disait que c'était un homme d'une grande sagesse. Solon, dont l'inquiétude augmentait à tous moments, parut tout troublé ; il ne put s'empêcher de demander si ce n'était point Solon. L'étranger répondit brusquement : Oui, c'est celui-là. Solon fut touché d'un ressentiment si vif et si cuisant , qu'il commença à déchirer ses habits , à s'arracher les cheveux et à se battre la tête ; enfin il ne s'abstint d'aucune des choses qu'ont accoutumé de faire et de dire tous ceux qui sont outrés de douleur. Pourquoi tant pleurer et se tourmenter, lui dit Thaïes, pour une perte qui ne peut être réparée par toutes les larmes du monde? Ah! répondit Solon, c'est cela même qui me fait pleurer ; je plains un mal qui n'a point de remède. A la fin. Thaïes se prit à rire de toutes les différentes postures que faisait Solon. O Solon , mon ami , lui dit-il , voilà ce qui m'a fait craindre le mariage; j'en redoutais le joug, et je connais, par la douleur du plus sage des hommes, que le cœur le plus ferme ne peut soutenir les afflictions qui naissent de l'amour et du soin des enfants; ne t'inquiète pas davantage : tout ce que l'on vient de te dire n'est qu'une fable faite à plaisir.

Il y avait eu pendant longtemps une cruelle guerre entre les Athéniens et les Mégariens, au sujet de l'île de Salamlne^ Enfin , après plusieurs carnages de part et d'autre , les Athéniens , qui avaient eu du désavantage , las de répandre tant de sang , ordonnèrent une punition de mort contre le premier qui serait assez hardi de proposer la guerre pour le recouvrement de Salamine, dont ceux de Mégare étaient en possession. Solon craignit que s'il parlait , il ne se fît tort à lui-même , ou que s'il se taisait , son silence ne fût désavantageux à sa patrie. Il prit

le parti de contrefaire le fou , afin que sous ce prétexte il lui fût premis de dire et de faire impunément tout ce qu'il voudrait. Il fit courir le bruit par toute la ville qu'il avait perdu l'esprit. Après avoir composé quelques vers élégiaques qu'il apprit par cœur, il sortit de sa maison avec un vilain habit tout déchiré, une corde à son cou, un vieux bonnet crasseux sur sa tête : tout le peuple s'attroupa autour de lui. Solon monta sur la pierre d'où on avait coutume de faire les proclamations publiques, et récita des vers contre sa coutume : Plût aux dieux , s'écria t-il, que jamais Athènes n'eût été ma patrie! ah! je voudrais être né à Pholegandes ou à Syène, ou dans quelque lieu encore plus affreux et plus barbare ; au moins je n'aurais pas le chagrin de me voir montrer au doigt, et d'entendre dire : Voilà un Athénien qui s'est honteusement sauvé de Salamine. Vengeons promptement l'affront que nous avons reçu, et reprenons un séjour si agréable, que nos ennemis nous retiennent si injustement. Cela fit tant d'impression sur l'esprit des Atbé^niens, qu'ils révoquèrent aussitôt l'édit qu'ils avaient fait; ils prirent les armes , et résolurent de faire la guerre aux Mégariens. Solon fut choisi pour commander les troupes ; il s'embarqua avec ses gens sur plusieus bateaux de pécheurs. Il était suivi d'une galère à trente-six rames , et il mouilla assez près de Salamine. Les Mégariens qui étaient dans la ville s'aperçurent de quelque chose , et coururent aux armes tout en désordre. Ils détachèrent un de leurs vaisseaux, qu'ils envoyèrent pour découvrir ce que c'était. Ce vaisseau s'approcha de trop près ; il fut pris par Solon , qui fit aussitôt lier tous les M^ariens qui étaient dedans; il fit embarquer à leur place les plus braves d'entre les Athéniens , et leur commanda de faire voile vers Salamine, en se cachant le plus qu'ils pourraient. Solon prit avec lui le reste de ses gens , et descendit à terre par un autre endroit; il alla à la rencontre des Mégariens qui s'étaient mis en campagne; et pendant qu'il leur donna bataille, ceux qu'il avait envoyés dans le vaisseau arrivèrent, et se rendirent maîtres de la ville. Solon, après avoir défait les Mégariens , renvoya sans rançon tous les prisonniers qui avai^t

été faits dans le combat , et érigea un temple à riionneur du dieu Mars dans le propre lieu où il avait remporté la victoire. Quelque temps après , ceux de Mégare s'opiniâtrèrent inutilement à vouloir recouvrer Salamine : enfin on convint de part et d*autre qu'on prendrait les Lacédémoniens pour arbitres. Solon prouva, devant les députés de Sparte, que Philus et Eurifacès, enfants d'Ajax, roi de Salamine , étaient venus demeurer à Athènes, et quMls donnèrent cette Ile aux Atliéniens, à condition qu'on les ferait citoyens d^ Athènes. 11 fit ouvrir plusieurs tombeaux, et fit voir que ceux de Salamine tournaient la face de leurs morts dii même coté que ceux d'Athènes, aii lieu que lès M^ariens les tournaient du côté opposé ; qu'enfin ils faisaient graver sur le cercueil le nom de la famille du mort, oe qui était particulier aux seuls Athéniens. Mais ceux de Mégare ne tardèrent pas longtemps à avoir leur revanche; car les différends qui régnaient depuis longtemps entre les descendants de Cylon et ceux de Mégaclès s'augmentèrent jusqu'à un tel point, qu'ils pensèrent faire périr entièrement la ville. Cylon avait eu autrefois dessein de se rendre souverain d'Athènes ; sa conspiration fut découvctte , il fut massacré avec plusieurs de ses complices. Tous ceux qui purent échapper se sauvèrent dans le temple de Minerve. Mégaclès , qui était pour lors magistrat, fît tant par ses belles paroles , qu'il leur persuada de venir se présenter devant les juges, en tenant un filet attaché par un -de ses bouts à la statue de la déesse, afin de ne point perdre leur franchise. Comme ils descendaient du temple, le filet se rompit. Mégaclès dit que c'était une marque évidente que la déesse leur refusait sa protection ; il en arrêta plusieurs , qui furent aussitôt lapidés par le peuple ; ceux qui recoururent aux autels y furent presque tous massacrés , sans aucun respect. Il ne s'en sauva que quelques-uns. pour qui les femmes des magistrats s'employèrent , et les firent remettre en liberté.

Une action si noire rendit odieux les magistrats et leurs descendants , qui furent depuis ce temps«>là très^-haîs du peuple. Plusieurs années .après, les descendants; de Cylon de-

vinrent très-puissants ; la haine qui était entre les deux partis 8*a)lumait tous les jours.de plus en plus. Selon , pour lors magistrajt, craignit que leurs divisions n'entraînassent la perte de toute la ville ; il les fit consentir les uns et les autres h preujdi'e .des juges pour terminer leurs différends : les juges décidèrent en faveur des Cyloniens. Tous les descendants de M^aclès furent bannis , et les os de ceux qui étaient morts furent dét@:rés^ et jetés hors du territoire d'Atiiènes. Les Mégarien3 pcofitèrent de cette occasion favorable pour eux ; ils prirent les armes peadant que les divisions étalent dans leur plus grajide chaleur, et recouvrèrent Salamine.

A peine cette sédition était apaisée , qu'il en survint une a^tre dont les suites ne devaient pas être moins dangereuses. Les pauvres étaient si endettés, qu'on les adjugeait tous les jours comme esclaves à leurs créanciers , qui les faisaient travailler ou les vendaient, à leur £gintaisie. Quantité de* gens du menu peuple s'attroupèrent, résolus de se choisir un chef pour empêcher qu'aucun d'eux ne fût fait esclave dans la suite, faute d'avoir payé ses dettes au jour nommé, et pour obliger les magistrats à partager tous<.les biens également , comme Lycurgue avait fait à Sparte. Les troubles étaient si grands , et les séditieux tellement animés , qu'on ne connaissait aucun remède pour les apaiser. Solon fut élu , du consentement des deux partis , pour terminer toutes choses < à l'amiable. Il fit beaucoup de difOculté d'abord d'accepter un emploi si épineux ; il n'y eut que l'envie de servir sa patrie qui l'y fit résoudre. Tout le monde lui avait entendu dire autrefois que l'égalité empêchait toutes les contestations ; chacun interprétait cette sentence en sa faveur : les pauvres croyaient qu'il voulait rendre tous les hommes égaux , les ri-» ches, au contraire , s'imaginaient qu'il avait dessein de mesurer toutes choses selon la naissance et la dignité des personnes. Cela le rendit si agréable aux uns et aux autres , qu'ils le pressèrent d'accepter la souveraineté. Les gens mêmes qui n'étaient point intéressés dans ces brouilleries, ne connaissant point de meilleur remède pour aviser les divi^

sions , consentaient volontiers d'avoir pour maître celui qui passait pour le plus homme de bien et le plus sage de toute la terre. Solon s'en éloigna fort, et déclara hautement qu'il u*y consentirait jamais. Ses meilleurs amis ne pouvaient s'empêcher de le blâmer. Vous êtes bien simple, lui disaient>ils : quoi! sous prétexte d'un vmn nom de tyran, vous refusez une monarchie qui vous sera par la suite très-légitimement acquise! Timondas ne s'est-ii pas fait autrefois déclarer roi d'Eubée? et Pittaque ne règne-t-il pas aujourd'hui à Mytilène? Solon fut inflexible à tous ces discours. La principauté légitime et la tyrannie , répondit-il , sont à la vérité de trèsbelles places, un très-bel endroit; mais on est environné de précipices de tous côtés, et il n'y a point de chemin pour en sortir, lorsqu'on y est une fois entré. Jamais on ne le put résoudre à accepter ce parti avantageux qu'on lui présentait. Tous ses amis le traitaient de fou et d'insensé. Solon s'appliqua sérieusement à apaiser les troubles qui étaient à Athènes. Il commença par ordonner que toutes les dettes passées seraient entièrement abolies , sans que jamais personne en pût rien demander à ses débiteurs : et, pour donner exemple à tout le monde , il remit sept talents qui lui devaient revenir de la succession de son père. Il déclara nulles les dettes qui se feraient dans la suite sous obligation du corps, afln d'empê- • cher à l'avenir l'inconvénient qui avait été cause de tous les troubles. Les deux partis d'abord furent assez mécontents de ce jugement; les riches étaient fâchés de ce qu'on leur avait fait perdre ce qui leur appartenait; et les pauvres ne l'étaient pas moins de ce qu'on n'avait pas partagé les biens également. Mais les uns et les autres furent tellement convaincus par la suite de l'utilité des règlements de Solon, qu'ils le choisirent tout de nouveau pour apaiser les troubles causés par trois différentes factions qui partageaient la ville d'Athènes , et lui donnèrent pouvoir de réformer les lois à sa fantaisie , et d'établir tel gouvernement qu'il lui plairait.

Les gens de la montagne voulaient que le peuple fût entièrement le maître des affaires ; ceux de la plaine prétendaient

quUl n'y eût qu*un certain nombre de citoyens des plus considérables ; et les gens de la marine voulaient que les magistrats fussent tirés de l'une et de l'autre condition. Solon , qu'on avait choisi pour souverain arbitre, commença par casser toutes les lois de Dracon son prédécesseur , à cause qu'elles étaient trop sévères. Les fautes les plus légères étaient punies de mort , comme les plus énormes crimes *, et il n'était pas moins dangereux d'être convaincu d'oisiveté , de voler des fruits ou des herbes , que de commettre des sacrilèges , des meurtres, et tout ce qu'on peut imaginer de plus noir. C'est ce qui avait donné lieu de dire qu'elles étaient écrites avec du sang. On demanda un jour à Dracon pourquoi il avait ordonné des peines de mort pour toutes sortes de crimes indifféremment : C'est parce , répondit-il , que les moindres méritent ce châtiment , et que je n'en connais point de plus rigoureux pour les crimes plus énormes.

Solon divisa les citoyens en trois différents ordres , selon les biens dont chaque particulier se trouva alors en possession. Il donna entrée dans les affaires publiques à tout le peuple , excepté aux artisans qui ne vivaient que de leur travail. Ceuxlà étaient exclus des charges , et ne jouissaient pas des mêmes privilèges que les autres.

Il ordonna que les principaux magistrats seraient perpétuellement choisis entre les citoyens du premier ordre;

Que dans une sédition celui qui n'aurait pris aucun parti serait noté d'infamie ;

Que si un homme qui avait épousé une riche héritière se trouvait impuissant, sa femme pourrait avoir commerce avec celui qu'elle voudrait des plus proches parents de son mari ;

Que les femmes n'apporteraient pour dot à leurs maris que trois robes et quelques meubles de peu de valeur;

Qu'on pourrait tuer impunément un adultère, lorsqu'on le surprendrait sur le fait.

Il modéra les dépenses des dames , et abolit plusieurs oérémonies qu'elles avaient coutume d'observer.

Il défendit de mal parler des morts.

FÉRELON. ^*

3tt2 soLorr.

U permettait aux gens qui n'avaient point d'enfants d^iostituer héritiers tous ceux qu'ils Toudraient, pourvu qu'ils fussent dans leur bon sens lors de leur testament.

Que celui qui aurait dissipé son bien serait noté d^infamie , et déchu de tous ses privilèges , de même que celui qui ne nourrirait pas son père et sa mère dans leur vieillesse. Le fils n'était pas tenu de nourrir son père , s'il ne lui avait fait apprendre un métier pendant sa jeunesse.

Que nul étranger ne pouvait être fait citoyen d'Athènes , s'il n-avait été banni à perpétuité de son pays , ou s'il ne venait s'y établir avec toute sa famille pour y exercer quelque vocation.

11 diminua fort les récompenses qu^on donnait autrefois aux athlètes.

Il ordonna que le public élèverait les enfants de ceux qui seraient nriorls ea combattant pour la patrie ;

Qu'un tuteur ne pourrait demeurer avec la mère de ses mineurs , et que le plus proche héritier ne pourrait jamais être élu tuteur ;

Que tout vol serait puni de mort, et que celui qui aurait crevé un œU à quelqu'un serait condamné à perdre ses deux yeux.

Toutes les lois de Solon furent gravées sur des tables. Les gens du conseil assemblés firent serment qu'ils les observeraient et les feraient observer exactement. Ceux mêmes à qui on en avait confié le soin jurèrent solennellement que si quelqu'un d'eux y manquait , il serait obligé de faire présent au temple d'Apollon d'une statue d*0r aussi pesante que lui. Il y avait des juges établis pour interpréter les lois , lorsque quelques différends niaiësaient entre le peuple sur ce sujet.

Un jourcdmme Selon composait ses lois, Anacharsis se moqua de son entreprise. Quoi! dit-il , vous prétendez àvec quelques écritures réprimer Tinjustice et les passions des hommes ? Telles ordonnances , ajouta-t-il , ressemblent proprement-aux toiïés d'araignées, qui n'arrêtent rien que des mouches. ^ » ;

Les hommes gardent bien les choses dont ils sont cx)nve*

SOLOn. 363

nus ensemble , répondit Solon. Je ferai mes lois de telle manière, que tous les citoyens connaîtront qu*il leur est plus utile d'y obéir que de les violer.

On lui demanda pourquoi il n'en avait fait aucune contre les parricides : C'est parce , répondit-il , que je n'ai pas cru qu'il y eût jamais des gens assez malheureux pour tuer leur père ou leur mère.

Il disait ordinairement à ses amis qu'ffû homme de soixantedix ans ne devait plus craindre la mort , ni se plaindre des malheurs de la vie ;

Que tous les gens de cour ressemblaient aux jetons dont on se sert pour compter, qu'ils représentaient plus ou moins , selon la fantaisie du prince ;

Que ceux qui approchaient des princes ne devaient pas leur conseiller ce qui était de plus agréable , mais ce qui était de plus avantageux ;

Que nous n'avions point de meilleur guide , pour nous conduire, que notre raison ; et qu'il ne fallait jamais rien dire ni rien faire sans l'avoir consultée;

Qu'on devait faire beaucoup plus de fond sur la probité d'un homme que sur son serment ;

Qu'il ne fallait pas se faire des amis si légèrement, mais qu'il était très-dangereux de rompre lorsque l'amitié était une fois liée;

Que le moyen le plus sûr et prompt pour repousser l'injure était de l'oublier ;

Qu'il ne fallait jamais s'ingérer de commander sans avoir appris à olîéir ;

Que le mensonge devait être en horreur à tout le monde ;

Qu'enfin il fallait honorer les dieux, respecter ses parents, et n^avoir jamais aucun commerce avec les méchants.

Solon s'aperçut que Pisistrate se faisait un gros parti à Athènes , et qu'il prenait les mesures nécessaires pour s'y rendre souverain; il fit tout son possible pour s'opposer à ses desseins: il assembla le peuple au milieu de Ib place publique, où il parut tout armé , et découvrit l'entreprise de Pisistrate.

O Athéniens! s'écria-t-il , je suis plus sage que ceux qui ne connaissent point les mauvais desseins de Pisistrate , et plus courageux que ceux qui les connaissent , et que la crainte ou le peu de courage empêche de s'y opposer ; je suis prêt à me mettre à votre tête , et à combattre généreusement pour la défense de la liberté. Le peuple , qui £avorisait Pisistrate, traita Solon de fou. Pisistrate, quelques jours après, se blessa lili-même, et se fit porter tout sanglant sur un char au milieu de la place publique, et dit que ses ennemis Tétaient venu prendre en trahison , et l'avaient mis dans Tétat pitoyable où on le voyait. La populace s'émut aussitôt, et fut près de prendre les armes en faveur de Pisistrate. O fils d'Ipocrase ! lui dit Solon , tu joues mal le personnage d'Ulysse : Ulysse s'égratigna pour tromper ses ennemis , et toi tu te blesses pour tromper tes propres citoyens. Le peuple s'assembla : Pisistrate fît demander Cinquante gardes. Solon remontra fortement devant tout le monde les dangereuses suites d'une telle innovation; mais il ne put rien gagner sur la populace émue, qui permit à Pisistrate d'en prendre quatre cents, et de lever des troupes pour se rendre maître de la forteresse. Les principaux de la ville furent fort étonnés , chacun songea à se retirer de côté et d'autre. Solon ne se rebuta point. Après avoir reproché aux citoyens leur bêtise et leur lâcheté : Auparavant, leur dit-il , il vous était plus facile d'empêcher que cette tyrannie ne se formât ; mais à présent qu'elle est établie, ce vous sera une plus grande gloire de l'abolir, et de l'exterminer entièrement. Quand il vit que tous ses discours ne pouvaient faire revenir les citoyens de la grande consternation où ils étaient, il s'en alla à sa maison, et prit ses armes, qu'il alla poser devant la porte du sénat , en s'écriant : 0 ma chère patrie ! je t'ai secourue autant que j'ai pu par mes paroles , et d'effet : j'atteste les dieux que je n'ai rien oublié pour la défense des lois et la liberté de mon pays. 0 ma chère patrie ! je pars , et te quitte pour jamais , puisque je suis le seul qui me déclare ennemi du tyran , et que tous les autres sont disposés à le recevoir pour maître.

Solon ne put jamais se résoudre d'obéir à Pisistrate ; et comme il craignait d'ailleurs que les Athéniens ne l'obligeas* sent à reformer ses lois, qu'ils avaient fait serment d'observer, il aima mieux s'exiler volontairement , et avoir le plaisir de voyager pour connaître le monde , que de vivre désagréablement à Athènes. 11 passa en Egypte , où il demeura quelque temps à la cour d'Amasis. Pisistrate , qui estimait infiniment Solon , fut fort touché de sa retraite ; il lui écrivit cette lettre obligeante pour essayer de le faire revenir :

« Je ne suis pas le seul parmi les Grecs qui me suis emparé « de la souveraineté de mon pays ; je ne commets rien contre « les lois ni contre les dieux , puisque je tire mon origine de « Codrus , et que les Athéniens ont juré qu'ils conserveraient « le royaume à ses descendants. J'ai grand soin de faire obser- « ver vos ordonnances , avec beaucoup plus d'exactitude que « si l'État était gouverné par la populace. Je me contente des « tributs que j'ai trouvés établis ; et hors certains honneurs « qui sont dus à ma dignité , je n'ai rien qui me distingue du « moindre des citoyens. Je n'ai aucun ressentiment contre « vous de ce que vous avez découvert mes desseins *, je suis « persuadé que c'était plutôt par amour pour la patrie que par « haine contre moi , parce que vous ne saviez pas de quelle « manière je me devais comporter ; et si vous l'eussiez su, peut- « être n'auriez-vous pas désapprouvé mon entreprise. Reve- « nez donc avec assurance , et croyez sur ma parole que Solon « ne doit rien craindre de Pisistrate , puisque même je n'ai pas « voulu faire de mal à ceux qui de tout temps avaient été mes « ennemis. Je vous considérerai comme mon meilleur ami , « et vous aurez toutes sortes d'agréments auprès de moi, parce « que je ne vous connais pas capable d'aucune infidélité. Si « vous avez des raisons qui vous empêchent de revenir à « Athènes, vous demeurerez partout où vous voudrez ; je serai « content , pourvu que ce ne soit pas moi qui sois la cause de « votre exil. »

Solon lui fit cette réponse :

« Je crois bien que vous ne me feriez aucun mal , car j'étais

SOLOn.

« de vos amis avant qqe vous fussiez tyran ; et je ne dois pas « vous être plus odieux que tout autre qui hait la tyrannie. Je « laisse la liberté à un chacun de juger , selon sa pensée, s'il « est plus utile aux Atiiéniens d'être gouvernés par un maître « absolu que par plusieurs magistrats. J'avoue que vous êtes « le meilleur des tyrans ; mais je ne crois pas devoir retour- « ner à Athènes : car après y avoir établi un gouvernement li- « bre, et refusé la priacipauté qu'on m'avait offerte, on aurait « raison de me blâmer, et de croire que j'approuverais votre « entreprise , si on m'y voyait revenir. »

Solon écrivit une autre lettre à Épiménide en ces termes :

« Comme mes lois ne doivent pas apporter un grand profit, A aussi en les cassant n'a-t-on.pas causé une grande utilité à « la ville. Les dieux ni les législateurs ne peuvent servir de « rien aux villes, mais bien à ceux qui mènent le peuple comme « ils veulent, lorsqu'ils sont bien intentionnés. Mes lois n'ont « point été utiles ; mais ceux qui les ont violés ont entièrement et renversé la république, en n'empêchant pas Pisistrate d'en- « vahirla souveraineté. J'ai prédit tout ce qui devait arriver; « on ne m'a point cru. Pisistrate, qui flattait les Athéniens , « leur paraissait plus fidèle que moi qui leur disais la vérité. « J'ai offert de me mettre à la tête des citoyens , pour prévenir « les malheurs qui sont arrivés ; on m'a traité de fou ; on a ac- « cordé des gardes à Pisistrate , qui s'en est servi pour réduire « toute la ville en esclavage; et moi j'ai pris, le parti de me « retirer. »

Crésus , roi des Lydiens , se rendit tributaire tous les Grecs de l'Asie. Quantité des plus habiles gens de ce siècle quittèrent la Grèce pour différents sujets , et se retirèrent à Sardis , capitale de l'empire de Crésus. Cette ville était pour lors trèsflorissante en honneurs et en richesses. Chacun y parlait si avantageusement de Solon , que cela fit naître à Crésus l'envie de le voir : il l'envoya prier de venir s'établir chez lui : Solon lui fit cette réponse :

« J'estime infiniment l'amitié que vous me témoignez , et je * prends les dieux à témoins que si je n'avais pas résolu, dès

« il y a longtemps , de demeurer dans un État libre, j*aime- « rais mieux, vivre dans votre royaume qu'à Atliènes même, « pendant que Pisistratey exercera une puissance tyrannique : « mais je suis avec plus de douceur , selon le genre de vie 4 que j'ai embrassé , dans un lieu où tout est égal. J^irai pour- • tant vous voir, pour avoir le plaisir de demeurer quelque « temps avec vous. »

Solon s'en alla à Sardis, à la sollicitation de Crésus, qui témoignait un empressement extraordinaire pour le voir. En traversant laLydie ,11 rencontrait quantité de grandsseigneurs avec de gros cortèges et des trains magnifiques : il croyait à tout moipent que ce fût le roi. Enfin on le présenta devant Crésus , qui l'attendait assis sur son trdne , et qui s'était exprès revêtu de ce qu'il avait de çAus préeieux. Solon ne parut point étonné à la vue de tant de munificence. Crésus lui dit: Mon ilote , je connais ta sagesse par réputation ; je sais que tu as beaucoup voyagé; mais as-tii vu personne yétu si magnifiquement que moi ? Oui , répondit Solon ; les faisans., les coqs et les paons ont quelque chose de plus magnifique, puisque tout ce qu'ils ont d'éclatant leur vient de la uature , sans qu'ils se donnent aucun soin pour se parer < Une réponse si imprévue surprit fort Crésus ; il oo&unanda à ses gens que l'on ouvrit tous ses trésors , et qu'on déployât devant Solon tout ce qu'il y avait de meubles précieux dans çon palais. Il le fit venir une seconde fois devant lui. AvesrYous jamais vu, lui ditil , un homme plus heureux que moi ? Oui , répondit Solon ; c'est Tellus, citoyen d'Athènes^ quia vécu en honnête homme dans une république bien policée : il a laissé deux enfants fort estimés, avec un bien raisonnable pour les (aire subsister; et enfin il a eu le bonheur de mourir les armes à la main , en remportant une victoire pour sa patrie ; les Athéniens lui ont dressé un tombeau dans le lieu même où il avait perdu la vie , et lui ont rendu de grands honneurs.

Crésus ne fut pas moins étonné quela première fois. Il crut que Solon était un insensé. Eh bien , oontinua-t-il , quel est le plus heureux des hommes après Tellus ? 11 y a eu autrefois

deux frères, répondit-il, dont Tua s^appelait Cléobis, etTautre Byton : ils étaient si robustes , qu'ils sont toujours sortis victorieux de toutes sortes de combats.'; ils s'aimaient parfaitement l'un l'autre. Un jour de fête, la prêtresse de Junon, leur mère , pour qui ils avaient beaucoup de tendresse , devait aller nécessairement faire un sacrifice au temple : on tardait trop à amener ses bœufs; Cléobis et Byton s'attelèrent à son char, et la traînèrent jusqu'au lieu ou elle voulait aller. Tout le peuple leur donna mille bénédictions. Leur mère , ravie de joie , pria Junon de leur envoyer ce qui leur était plus avantageux. Quand le sacrifice fut fini , et qu'ils eurent fait trèsbonne chère , ils allèrent se coucher, et moururent tous deux cette même nuit. Crésusne put s'empêcher de faire paraître sa colère. Gomment , repliqua-t-il , tu ne me mets donc point au nombre des gens heureux ? O roi des Lydiens , répondit Solon , vous possédez de grandes Wchesseset vous êtes maître de quantité de peuples ; mais la vie est sujette à de si grands changements , qu'on ne saurait décider de la félicité d'un homme qui n'est pas encore au bout de sa carrière. Le temps fait tous les jours naître de nouveaux accidents , dont même on n'aurait jamais pu se douter; on ne doit point s'assurer de la victoire lorsque le combat n'est point encore fini. Crésus fut fort mécontent : il renvoya Solon , et ne demanda plus à le voir.

Ésope, qui était pour lors à Sardis , où on l'avait fait venir pour divertir Crésus , fut fâché de la mauvaise réception que le roi avait faite à un homme d'un mérite si distingué. 0 Solon , lui dit-il , il ne faut point approcher les princes , ou il ne leur faut jamais dire que ce qui leur est agréable. Au contraire , répondit Solon, il ne faut jamais s'en approcher, ou bien il faut toujours les conseiller le mieux qu'on peut , et ne leur dire jamais que la vérité.

Cyrus tenait prisonnier Astyage, son grand-père maternel, et l'avait dépouillé de tous ses États ; Crésus s'en offensa; il prit parti pour Astyage , et fit la guerre aux Perses. Comme il avait des richesses immenses , et qu'il se voyait à la tête d'une nation qui passait pour la plus belliqueuse de tout le

monde , il croyait que rien ne lui était impossible ; il fut malheureusement défait, et se retira à Sardis, où il fut assiégé et fait prisonnier après quatorze jours de résistance. On le mena devant Cyrus, qui le fît charger de chaînes. On le monta aussitôt au haut d'un bûcher, où on rattacha au milieu de quatorze enfants lydiens , pour y être brâlé à la vue de Cyrus et de tous les Perses. Comme on mettait le feu au bâcher , Crésus, dans cet état déplorable, se souvint du discours que lui avait autrefois tenu Solon. Il s'écria en soupirant : O Solon ! Solon ! Solon ! Cela surprit Cyrus. 11 envoya demander si c'était quelque dieu qu'il invoquait dans ses malheurs. Crésus ne répondit rien. Enfin, quand on l'eut contraint de parler, il dit, tout accablé de tristesse : Ah! je viens de nommer un homme que les rois devraient toujours avoir auprès d'eux , et dont ils devraient plus estimer la conversation que tous les trésors et leur magnificence. On le pressa d'en dire davantage. C'est un sage de la Grèce, continua-t-il , que j'ai autrefois envoyé quérir exprès pour lui faire admirer ma grande prospérité. 11 me dit froidement , comme s'il m'eât voulu faire connaître que cela n'était qu'une sotte vanité, que j'attendisse la fin de ma vie, et qu'il ne fallait point trop présumer d'une félicité qui était sujette à une infinité de calamités. Je reconnais à présent la vérité de toutes les choses qu'il m'a prédites. Pendant que Crésus parlait, lefeu s'était déjà allumé au bas du bûcher , et allait gagner le haut. Cyrus fut fort touché des paroles de Crésus. L'état déplorable d'un prince qui avait été si puissant le fit rentrer en lui-même; il craignit que quelque disgrâce pareille ne lui arrivât dans la suite : il commanda aussitôt que l'on éteignît le feu ; il fit ôter à Crésus les chaînes dont il était chargé ; il lui rendit tous les honneurs possibles , et se servit de son conseil dans ses affaires les plus importantes.

Solon, après avoir quitté Crésus, se retira en Cillcie, où il bâtit une ville de son nom , qu'il appela Solos. On lui apprit que Pisistrate se maintenait toujours dans la tyrannie , et que les Athéniens se repentaient de ne s'être pas opposés à son usurpation. 21.

j;0 SOLON.

Solon leur écrivit en ces termes :

« Vous avez trèsgraud tort d'accuser les dieux de votre mau- « vaise fortune. Si vous souffrez maintenant, vous ne devez « vous en prendre qu'à votre légèreté et à vôtre folie, de n'a- « voir pas voulu croire les gens bien intentionnés pour la pa- « trie, et de vous être laissé surpreudre aux belles paroles et «• aux ruses d*un homme qui ne cherchait qu'à vous tromper. « Vous lui avez permis de lever des gardes , qui serviront à « vous tenir en esclavage le reste de votre vie. »

Périandre, tyran de Gorinthe , fit savoir à Solon l'état de ses affaires , et le pria de lui donner conseil. Solon lui fît cette réponse :

a Vous m'écrivez que quantité de gens conspirent contre « vous. Quand vous vous délivreriez de tous vos ennemis en «( les faisant mourir, vous n'avanceriez pas beaucoup vos af- « faires. Ceux dont vous ne vous doutez point vous dresseront « des embûches. Ce sera quelqu'un qui craindra pour lui, ou « quelque autre qui ne pourra approuver vos manières défian- « tes , ou enfîa quelque autre qui croira rendre un bon service « à sa patrie. Le meilleur parti que vous puissiez prendre « est de renoncer entièrement à la tyrannie. Si vous ne pou« « vez pas vous y résoudre, faites venir des troupes étrangères « suffisamment pour tenir le pays en bride, afin que vous « n'ayez plus lieu de rien craindre, et que vous ne soyez plus « obligé à exiler personne. »

Solon passa en Chypre : il fit amitié avecPhilocypre, prince d'OEpie. Cette ville était bâtie dans un endroit fort stérile. Solon conseilla à Philocypre de la rebâtir dans un meilleur pays. Il choisit une belle plaine très-fertile, conduisit lui-même toute cette entreprise, qui réussit très-bien. Phylocypre, pai reconnaissance, voulut que cette ville s'appelât Soles.

Solon n'a jamais été ennemi du plaisir pendant tout le temps qu'il a vécu. Il a aimé la bonne chère , la musique , et tout ce ' qui peut contribuer à la vie délicieuse. 11 haïssait les représentations où on ne disait jamais que des choses inventées à plaisir. Il croyait que cela était pernicieux à la république, et que de là pouvaient naître une infinité deséditions. Du temns

SOLQN. 371

qu'il était en grand crédit à Athènes, Thespis commença luimême à jouer des tragédies qu'il avait composées. Gela plaisait merveilleusement au peuple, à cause de la nouveauté. Solon , qui aimait son divertissement , s'y trouva un jour. Quand tout fut fioi, il appela Thespis. ^'as-tu pas de honte, lui dit-il , de mentir devant tant de monde ? Il n'y a point de mal , répondit Thespis, car ce n'est que pour rire. Solon frappa la terre d'un bâton qu'il tenait dans sa main. Oui, répiiquat-il ; mais si on approuve de telles menteries en riant, nous ne tarderons guère à les trouver dans nos actes publics, et dans les affaires les plus sérieuses. C'est ce qui lit que, lorsque Pisistrate se fut fait porter tout sanglant aii milieu de la place publique, Solon , parlant de ces représentations, s'écria : Voilà la malheureuse source d'où naissent toutes ces fourberies.

Quelques-uns attribuent à Solon l'établissement de Taréopage : c'était un conseil composé de ceux qui avaient passé par toutes les chaires à Athènes. On demanda un jour à Solon quel État était le mieux policé. C'est celui , répondit-il , où les gens qui n'ont point été outragés poursuivent avec autant de chaleur la réparation de Tinjure faite à autrui, que s'ils l'avaient reçue eux-mêmes. Sur la un de ses jours, il avait commencé un poëme sur le rapport qu'on lui avait fait en Egypte d'une île Atlantide, qu'on plaçait au delà de l'Océan connu. La mort le surprit en Chypre , avant que son ouvrage fût achevé. C'était dans la cinquante-cinquième olympiade, environ la quatre-vingtième année de sou âge. 11 ordonna qu'on portât ses os à Salamine, qu'on les brûlât, et qu'on en jetât les cendres par toute la campagne. Les Athéniens » après sa mort, lui dressèrent une statue de bronze, qui le représentait, son livre des lois à la main, avec les habits de prince du peuple. Ceux de Salamine lui en dressèrent une autre, qui le représentait en orateur parlant en public, les mains cachées sous les plis de sa robe.

Il floriflsait dans la 43* olympiade , et mourut la troisième année de la 53* ,

âgé de soixante-dix ans.

Pittacus , fils d'Hirradius , originaire de Tlirace , naquit à Mytilène, petite ville de l'île de Lesbos , environ la vingt-neuvième olympiade. II fut pendant sa jeunesse fort entreprenant, brave soldat, grand capitaine, toujours bon citoyen. Il tenait pour maxime qu'il fallait s'accommoder au temps , et se servir de l'occasion. ^

Pour sa première entreprise , il se ligua avec le frère d' Alcée contre le tyran Mélancbre , qui avait usurpé la souveraineté de rîle de Lesbos, et le mit en déroute. Cette action lui donna une grande réputation de bravoure. Il y avait depuis longtemps une cruelle guerre entre les Mytiléniens et les Athéniens , au sujet de la possession d*un territoire nommé Achiliitide. Les Mytiléniens choisirent Pittacus pour commander leurs troupes. Quand les deux armées furent en présence , et prêtes à donner bataille, Pittacus proposa de décider le différend par un combat particulier ; il appela en duel Phrynon , général des Athéniens, qui était toujours sorti victorieux de toutes sortes de combats , et qui avait été couronné plusieurs fois dans les jeux olympiques. Phrynon accepta le combat. Il fut résolu que le vainqueur demeurerait sans contredit conquérant du territoire en question. Ces deux généraux s'avancèrent seuls au milieu des deux armées. Pittacus avait caché un ûlet sous son bouclier : il prit son temps si adroitement, qu'il enveloppa Phrynon lorsqu'il ne se doutait de rien , et s'écria : Je n'ai pas pris un homme , c'est un poisson. Pittacus 1 3 tua à la vue des deux armées, et demeura maître du territoire. C'est de là qu'est venue l'origine des filets qu'on représentait depuis sur le théâtre pour divertir le peuple.

L'âge modéra fort la grande ardeur de Pittacus; il commença peu à peu à goûter la douceur de la philosophie. Ceux de Mytilène , qui avaient un respect particulier pour lui , lui donnèrent la principauté de leur ville. Une longue et pénible ex-

périence lui fit regarder avec un courage élevé les différentes faces de la fortune. Après avoir établi un très-bon ordre dans la république, il renonça volontairement à la principauté qu'il tenait depuis douze ans, et se retira tout à fait de l'embarras des affaires.

Pittacus témoigna un grand mépris pour les biens de la fortune, après les avoir fort souhaités. Les Mytiléniens , en considération des grands services qu'il leur avait rendus , lui offrirent un lieu fort agréable , arrosé de ruisseaux et environné de bois et de vignes, avec plusieurs métairies dont les revenus étaient sufQsants pour Je faire vivre splendidement dans sa retraite. Pittacus prit son dard , qu'il lança de toutes ses forces , et se contenta de l'espace en carré qu'il avait pu atteindre avec le dard qu'il avait lancé. Les magistrats , surpris de sa retenue , le prièrent de leur en dire la raison. 11 leur répondit, sans s'expliquer davantage , qu'une partie était plus avantageuse que le tout.

Crésus lui écrivit un jour pour le prier de venir voir ses richesses. Pittacus lui fit cette réponse :

« Vous voulez m'attirer en Lydie pour voir vos trésors : « sans les avoir vus je ne doute point que le fils d'Ualiattes ne u soit le plus puissant des rois; mais quand j'aurais tout ce que n vous possédez , je n'en serais pas plus riche. Je n'ai aucun « besoin de bien ; je me contente du peu qui est nécessaire « pour me faire vivre , moi et quelques amis. J'irai pourtant « vous voir pour vous contenter. »

Crésus , après avoir subjugué les Grecs d'Asie , résolut de faire équiper des vaisseaux pour se rendre maître des îles. Pittacus vint pour lors à Sardis. Crésus lui demanda s'il n'y avait rien de nouveau dans la Grèce. Prince, lui dit Pittacus , les insulaires ont acheté dix mille chevaux ; ils ont résolu de vous faire la guerre , et de venir attaquer Sardis. Crésus prit cela fort sérieusement. Plût aux dieux, dit-il, d'iuspirer aux insulaires de venir attaquer les Lydiens avec de la cavalerie ! II semble, répliqua Pittacus, que vous souhaitez voir les insulaires à cheval et en terre ferme ; vous avez raison : mais ne pensez-

PITTÀGOS.

VOUS pas aussi que les insulaires riront bien quand ils sauront que vous voulez mener une armée navale contre «ux ? Ils seront ravis de vous rencontrer sur mer , vous et les Lydiens , pour venger l'infortune des Grecs que vous avez réduits en servitude. Crésus crut que Pittacus était instruit de ce qu'il méditait; il quitta le dessein de faire équiper des vaisseaux , et fit alliance avec les Grecs des lies.

Pittacus était d'une figure assez difforme ; il avait toujours mal aux yeux ; il était fort gras et fort négl^é , et marchait désagréablement , à cause de quelques infirmités i[u'il avait aux pieds. Il avait épousé la fille du législateur Dracon ; c'était une femme d'une insolence insupportable, qui n'avait riea qu'un très-grand mépris pour son mari, à cause qu'il était mal fait, et qu'elle croyait être d'une naissance distiiiguée. Un jour, Pittacus avait invité à dîner plusieurs philosophes de ses atnis : quand tout fut préparé , sa femme, qui était toujours de mauvaise humeur , alla renverser la table , et toutes les viandes qui étaient dessus. Pittacus , sans s'émouvoir, se contenta de dire aux conviés : C'est une folle , il faut excuser sa fail^esse. Cette grande mésintelligence , qui avait toujours été entre lui et sa femme , lui avait donné beaucoup d'aversion pour les mariages mal assortis. tJn jour un homme vint le trouver pour savoir de lui quelle femme il devait prendre de deux qui étaient à son choix, dont l'une était à peu près de même conditon que lui, et l'autre beaucoup plus considérable par ses biens et par sa naissance. Pittacus leva le bâton sur lequel il était appuyé : Va-t'en, fui dit-il, dans ce carrefour où les petits enfants s'assemblent pour jouer ; suis l'avis qu'ils te donneront là-dessus. Le jeune homme y alla. Ces petits en£siuts se divertissaient de tout leur cœur, et se disaient : Choisis ton égal. Cela le détermina à ne plus songer à la femme qui était beaucoup plus considérable que lui, et à prendre souiégaie. Pittacus était sr sobre qu'il ne buvait presque jamais que de l'eau de fontaine , quoique les vins les plus délicats fussent en abondance à Mytilène.

Il conseilla secrètement à Périandre de s'abstenirde l'image

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du yin, s'il voulait réussir dans le dessein qu'il avait de se rendre maître de Gorinthe, et s'il voulait se conserver dans la tyrannie.

Il ordonna qu'un homme qui aurait commis quelque Êiute étant ivre serait puni doublement.

II disait ordinairement que la nécessité était quelque chose de si fort que les dieux mêmes étaient obligés d'obéir à ses lois;

Que c'était dans le gouvernement de la république qu'un homme faisait connaître l'étendue de son esprit;

Que les sages devaient prévoir les malheurs qui leur pouvaient arriver , afin de les pouvoir détourner, et que les gens de cœur les devaient supporter généreusement lorsqu'ils étaient arrivés;

Qu'il était très-difficile d'être homme de bien ;

Qu'il n'y avait rien de meilleur que de s'appliquer toujours à bien faire ce qu'on fait dans le moment ;

Que pour réussir, il fallait méditer à loisir, et exécuter promptement les choses qu'on avait projetées ;

Que les victoires les plus estimables étaient celles qu'on remportait sans effusicHi de sang, et qu'afin qu'un empire fût bien gouverné , il fallait que le roi , et tous ceux qui étaient en autorité , obéissent aux lois comme les moindres particuliers.

Quand vous voudrez faire quelque chose, disait-il à ses disciples , ne TOUS en vantez jamais; car si par malheur vous ne pouviez venir à bout de votre entreprise , on se moquerait de vous.

Ne reprochez jamais à personne sa mauvaise fortune , de crainte que vous ne vous trouviez quelque jour en semblable cas.

Ne parlez mal de personne , non pas même de vos ennemis.

Conservez vos amis, et vivez avec eux avec autant de retenue que s'ils devaient être un jour vos plus girands adverfuiires.

Aimez la cliasteté, la frugalité et la vérité.

Respectez les dieux.

Rendez fidèlement le dépôt qu'on vous aura confié , et n« révélez jamais le secret.

Il avait fait certains vers où il disait qu'il allait prendre son arc et ses flèches , et aller tuer un méchant homme partout où on le rencontrait ; parce que , comme son cœur était toujours double , sa bouche ne disait jamais rien sur quoi on pût se fier.

Crésus lui envoya une grosse somme d'argent dans sa retraite. Pittacus ne la voulut pas accepter. Il répondit froidement : Je suis plus riche de la moitié que je ne voudrais; car mon frère est mort sans enfants , et sa succession me revient.

Pittacus avait les reparties promptes et vives. Jamais il ne s'est trouvé embarrassé , quelque question qu'on lui ait faite.

On lui demanda un jour quelle était la chose la plus changeante? Le cours des eaux, répondit-il, et Fhumeur d'une femme.

Quelle était la chose qu'on ne devait faire que le plus tard qu'on pouvait ? Emprunter de l'argent de son ami.

Quelle était la chose qu'on devait faire en tout lieu et en tout temps ? Profiter du bien et du mal qui arrivent.

Ce qu'il y avait de plus agréable ? le temps : de plus caché? l'aveuir : de plus fidèle? la terre : de plus infidèle ? la mer.

Phocaicus lui dit un jour , qu'il voulait s'adresser à un homme pour quelque chose qu'il avait dans l'esprit : Vous avez beau chercher , répondit Pittacus , vous n'en trouverez jamais.

Tyrrée , fils de Pittacus , était un jour à Cumes dans la boutique d'un barbier, où les jeunes gens s'assemblaient ordinairement pour s'entretenir de ce qui se passait ; un ouvrier par mégarde jeta une coignée, qui tomba sur la tête deTyrrée et la lui fendit en deux. Ceux de Cumes se saisirent du meurtrier, et l'amenèrent devant le père du mort. Pittacus , après s'être exactement informé de toutes les circonstances de l'action , trouva qu'il n'y avait point de la faute de celui qui avait fait le

coup. Il le renvoya libre, parce, diMl , qu^une faute commise sans volonté mérite pardon ; et que celui qui se venge devient coupable par Finjuste punition d'un innocent.

Pittacus se divertissait quelquefois à la poésie. Il a écrit ses lois et quelques autres ouvrages en vers. Son exercice le plus ordinaire était de tourner une meule pour moudre le blé. C'est lui qui a été le maître de Phérédde , que plusieurs ont mis entreles sages de la Grèce, et dont la fln est assez extraordinaire.

On dit qu'un jour , lorsque la guerre était plus allumée que jamais entre les Éphésiens et les Magnésiens, Phérécide , qui était fort porté pour les Éphésiens, rencontra un homme sur son chemin : il lui demanda de quel pays il était. Dès qu'il eut appris qu'il était d'Éphèse : Prends-moi par les jambes, lui dit-il , traîne^moi dans le pays des Magnésiens, et va promptement dire aux Éphésiens la manière dont Phérécide a voulu que tu le traitasses : avertis-les bien qu'ils ne manquent pas de m'enterrer dès qu'ils auront remporté la victoire. Cet homme traîna Phérécide, et alla aussitôt conter à Éphèse l'aventure qu'il avait eue. Les Éphésiens furent remplis d'espérance. Ils donnèrent bataille dès le lendemain, et remportèrent une grande victoire sur leurs ennemis. Ils allèrent promptemeut à l'endroit où on leur avait dit qu'était Phérécide. Ils le trouvèrent mort sur la place : ils l'emportèrent, et lui firent de magnifiques funérailles.

Pittacus mourut dans l'île de Lesbos, âgé de plus de soixante-dix ans ; c'était dans la cinquante-deuxième olympiade.

Contemporain de Pittacns, florissait du temps qu'Haliattes et ensuite

Crésns régnaient en Lydie.

Bias de Priène, petite villedeCarie, fut en grande réputation dans la Grèce sous le règne d'Haliattes et de Grésus » rois de T^ydie , depuis la quatrième olympiade jusqu'à sa mort. C'était

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