D£ L'ÉPUCATIOR ACTUELLE» ET DE SON INSUFFISANCE
Une jeUDC tt'inine qui cntro daus le inande n'y voil qtie c»; quî peut servir à sa vanité, et Tidée çonfuse qu elle a du bonheur, et le Itaces de tout ce quf Tentoure empêche ion urne d'entendre la voU de font le reste de la nature.
( VoLTAïKE, Traité de MéUphpique.)
Que (le parents croient avoîr élevé leurs filles lorsqu'ils ont payé leurs niakrcs! (M"*® Behnieh, Disc, sur l'Ed. des Femmes.)
DefHiis Fénélon et Rousseau, il y a eu progrès parmi les hommes, et Téducaiion des femmes y a gagné. On ne dispute plus sur la question de savoir s'il est bon de les instruire, et sur les degrés do œtte instruction; on consent à développer leur in* telligence; on leur donne des talents d'ariisLes et de maîtres de langues : elles effleurent, si l'on peut . s'exprimer ainsi, les études encyclopédiques^ mais, dans ces études, rien ne les appelle à penser de leurs propres pensées; ce sont tout simplement les
cahiers de Técole qui s'impriment dans leur& ceryeam : aussi, lorsque les passions arrivent, ces passions, auxquelles ce n'est pas trop d'opposer, et k& habitudes de la vertu et les principes de la ' religion, elles trouvent des mains habiles sur le piano, une mémoire qui récite et une àme qui dort» Voilà, sauf quelques exceptions bien rares, la femme telle que la donne le siècle, avec ses petites dérotions, sa morale de pensionnat, ses talents mécaniques, son amour du plaisir, l'ignorance de toetes les choses de la vie, et le besoin d'aimer et d'être aimée.
Ce n'est pas que eette éducation n'ait aussi son
* cùle brillant; elle introduit dans la société le goût et les manières artistes, plus de grâce, plus d'ori^ ginalité. La duchesse et la bourgeoise, s'il est encore des duchesses, s'il est encore des bourgeoises, rivalisent dans les salons avec les premiers talents : les unes font des poèmes qui se vendent au proflt des Grées des Polonais ; d'autres composent des tableaux dont le prix est coosaciL; à des œuvres pioises; toutes écrivent avec grâce et correction, et les plumes des Sùvigné et des Lafayette sont presque devenues vulgaires. Ainsi l'éducation nivelle peu à peu la société ; son uniformité est la plus paissante démocratie, et je ne crois point avancer un paradoxe en disant que les talents des femmes ont plus fait pour l'égalité des rangs, que tons les décrets de nos assemblées nationales. .
84 OE l'éducation
Entrez dans nos salons les plus à la mode : voyez cette roule d'hommes de tout âge, debout, et qai semblent véAs d'un même drap; Tun est banquier, Taulre marquis, celui-ci est un virtuose, celui-là tin magistrat. Eh bien ! malgré la monotonie de leur habit noir, il y a dans le langage, dans la tournure, un cachet qui les distingue et qui les classe* II n'en est pas de même des femmes : à leurs gra- « cieuses attitudes, à l'élégance de leurs manières, vous les croiriez toutes d'égale naissance et de même rang; c'est la même instruction, le même charme, le même goût des arts. Nul moyen de distinguer les filles d'un notaire de celles d'un homme de cour, d'un capitaliste ou d'iin général. Regardez autour du piano ce groupe charmant; il exécute un morceau d'ensemble de Rossini, avec autant d'à-plomb que les acteurs italiens : c'est la Cemmed'un médecin, la femme d'un pair de France, une marquise, une jeune artiste, et la fille d'un agent d'affaires. Rien ne les sépare, que la différence du talent.
A présent jetez les yeux sur cette dame dont la toilette si simple, et cependant si élégante, a fixé un moment l'attention : c'est une de nos plus jolies duchesses. Voyez quel aimable sourire elle échange avec la jeune personne qui vient de sé placer près d'elle ! Deux femmes vraiment remarquables : la duchesse enseigne le latin à ses fils, et compose des romans} l'autre fait des vers, elle est poète, elle
AcrmiLLE. M
est Mie, c'est la Corinne du siècle; sa gkiife.c'est '
sa noblesse ! Ainsi, dans cette élégante assemblée, o& toot est confondu, naissance, fortune, titres condition, il n'y a point de tache :1a beanté attire les regards, le talent marque les places, et Tédacaim passe le niveau.'
Certes, si la vie des femmes devait se concentrer dans les ateliers et dans les fêtes; s'il s'agissait pour elles seulement d'éblouir et de plaire, le ^naud problèmè serait résolu par cette éducation de soi-* rées; mais les heures de plaisir sont courtes, et à lear suite arrivent les heures lentes de réflexion. La vie intérieure, la vie morale, les devoirs de mère et les devoirs d'épouse, tout cela arrive, et tont cela a été oublié. Alors on se retrouve dâns le vide au sein de sa famille, avec des passions ro- " manesques , une exaltation sans frein, et l'ennui, ce grand destructeur de la Tcrtu des femmes. Des suites funestes de cet état de choses, les gémissements en battent nos oreilles; c'est le cri de toutes les mères , la plainte de tous les maris; et dans ces étreintes douloureuses, où chacun s'agite, se désespère , le pis est (jue l'insouciance termine tout.
Pour se faire une idée juste de l'imprévoyance de nos éducations, que faut-il ? Se demander leur but. Est-ce la religion? Mais la religion, mal entendue, il est vrai, condamne presque tout ce qu'on enseigne. — Esl-cele bonheinri dbom^tique? Mais
86 DE &'tl»|ICâXI01l
ces tdients acquis avec taat de peiaos, ces talents qui dispensent de penser, s'évanouissent dans les habitudes du ménage. — Est-ce la prospérité , la gloire du pays? Dérision I quelle mère y songe au^ jourd'hui? Âinsi, à mesure que nous cherchons le but, tout disparait. Rien pour le bonheur particnlier, rien pour la prospérité générale. Reste le monde, et c'est là en effet que tendent toutes nos prévisions. On songe à lui plaire, bien pins qu*à lui résister : on veut briller, on veut régner; la vanité, voilà le but que les plus tendres mères ne cessent de montrer à leurs filles, et vers lequel le monde, qui les pousse, les voit se briser avec indifférence.
Vanité dans la parure !
Vanité dans les talents agréables !
Vanité dans l'instruction t
Soyez belle, soyez polie, on vous regarde; soyez douce, soyez soumise, on vous écoute, dit une mère à sa fille : ce qui veut dire, mettez partont l'apparence à la place de la réalité. L'àme, comme le corps , a ses parures légères; on nous y habitue dès le berceau; on ne guérit pas le mal, on le cache; on ne change pas le caractère, on le déguise. Ainsi la vanité couvre Loutj c'est le paraitie et non l'être qui fait l'éducation.
Que la musique, la peinture, la danse, charment les loisirs d'une jeune fille, rien de mieux ! Mais
ACTUSLLB, 89
pourquoi d'une distraction charmante faire un^ lâche toorde et pénible ? pourquoi la ramsler d'an trayail qui ne devrait être qu'un plaisir? Belle question; tous lui Toulez des talents qui ramosent,
et MOUS des talents qui la fassent applaudir : une main et un pied d'ariiste. Encore la ,vanité l
Voici des lirres; ie goût présidait à lewt choix : c*6st Racine, La l^ontaine, Fénêlon, iiossuet, Pa»> cal, Lamartine , Bernardm-de^Saint-Pierre. Bien, élargissez cette jeune àme ! meublez-la de riches pensées , fortifiez-la de sages maximes , faites-en
jaillir le sentiment du ])eau , lumière céleste que Aieu même y déposa. Mais quoi 1 vos leçons, dites* TOUS, ne doivent pas faire des savantes ! Ah ! f entends ! il ne s'agit que de remplir la mémoire; on a jetenudes vers, on récite la géographie, la chronologie, l'histoire, quelques dates, quelques événements; c'eat une affaire de convenance, le vernis qui fait reluire un meuble; la dorure qui donne l'apparence de l'or au plus vil métal ; la couche est un peu mince, n'importe; il suflBt que le eni* ?fe ne paraisse pas. Toujours la vanité !
n est vrai qu'on cherche à tempérer ses excàs par l'exercice de quelques pratiques religieuses; mais cet enseignement, toujours nn peu mona^ tique, n'est qu'un embarras de plus dans notre éducation. Vous donnez à cette jeune fille des toilettes mondaines, un maître de chant, un maître de daase, et vous lui interdisez le bal et les bril-
88 D£ l'I&ddcaiior
lantes assemblées : d'un côté le mépris du monde, de l'autre des leçons pour rencbaoter; vous oruez sa mémoire de tous les chefs-d'cBUvre de la seène, et TOUS lui fermez les spectacles, et vous lui dites que tous les comédiens sont damnés; vous lui vantez le sort des vierges, et vous lui ordonnez de prendre un mari. Toujours un pas en avant et un pas en arrière, une tentation éveillée et un discours de morale, une préparation au péché, et un 8cru{mle de conscience; mélange pitoyable du quinzième et du dix-neuvième siècle , qui tend à faire de la même personne une pénitente et une coquette, les délices d'un salon, et Fange d'un couvent. Voyez seulement ce qui sépare le caté* chisme de FOpéra, et songez que dans vingt-quatre heures, une fille qui se marie passe de l'un i l'autre sans avertissement, et, ce qui est plus triste, sans préservatif. Ces contrastes , si violemmoit réunis, se heurtent dès l'abord, et la guerre des passions et des préjuges commence au milieu des séductions du monde , et en Tabsence de toute forcé et de toute raison; aucun refuge, même dans sa conscience : la question est posée nettement, il faut que 'la nouvelle épouse voie dans son mari un damné, ou qu'elle consente à se damner avec lui. Voili nos prévisions et notre sagesse \ voilà comment Tcducation nous place dans la nécessité de blesser la loi ou la nature* Le point de départ est toujours une chute, et une chute sur les bords d'un abîme.
ÀCTIUUAS. 69
Ainsi, nos croyances et nos sciences ne se rcncoDtfeot qae pour s'outrager; Ja guerre est en nous, c'est nous qu'elle ravage, et nos éducations n'ont d'autre résultat que d'eu propager les fu* mm. Tous ces éléments de discorde, tous ces principes opposés qu'on devrait fondre dans une nison oniTerseUe, on les jette à notre intelligence
avec leurs formes frustes et tranchantes, sans niodifier les uns, sans modiiier les autres, sans jamais cberdier à rendre leur union possible; leur union, qui seule pourrait constituer une éducation raifonaaUe* Il semble que la vie religieuse et la vie Uiondaine soient les deux champions d'un coml^at à morl : qnel que soit le vainqueur, l'homme qui l'embrasse n\st plus qu*unêtre mutilé, incuniplcl, le reste cicplorabic des passions ou des superstitions!
L huouiic complet est celui qui vit à la fois de la vie sociale et de la vie religieuse; d'une main p4ii2:^ante il met lin au combat des deux adversaires, et marquant à chacun sa place, il marche d'un pas ferme dans les voles de Dieu et dans les ionucres de la raison*
Hais pour que ces lumières, si rares aujourd'hui, se répandent sur le monde, il faut qu elles brillent dans nos éducations; elles ne peuvent arriver à la fvule que mêlées aux premières émotions de la % èc, et sous rinlluence irrésistible de la mère de CuDiUc j c'est la lampe sacrée que la femme labo-
90 BB L'ÉDDGATiaïf ▲CT(J&LL£.
rieuse de Virgile allumait la nuit, pour sou travail, près du berceaa de son enfant!
II y a dans le Paradis perdu un lion dont la création n'est point encore achevée; on le voit sortant à demi de la terre, qui l'enfante : son* œil étincelle, sa crinière s'agite, mais son corps n'est qu'âne masse inerte, immobile, qui tient encore au sol; impatient, il attend la dernière étincelle pour s'élancer.
Image sublime du genre humain ! il ira de vivant que la téte, le reste n'a pas même le mouvement ; faites-y pénétrer lumière ! arrachez le lion au néant, et qu'il prenne possession de son empire !
CHAPIIKË IX.
iCHBUiB SOCIALE*
Partoat oit !et peuples oui eu des moeart ellei ont régiuS !
(Bbrraudin ds Saimt-Pibmb, Diecourt tnr l*SdacaU dei Femmet^ p. 353.)
Dans les temps de barbarie , les femmes sont
esclaves ou servantes.
Aux premières lueurs de civilisation, elles deviennent nos ménagères , pois nos compagnes.
Pins tard, elles sortent de leur maison et s'assodent au monde par les talents d'agrément , et à leur mari par le développement de rintelligeuce.
£nfin , lorsque la société , paryenue à une civilisation plus parfaite sans perdre ses furiiies aiinaliles, reconnaît les droits de Thomme , la femme prend place dans l'État : elle est à la fois ménaë^f^) compagne et citoyenne; elle est complète.
Ainsi la place que les femmes occupent dans la société nous donne Tbistoire de la civilisation du monde
9â ÉCHELLE 80CIALE*
Des temps sauvages ,
Des temps d'Homère ,
Des républiques grecques et romaine ,
Du moyen âge ,
Du siècle de Louis ilV ,
Et du nôtre, époque de régénération : les femmes doivent s'y élever à la première des magistratures par le simple accomplissenieiit de leurs devoirs comme épouses et comme mères de famille.
Googl
CHATITRE X.
m L*iDIIGATIO» DB IiA HIIIIE PAE IiB MARI* f
Il y a daDS lei afFectioni proioudes du
CCear quelque cliose de pur el de desintéressé, 411 i annonce rexceilcocc et ]a dignité do l'amc Iiuraaiae.
(Amuillon» de rimmorlalilc.j
Holre avaiU-flcrnier chapitre sera , je n'en doute P^s, le sujet de nombreuses réclamations. Pins d'ooeinèrede famille, plus d'une directrice de pensionnat, indignées de mon irrévérence, m'accusewnt d'erreurs, on même dè mauvaise foi. On en appellera à telle ou telle institution libérale, où les jeanes filles font leur rhétorique et leur logi-comme au collège, et pourraient au besoin prendre leurs degrés oniversitaîres. On m'écrasera dcJetir science , on ui'éblouira de leurs talents, on ii^^ieUera leurs couronnes , et avec tout cela qu'aura-t-on proayé? Une chose en vérité fort insignifi^te : c'est qu'il n'y a rien au-4essus de la va-
94 M J«'£DCG4TI0If D£ LA F£IIM£
nitc des élèves , si ce n'est la vaiiilé des maîtres et des parents. ^
Que nnstraction des femmes se soit améliorée , c'est un fait; mais cette instruction quVt-eile produit jusqa^ ce jour? Arrêtons-nous à cette idée.
Ma première observation porte sur les méthodes
d'enseignement. On a cru perfectionner Téducatien des femmes en lui donnant les formes scolas- ' tiques de l'éducation des hommes. L'erreur est là. Ces formes ne sont commodes que pour le professeur, car elles le dispenseat d'instruction , et, au besoin, d'intelligence. Avec quelques mots il réveille la science de son élève, comme on réveille une machine en poussant un ressort. La machine répète des noms , des dates , des faits , voire des jugements plutôt appris que compris, mais qui semblent appartenir à l'élève , et lui donnent Tair du prodige«
£t, cependant, Tàme sommeille; toutes ses facultés sont oubliées ouméconnuesU'imaginatioa, la morale^ la poésie, le sentiment du beau, nos guides célestes , s'engourdisseul et meurent sous les développements méeaniqu» de la mémoire»
Ma seconde observation roule tout entière. sur les choses enseignées. Une jeune fille se marie, que lui avez-vous appris, et que fallait-il lui apprendre pour assurer son bonheur et le nôtre ? Cette question, si simple, est cepeudaul une question
9àA U KAAI. 8tt
nouvelle. 11 semble , au moins , que personne n'ait osé se la £aure , puisque personne n'a songé à la
résoudre : c'est une lumière qui manque à tous nos traités d^éducation , et que je Toudrais répan*^ dresar chaque page de ee livre !
Nous élevons nos filles dans la vanité et dans rinnocence , puis nous les donnons à un mari qui détrait leur innocence et cultive leur vanité : ainst, la vanité reste seule, et là commence scm
rù!e actif et désastreux : elle dit à la femme que sa beauté mérite les hommages , que le bonheur est dams le luxe , que la fortune donne tout , considé^ ration et bien-être ^ et qu'il faut acquérir la for-* time. Ce one dit la vanité , la feomie le veut et l'homme l'exécute : c'est le train du monde ; on y sacrifie le repos, la santé, et jusqu'à la conscience ; oa y emploie les plus belles années de sa vie; après quoi , ceux qui ont le mieux réussi , tombent dans le dégoût, et se plaignent avec amertume de Q'aroir rencontré que le néant.
B faut le dire , toutefois , cette influence de la femme flatte presque toujours les penchants du oiari* C'est la vanité qui vient irriter l'ambition ^ et Us marchent ensemble vers le même but.
0 n'en était pas ainsi dans les temps antiques ; tes filles ignoraient jusqu'à leur pouvoir. On les élevait dans l'innocence et surtout dan^ l'humi*hté ; en recevant un mari elles croyaient recevoir un maître, comme, aiijourd'hiii , elles croient
96 DE L'£OlI(UIiOR DK X>A FEMME
recevoir un amant , et cette sitilktion d'àme Iea& préparait merveilleusemeot à Tobéissance. C'est alors qae le mari conmiençait l'éducation de la femme : il lui enseiguait à régler les choses de la maison , et , sagement bien plus qu'amcnren*^ sèment, il donnait l'essor à suu esprit et la direction à son earaetère I
Un grand philosophe , Xénophon , nous a conservé oes détails dans un traité spécial d'économie domestique. 11 nous montre les deux époux, à peine réunis sous le même toit, délibérant de leurs devoirs et de leurs travaux , afin- d'en partager les charges et aussi les plaisirs ; mais , avant tout , sacrifiant aux dieux , invoquant leurs se^^ cours et leur demandant des lumières , l'un pour bien conseiller, l'autre pour dignement obéir. £n sorte que , dans ce jeune ménage , les conseils du mari et les vertus de la femme se trouvaient consacrés par une entremise de la Divinité !
Il faut voir, dans l'ouvrage même de Xénophon, comme il traite gracieusement son gracieux sujèt ! quel charme il répand sur celte jeune femme qui se trouble et rougit , qui ne sait rien qu'obéir , qui n'a d'autres grâces que son innocence, d'autre mérite que sa candeur! qui, aux premières questions de son mari , n'exprime que Tétonnement de se voir appelée au partage de la souveraineté conjugale, tt Moi pauvre , dit-elle , que suis-je devant )» toi qui sais toutes choses? quel pouvoir ai-je? et
a comment te saurais-je aider? Je n'ai rien appris, n sinon que je dois vivre chastement , suivant la 1» recommandation de ma mère.» Alors commcnceot les leçons du mari . qui compare la femme i h reine abeille ^ veillant à la prospérité de la tuche. Qu'on juge de rintérêt de celte scène d'iirtérieur tracée il y a vingt-deux siècles! C'est So« crate qui interroge, c'est Ischomaque, le jeune raari , qui raeonte , e'est le sauveur d^s dix mille qui écrit. Et , en vérité, il y a quelque chose de grave et de solennel dans ces paroles du mari et de la femme , recueillies avec tant de soin par de grands philosophes, pour l'instruction de la légère Athènes !
Mais ces leçons do la sagesse antique seraient inapplicables à notre siècle. Chez nous la vie est plus intellectuelle , et la société plus large, donc rédacatioo doit être plus étendue. Que les femmes régnent dans Tintérieur de la maison, qfu'elles y élttWissent Tordre et réconomic , ce n'est là qu'one partie de leur mission. ▲ c6té des devoirs
de la sage ménagère , il y a les exigences et les ' élégances du monde 1 D'autres temps nous ont fait d^autres destins ! c^est ce que ne veulent pas voir ceux qui regrettent sans cesse les mœurs gothiques # ou les vertus patriarcales. Les bonnes gens ne se sont pas même aperçus que le siècle de Louis XIV a substitué, à l'isolement des familles, la vie de so* ciété , €11 d'autres termes , la vie de salon. Ainsi
Uigiiizea by LiOOgle
9S lis l'éducation ilE lA FUME
tes relfttioiis se sont accraes , les formes se sont
adoucies, des devoirs nouveaux sont venus modifier des dbTOirs anciens, et de tout cela il est sorti
une civilisation plus parfaite, où les femmes sont ' appelées à jouer le rèle de législateur par les vertus de leurs enfants, et aussi par la grâce et Famabi- Uté.
Voilà le bien , soyons le mal ! Cette scèoe domestique, telle que Xénophoii la rapporte, suppose, d*une part , vertu dans l'homme, ignorance
et humilité dans la femme : nos cducalions ne donnent rien de tout cela; ni vertu, ni hun^ilitél
Loin de pouvoir nous appuyer de Xéno{rfioB , nous en sommes venus là, que le moment le plus périlleux , poUr une femme , est celui où les pas* sions de son mari s'insinuent dans son cœur être* nouvellent son caractère* Si ces passions manquent de noblesse ou de probilc, et si la femme n'a d'autres armes que son innoaence, elle est perdue. Bien de ce qu'on lui a enseigné ne peut la défen-» dre ; elle succombera sans combattre, elle sera avilie sans soupçonner sa dégradation. £t quelles sont donc les forces de Tinnocence? dites-le, vous qui les opposez avec tant d'audace , et depuis tant de siècles , aux séductions des sens , de la vanité et de la fortune ?
L'éducation que la plupart des maris donnent aujourd'hui à leur femme est un spectacle que je voudrais mettre sous les yeux de toutes tes mères!
PAR JuE MARI« 99
Celle jeune fille , sans expérience , presqad sans idées, qae vous livrez à un homme qu'elle conuait à pdoe, si elle est jolie, passe en qaelqnes henres
de la soumission à la souvcrainet(^ , du calme de • rime au délire des sens. Son mari s'enivre de ses caresses , il est amonreox, il est jaloux, il est forcené l le voilà qui travaille à détruire n h Tois et rinnocence de sa femme et toutes ses affections; à risoler du monde , à l'isoler même de sa mère. U y trayaille avec foreur , sans se douter du mai qu'il se fait à lui-uièine. L'efîei vescence qui Tenivre , et qui trouble sa raison , ne se manifeste que par l'extravagance et la frénésie* Oh ! il est prêt à se ruiner pour elle, à lui donner sa vie et son honneur ! Cen^st pas une compagne, c'est une • idole, c'est une maîtresse, une fille d'opéra, qu'on couvre de cachemire, qu'on insulte, qu'on adore ,
qu'on paie, et dont on se rassasie. La jeune femme, incapabiede connaître ce qu'il y a d'humiliant dans ces passions brutales , sourit de son triomphe , et s'habitue à ces émotions fortes qui vont bientôt lui édiapper.
Encore si les hommages rendus à sa beauté ne flétrissaient que son innocence ! mais ce n'est pas assez de la flétrir, l'insensé s'oecu[)c à la cui ronipre* Le voilà qui lui raconte ses succès , vrais ou faux, auprès de certaines femmes, les aventures des beautés les plus célèbres. 11 empreint cette toe si pure de mîtle honteuses images : il lui
100 DE l'éducation D£ LA F£MM£
montve partout le nce aimable et eoaroniié; les
bals, les spectacles, les promenades, ne sont pour elle qu'un corole de scandales» D'abord la jeune femme rougit de ces étranges conûdcnces, mais sa curiosité s'éveille, les récits sont joyeux, on lear donne un tour original : à cette heure ils servent d'amusement, plus tard ils serviront d'excuse. Mari stupide ! il endoctrine sa femme, eoinme si, cil la recevant des mains d'une mère, il se fût aperçu que la lecture des contes de La Fontaine manquait à son éducation.
Au milieu de cette vie de dissipation et de caprice, l'esprit s'aiguise et Tâme s'évapore. Hélas ! de cette jeune fille innocente il ne reste rien qu'une femme légère, courant de visite en visite, un objet d'adoration et de pitié. La musique et la danse, déjà, lui tiennent lieu de pensée, puis viennent les spectacles et la parure, puis les caquets du monde, puis les vains désirs et les vains plaisirs, et, ao bout de tout cela, le vide, le vide le plus effrayant et le plus complet. Quel train de vie ! ne dirait-on pas que l'intelligence ne lui fut donnée que pour se lever, s'habiller, babiller 1 C'était bien la peine d'unir avec tant de soin ces talents d'artiste et cette innocence d'enfant, pour jeter au monde une victime de plus ; victime charmante, victime ornée, et puis c'est toutl
Mais nous approchons du dénouement : les premiers actes du drame sont joués , et toutes les
PAR i£ aARI« 101
scènes qui le composent yont se perdre dans la
même catastrophe. Aux soupirs de Tamour succéderont bientôt les cris du désespoir. La passion da mari est usée , les illusions de la femme s'évanooissent. Cette femme dont il a fait me maîtresse^ cette femme dont il n'a vu que la beauté , cette femme qu'il a flétrie, dépravée, idolâtrée, dont il adorait les caprices , dont il irritait les passions ; celte femme qu'il enivrait d'adulation et de volupté , il n'en veut plus , il en est dégoûté. Hier encore , il la couvrait de diamants , aujourd'hui il • se plaint de son désordre ; il parle d'économie; ce n'est plus pour lui qu'une ménagère, une chambrière, un être bon à prendre les ordres du maître, et à compter avec les domestiques»
Ah ! descendre du trône ! être traitée comme une femme qu'on méprise , après avoir été traitée comme une maîtresse qu'on idolâtre?
Triste journée , qui plus tôt , qui plus tard , se • lève sur tous les iiiénagcs, sans èlrc jamais prévue ! Alors arrivent la haine , l'aigreur , la vengeance , le mépris, Tadultère. L'adultère, qui entraîne après lui le scandale et le déshonneur : on se sépare de soa mari, ou on le trompe. Le cœur a besoin d'à* inmx , la jeunesse veut ressaisir ses émotions perdues ; on cherche cette moitié de soi-même qu'on a rêvée, et la dépravation , coiiudcuccc par le maii, s'achève dans les bras d'un amant!
Aprèsun pareil tableau, est-il besoin dele dire, ce
o'estplQsla femme qu'il faateiidoetriuerpar le mari, c'est le mari qu'il faut régénérer par la feoune. Que
fairedonc?ileiidreles femmes ausenliment complet de leur digoité , et leur appreadre à distinguer le Téritable amoor des forears qui nsorpent son nom. Le premier point, c'est qu'elles TeuiUeut être aimées et respectées, c'est qu'elles ne consentent, à aucun prix, au déplorable rôle que nos passions brutales leur imposent ; c'est qu'elles apprennent,
enfin, tout ce qu'il y a d'avilissant dans ces hom- ' mages qui les transforment en instrument de caprices et de volupté. J'oserai le dire, il n'y a point de progrès possible, pour la civilisation, tant que ' les femmes ne nous auront pas fait rougir de ces assimilations grossières que la bonne compagnie . résume ainsi : le vin, la table, les femmes, les chevaux : triste catalogue des plaisirs de la brute, ouTbomme flétrit jusqu'au sein qui l'a porté !
Mais comment nous en feront-elles rougir si elles n'en rougissent elles-mêmes ? Que la déiica- * tesse la plus exquise soit donc dans une jeune fille la lumière de sa pudeur, comme elle est dans une jeune femme la marque de sa dignité. Ce ne sont pas les grimaces de la pruderie, c'est la vertu que ' je demande. En rendant la séduction plus diibcile, Je rendrai l'amour plus idéal et plus pur, je lai laisserai les illusions qui viennent enchanter notre
adolescence, et l'introduisent, pour la première
fois, dans le monde du beau et de l'inOni ! '
FAB tB XABI. IQS
Aiosi doit s'accomplir Tcdacatiou des fiUes* Et qvant à rédacatton do mari, pourquoi nous en inquiéter? elle se fera simplement et naturellement • par les yertns de la femme.