‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 10 sur 116 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

DE QUEI^QUES MODIFICATIOIIS NÉCESSAIRES DASS L»iDUGAT10V DES PILLES.

On doit incnlquer & cUa^ine moment dam la tête d'une jeune iiUe , qu*elle est destinée & feire le bonheur d*nn liomme; son genre d'éducation doit être de lui en * faire eonnaltre ics moyen t et de lui en

inspirer le goût, en y attachant ta gloire. (M™^ Bernier, Discourt surTEducation des Femmes. Paris, 1803.)

Pour ies femmef, il est visible qu'elles n'ont rien gagné par une semblable coutume; tnaiiilcs hommes, je* ni'elonae qu*il:i veuillent y conseiilir encore.

^I^me RéMUSA.Tt Essai sur VEdn> cation des Femmes » p. 156.)

On accuse le mariage de tous les maux que nous venons d'esquisser, accusation injuste : le mariage est bon, ce sontnos éducations qui sont mauvaises^ aussi, qui corrigerait nos éducations, réhabiliterait le mariage. De quoi s*agit-il? d*une chose bien simple, mais qu'on n'a point encore essayée j de

Uigiiizea by LiOOgle

■OBlFltATnmS irtCMIAIRtt, BTC. 108.

nous habituer dès notre enfance à toutes les pensées, ci tous les sentiments qui doivent remplir noire vie I

Je voudrais surtout fixer Pattention des jeunes

filles sur le choix de leur mari, les élever pour ce - * choix; leur imprimer profondément en Time les marques du véritable amour, afin qu'elles ne se laissassent pas tromper par tout ce qui n'en a que

rapparerice.

Ke sont-elles pas faites pour aimer ? ce bonheur ne doit-il pas se répandre sur leur vie entière? n'est-ce pas à la lois leur règne, leur force et leur destin? Et cependant ce vienx préjugé de couvent - • qui abomine l'amour subsiste encore dans lès familles; les mères oublient en présence de leurs enfants les périls dont celle éducation étroite les enviroona, les illusions qui naissaient de leur ignorance, et les faiblesses qui suivent ces iUu- • siuiis.

Ouvrir Fâme des jeunes filles au véritable amour,

c'est les armer contre les passions corruptrices qui • tn usurpent le nom; et ici l'avantage est double, car en exaltant les facultés aimantes de Tâme vous paralysez en quelque sorte les passions délirantes des sens,

laminez le premier choix d'une jeune fille. De tontes les qualités qui lui plaisent dans son amant, il n'en est pas une seule qui convienne à un mari; et eu vérité, elle ne voit rien de celui qu'elle aime

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que la beauté de son visage» ou peut-être l'élégance de son babit* N'esjrce donc pas là la condamnation

la plus complcLc de nos systèmes d'éducation? Dans la crainte de. trop émouvoir le cœur, nous cachous aux femmes tout ce qui est digne d'amour, nous laissons égarer le sentiment du beau qui est eu elles, sur des futilités; les dehors leur plaisent, le dedans leur est inconnu : aussi lorsque, après six mois d'union, elles cherchent auprès d'elles ce jeune homme chariiiant qui lesenivrait de sa présence, elles sont fort étonnées de n'y trouver qu'un impertinent ou un sot. Voilà cependant ce que les gens du monde nomment assez généralement des mariages d'inclination.

II est vraique, dans l'état actuel des mœurs, les jeunes personnes sont rarement appelées à faire elles-mêmes un choix : on occupe leur imagination . non du mari, mais du mariage, d'où il résulte que

i la plupart des filles ont en vue le mariage sans trop songer au mari. De leur côté, les parents cherchent à assortir les fortunes : leur but , disent-ils, est d'assurer le sort de leurs enfants , et, dans cette pensée, ils traitent le mariage comme une affaire

. de commerce, comme une chose qui donne un état dans le monde, oubliant que c'est aussi une cho^e qui donne le bonheur ou le malheur dans la famille. C'est ainsi que notre folle sagesse est parvenue à supprimer l'amour du mariage ; nous en avons fait un marché , où les filles achètent le

. fiftiis l'jêdlcation ma nuM. 107

poufoir de régler la dépeose de leur 0191900, de

sortir seules, et de chercher autour d'elles cette moitié de leur &me, cet être sublime que radotes*

ceoce rêve, et que la jcaiiL'ssc veut posséder î Car nos éducations peuvent bien tromper nos

penchants, mais elles ne sauraient les tuer; Thomme

et la femme c'est le même être» que la nature tend

invineiblement à réunir par l'amour I

Le système actuel n'est donc qu'une déception;

il éloigne le péril de la maison paternelle pour k -

transporter dans la iikusoii du mari. Singulière éducation, dont le seul but est de rejeter sur un autre le lourd fardeau de nos imprévoyances !

Ainsi, dans l'état des choses, les jeunes iiiies ne sauraient faire un choix faute d'expérience, et le choix des parents est presque toujours mauvais, faute de mémoire. Nous nous sommes placés enjkre dciu maux, sans aucune chance pour le bien.

Pour sortir d'une situation .aussi déplorable^ ik Q^est qu'un moyen, c'est de donner en même temps et plus de liberté et plus de lumières aux filles. Je voudrais graver dans leur âme un modèle idéal de toutes les perfections humaines, et leur apprendre à soumettre leurs penchants aux décisions de ce •modèle. Eu détruisant leur demi-esclavage, je les habituerais à s'appuyer de leurs propres forces, ce qui importe plus qu'on ne pense à leurs vertus; ea développant en elles le sentiment inné du beau inoral, je les habituerais à te chercher partout, ou

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pour mieux dire, à le préférer à tout. Dès-lors ne craignez pas l'amour; cette flamme qui dévore n'est plus que la flamme qui éclaire et qui vivifie !

Nous saurons plus tard comment on doit développer le sentiment du beau, ce puissant ressort de l'éducation morale. Je dis développer, car le sentiment est en nous; c'est lui qui colore les désirs du jeune adolescent , et dans ses jeux et dans ses amitiés, lui fait imaginer des choses dont il ne vit jamais aucun modèle. C'est lui qui enseigne aa poète et au peintre à saisir la nature dans ses expressions les plus touchantes et les plus vives; c*e8l lui euHa qui, à la lecture de Plutarque, transporte Tenfant dans la vie héroïque, lorsque, à peine échappé diygiron de sa mère, il méprise le crime qui donne dés trônes, et adore la vertu qui conduit à la mort !

N'effacez pas ces nobles inspirations , car elles tendent toutes à la vertu : c'est le chemin des perfections indéfinies, et là seulement nous pouvons apprendre à dématérialiser l'amour, comme à dés^

intéresser nos dévouenienls.

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