‹ De l'éducation des fillesChapitre 97 sur 129 · S7S »AS · texte numérisé non relu

S7S »AS

un excellait citoyen , fort désintéressé, fin politique , honnétA homme. U vivait âimpletnent, quoiqu'il fût né très^riche ; il dépensait tout son bien à secourir ceux qi^i en avaient besoin^ Il passait pour le plus éloquent orateur de son temps.^ il employait son talent à défendre les pauvres et tous, ceux qui étaient dans Taffliction, sans vouloir tirer d'autre utilité que la gloire de servir sa patrie. Jamais il ^'entreprenait aucune cause qu'il ne crût très-juste : cela avaât passé en proverbe par tout le pays : quand on voulait marquer qu'une cause était excellente , (m disait : C'est une cause dont Bia& se chargerait ; et lorsqu'on voulait louer extrêmement un orateur ; U réussit encore mieux que Bias.

Des pirates firent un jour une course proche JVIossène dans le Péloponèse, et enlevèrent plusieurs filles qu'ils vinrent vendre à Priène. Bias les acheta; il les retira chez lui, et les nourrit comme se» propres en&nts; il leur fit des présenls à toutes , et les reavoya à leurs parents ; cette action généreuse lui donna une si grande réputation, 4|ue quantité de gens ne rappelaient que le prince des sages^

Quelque temps après , les péoheurs de Messène trouvèrent dans le ventre d'un gros poisson un vacte d'or, où ces mots étaient gravés : Au plus SkûE, Le sénat de Messène s'assembla , pour d^ibéror à qui on k élevait donqer ; tes filteti que Bias avait traitées si humainement se présentèrent à l'assemblée avec leurs parents, et ils crièrent tous ensemble qu'il n^y avait personne plus sage que Bias. Le sénat de Messène lui envoya ce vase. Bias le considéra, et , après avoir lu riuscription qui était autour, il refusa de Taccepter, et dit que ce titre n'appartenait qu'à Apollon,

Quelques-uns croient que ce vase est la même chose que le trépied dont il est parlé dans la vie de Thaïes , et que cette histoire n'a point d'autre fondement que parce que le trépied fut renvoyé à Bias. D'autres même disent que ce fut lui à qui on l'apporta le premier.

Haliattes , roi de Lydie, après avoir ruiné plusieurs villes de la Grèce asiatique , vint mettre le siège devant Priène. Bias

. étau pour lors le premier magistrat de la ville ; il fit une vigoureuse résistance pendant très-longtemps. Mais comme Haliattes paraissait s'opiniâtrer à poursuivre sou entreprise jusqu^à la fin , et que d'ailleurs la ville était réduite dans une . grande misère, à cause de la disette de$ vivres, Bias fît engraisser deux beaux, mulets, qu'il chassa vers le camp des ennemis , comme s'ils s'étaient échappés d'eux-mêmes^ Haliattes . futsurpris de v,oircesaAimauxdanjiuii tel {embonpoint; cela lui fit craindre de ne pouvoir pas avoir la place par famine. Il trouva un prétexte pour envoyer un homme dans la ville; il lui donna ordre secrètement de remarquer en quel, état étaient les assiégés* 3ias se douta bien du dessein d'Haliattes; il fît couvrir de grands monceaux de sable avec un peu de froment , et fît en sorte que le député d'Haliattes vît toute cette grande abondance, sans que cela parût affecté. Haliattes « trompé par cette ruse , résolut aussitôt de lever le si^e ; il laissa les Priénéens en paix et fît alliance avec eu^. Il eut la curiosité de voir Bjas ; il lui envoya dire de lui venir rendre visite dans son camp. Bias répondit à ses députés : Dites au roi que je demeure ici, et que je lui commande de mangçr des oignons, et de pleurer le reste de ses jours.

Bias aimait fort la poésie : il a fait plus de deux mille vers , où il donnait des préceptes pour enseigner à tout le monde la manière dont chacun pouvait vivre heureux , et pour bien gouverner la république en paix et en guerre.

Il disait ordinairenient : Tâchez de plaire à tout le monde : si vous réussissez , vous trouverez mille agréments dans le cours de la vie; le faste et le mépris qu'on fait. paraître pour les autres n'a jamais rien produit de bon.

Aimez vos amis avec discrétion ; songez qu'ils peuvent devenir vos ennemis.

Haïssez vos ennemis avec modération ; car il se peut faire qu'ils seront vos amis dans la suite.

Choisissez à loisir les gens que vous voulez prendre pour vos amis; ayez pour eux une même tendresse , mais distinguez leur mérite.

Imitez ceux doDt le choix vous fait honneur , et soyez persuadé que la vertu dé vos amis ne contribuera pas peu à vo« tre réputation.

Ne vous pressez pas de parler ; c^est une marque de folie.

Tâchez , pendant que vous êtes jeunes , d^acquérir la ss« gesse ; ce sera toute votre consolation lorsque vous serez vieux : vous ne pouvez faire une meilleure acquisition ; c'est la seule chose dont la possession soit certaine . et qu^on ne pourra vous ravir.

La colère et la précipitation sont deux choses fort opposées à la prudence.

Les honnêtes gens sont très-rares ; les méchants et les fous sont en nombre inûni.

Ne manquez jamais de tenir exactement tout ce que vous aurez promis.

Parlez des dieux d'une manière convenable à leur grandeur, et rendez-leur grâces de toutes les bonnes actions que vous ferez.

Ne soyez pas importun : il vaut beaucoup mieux qu'on vous oblige à recevoir, que d'obliger les autres à vous donner.

N'entreprenez rien témérairement ; mais quand vous avez résolu quelque chose , exécutez-le avec vigueur.

Gardez-vous bien de louer un homme à cause de ses richesses , s'il ne le mérite d'ailleurs.

Vivez toujours comme si vous alliez mourir à tout moment, et comme si vous deviez rester longtemps sur la terre.

Avoir une santé vigoureuse est un don de la nature ; les richesses, ordinairement, sont un effet du hasard; mais il n'y a que la sagesse qui puisse rendre un homme capable de donner de bons conseils à sa patrie.

C'est une maladie d'esprit que de souhaiter des choses impossibles.

On lui demanda un jour quelle était la chose qui flattait davantage les hommes? C'est l'espérance, répondit-il. Quelle était celle qui leur plaisait davantage? Le gain. Quelle était la plus difficile à supporter? liC renversement de la fortune.

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Il disait qu un homme était bien malheureux , lorsqu'il ne savait pas souffrir les disgrâces qui lui arrivaient.

Il était un jour dans un vaisseau , avec quelques impies : il s'éleva tout d'un coup une tempête si furieuse, que le vais* seau était à tout moment près de périr. Ces impies , effrayés de la crainte de la mort, invoquaient les dieux. Taisez- vous, leur dit Bias , de peur qu'ils ne s'aperçoivent que vous êtes ici ; car nous serions tous perdus.

Une autre fois , un impie lui demanda quel était le culte qu'on devait rendre aux dieux.' Bias ne répondit rien. L'impie le pressa de lui dire la raison de son silence : Cest parce , répondit Bias, que tu me demandes des choses qui ne te regardent pas.

Il disait qu'il aimait beaucoup mieux juger un différend entre deux de ses ennemis qu'entre deux de ses amis , parce qu'on ne manquait presque jamais à se brouiller avec celui de ses amis qu'on avait condamné, et qu'il se pouvait faire qu'on se raccommoderait avec celui de ses ennemis en faveur de qui on aurait décidé.

Bias se trouva un jour obligé de juger un de ses amis qui devait être puni de mort. Avant que de prononcer Farrêt , il se mit à pleurer en plein sénat : Pourquoi pleurez- vous , lui dit quelqu'un , puisqu'il ne tient qu'à vous de condamner ou d'absoudre un criminel? Je pleure , répondit Bias , parce que la nature m'oblige d'avoir compassion des malheureux , et que la loi m'ordonne de n'avoir point d'égard au mouvement de la nature.

Bias n'a jamais compté au rang des véritables biens aucune des choses qui dépendent de la fortune : il croyait que les richesses étaient des amusements dont on pouvait se passer aisément , et qu'elles ne servaient souvent qu'à détourner les hommes du chemin de la vertu.

Il se rencontra par hasard à Priène , lieu de sa naissance , lors de la prise et du sac de cette malheureuse ville : tous les citoyens emportaient tout ce qu'ils pouvaient, et s'enfuyaient dans les lieux où ils croyaient pouvoir se mettre en sûreté;

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