‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 100 sur 116 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

DB8 TiaiTABLBS D0CTMHB9 DE L'iVMGILS.

Tenei-voiii en i la loi delDieu et au 1^ mofgnage «pi'll rend de lui-même.

(ISAXtLy VIII, 90«)

houa ne conaaUsoas pas assez rËvaagile; nou« eà ignorons les maximee^notti n*en pénélrone point Tesprit; nous recherchons curîeufemeot les paroles dei ho m m es , et nous négligeons celles de Dieu .

(FiKiLOHt Courtes MédiUUons sar rficritiireO

Le cbrislianisme a reçu l'empreinte de toutes 1^ grandes époques historiques, et cette empreiute, il Ta plus ou moins conservée. H est , pour ainsi dire, Teipression vivante de l'esprit des trois ou quatre siècles qui dominent dans nos annales; car les peusces ne s'eiTacent pas aussi facilement dans les religions que dans les peuples» Voili la cause de ses contradictions apparentes. On a pris pour la doctrine ce qui ^n'était que son vêtement; le ?éte»

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ment de Tenfaoce des peuples modernes , et celui de leur jeunesse ardente et passionnée : chaque siècle, chaque àgc, nous a fait son legs, et ce legs, loin d'enrichir les enfants de la même famille, les divise et les appauvrit.

Ainsi nous avons la religion des anachprètes et des moines , qui date de Basile et de Benoit ; la religion des saints, qui s'est modifiée à chaque époque,, depuis saint Jérôme jusqu'à saint Dominique, et depuis saint Dominiquejusqu'à saint Labre; enfin la religion de l'Évangile, qui date de Fénélon*

Les deux premières ne vivent que de pénitences, de jeûnes , d'austérités ; elles croient à un dieu terrible, qui se venge sur son ouvrage ; pour elles, les hommes sont des damnés; la nature, une œuvre maudite; l'humiliation et la souffrance, le plus haut degré de perfection.

On sent là les dernières influences des siècles d'idolâtrie, et du spectacle terrible de Rome mourant de ses vices et sous les coups des barbares, qui l'achèvent et la mutilent. Le mépris de la vie natt toujours en présence de la mort; et le besoin de souffrir est l'expression des siècles de désespoir et de souffrances.

La troisième doctrine n'enseigne que la charité : elle croit que, si la vertu de Thomme est de faire du bien à ceux qui lui font du mal , la justice de Dieu ne saurait être de se venger éternellement. Sa morale est sainte^ parce qu'elle est indulgente;

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elle aime, elle bésûi ; elle pressent que, dans cette maxime : muras le bibu podb lb haï. Dieu nous a révélé sa pitié pour oos misères, et ses pardons pour nos faiblesses.

L'indulgence et Tamour , cette entente nouvelle de la religion évangélique , sont l'expression d'un siècle dè lumière, comme le fouet et la pénitence, cette entente vieillie de la doctrine des saints, sont l'expression des siècles de barbarie*

Sous le règne de Louis XIV, après Descartes , Pascal et le grand Arnaud, en présence de Bossuet et de Leibnitz, il se trouva tout à coup que la pensée humaine avait fait d'immenses progrès» Mais ces progrès n'étaient exprimés nulle part ; nolle part on ne voyait écrite cette doctrine céleste d'amour des hommes et de Dieu , qui déjà s'éveillait dans toutes les consciences. Pour la donner une seconde fois au monde. Dieu avait élu une créature toute divine, et lorsque Fénélon vint répandre sur nous les trésors de son âme, mêlés aux trésors de l'Évangile, il put entendre les bénédictions du pe« tit nombre : persécuté, mais honoré , la gloire le suivit dans l'exil ; sa parole avait été comprise , et la doctrifie de vie ne devait plus mourir.

Toutefois , le sixième et le douzième siècle avaient encore leurs défenseurs, et ceux-là soute* naient que , si l'amour est dans l'Évangile , on y trouve aussi le ieu de Teufer, la damnation éternelle et les grincements de dents des damnés ; et

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ils en conclatient la nécessité de la pénitence et de

l'humiliation humaiue. Au milieu de ce chaos dV pinîons théologiques, les intelUgences les plus puissantes veulent en vain faire un choix ; elles succombent sons l'empire de leurs incertitudes.

yui remportera de la peur ou de respérance qui dévoilera la vérité , la vérité qui seule peut nous sauver, puisque Tenfer attend Terreur? Où iras4Q, mou âme? colombe égarée sur la terre, qui se char* géra du poids de tes destinées? Vainement tu in* voques l'autorité du génie et de la vertu, les deux religions te répondent, et des voix également sublimes t'invitent à la crainte ou à l'amour. Autorité du génie, autorité de la vertu, je vous récuse! non que vous inaaquiez de force ou de conviction, mais vous êtes des autorités humaines, c'est-à-dire des autorités faillibles , e t , pour décider mes doutes, pour convaincre ma faiblesse, il me faut ua maître sans rival, une parole sans contradiction, une autorité devant laquelle toutes les autorités s'humilient. Ici, les hommes me présentent rÉvangile ,

et Dieu m'ouvre les trésors de sa pensée, empreialo dans ses ouvrages. Deux livres qui se coutrèleut ; le livre des apôtres et le livre de la nature. Je les étudie, je les médite, je les compare; dans ce magnifique examen, le livre de la nature sert d'inter* prête au livre de l'Évangile, et le livre de l'Évangile m'apprend à lire dans le livre de la nature. J'y découvre les mêmes lois, j'y reconnais la même

maio et, lorsqu'ils cessent de parler le même laugage, je m'arrête, et Je doute.

La nature est le livre visible des lais du Créateur. L'homme ne saurait en effacer un seul mot , eu falsiûer une seule ligue ; il ne peut rien y écrire. De révangile, il en est tout autrement; la main des hommes s'y montre quelquefois à côté du doigt de Dieu. Les héritiers de ce livre divin ont pu en altérer le texte , sans que le monde entier se levât pour les accuser. Au milieu des ténèbres des premiers siècles , les témoins étaient rares , les peuples silencieux, et les Évangiles sans publicité.

On peut se convaincre des falsifications aux époques où elles étaient si faciles , par les interprétations aux époques où les falsifications étaient deve* nues impossibles. Certes quand, au seizième siècle,

on lisaitlaSaint-iiartbélemydansrÉvangilei quand, au dix-septième, en présence de Fénélon , après le règne de Descartes et de Leibnitz , on y lisait les dragonnades , doit-on s'étonner que , du prender au troisième siècle, un ait pu y écrire la doctrine de la virginité et de la sainteté , le feu éternel de l'enfer , les malédictions et la damnation.

Dans le livre précédent , nous avons ojiposé tes lois de la nature i tous les mensonges de la morale et de la politique ; ici , nous les opposerons hardiment aux mensonges de la théologie. Quel contrèle plue sublime pour séparer Tœuvre de Dieu de l'œuvre des hommes! qud moyen plus puissant pour

StSO DS8 Y£&ITABL£S docthines

nous ramener de l'indifférence à l'amour ! Si tons les maux nous viennent de la théologie , tous les biens nous viennent de la religion : la double lumière de la nature et de l'Évangi le ne saurai t pénétrer nos cœurs sans y porter les convictions de la vertu*

Mais 9 avant de faire briller cette lumière, qu'on me permette de poser ce principe :

it Tout ce qui détruit le fond de la doctrine n'est pas de la doctrine. »

Dans nos études morales de l'JÉvangile, on verra ce principe se fondre avec celui-ci :

« Tout ce qui viole la loi de la nature , c'est-àdire la pensée de Dieu même, n'est pas la vérité. »

Et d'abord c'est l'esprit général du livre qu'il faut saisir. Quelque mots , quelques pages jetées ça et là , peuvent favoriser la violence; mais si le livre tout entier la condamne , comment la justifierez-vous? On introduit des maximes; on ne renverse pas un ensemble. Or, Tesprit général de l'Évangile , c'est l'amour de l'humanité , c'est l'indulgcnce pour la faiblesse , c'est le pardon pour le repentir; c'est plus encore, c'est la bienveillance et la bienlBusance^our nos ennemis. J'entends Jésus sur la croix prier pour ses bourreaux, et vous m'ordonnezd'égorgcr mes frères. Je l'entends sur lamon* tagne dire à ses disciples : « Il est écrit : Vous ai- » merez votre prochain, et vous haïrez votreennemi; » etmoi je vous dis : Faites du bien à ceux qui vous » baissent j priez pour ceux» qui vous persécutent

» et vous calomnient , afin que vdns soyez les en*

» fants de voire Père qui est dans les cieux , qui n fait lever son soleil sur les bons et sur les mé- )» cbants , et pleuvoir sur les justes et sur les in* » justes. »

Entendex-vous ! voilà la loi de la nature : Le so*

leil se lève sur les bons et sur les méchants ; et la morale du Christ n'est que l'expression de cotte loi. Vous imiterez Dieu, vous saisirez sa pensée dans ses bienfaits éternels, pour la transporter divinement autour de vous.

Ainsi les barbaries de la Bible disparaissent dans l'Évangile. Moïse y avait mis la vengeance , qui est la loi de la matière brute ; Jésus y met Tamour, qui est la loi de l'âme immortelle.

Partout la même douceur et la même morale ; partout les disciples du Christ sont appelés , non à combattre , mais a instruire. Leurs armes , c'est la persuasion ; leur conquête , c'est le cœur. Dans ses derniers entretiens avec les apôtres , lorsqu'en épanchant son âme Jésus s'explique sur les moyens de répandre la vérité , il les exhorte à se dévouer comme autant de victimes au «^lut des hommes ; car ils sont enVoyés tels que des brebis au milieu des loups ils pardonneront , ils béniront , ils instruiront : le Maître h'sst pas vxhu poub coRDAnHia

LS HOlfJDE, MAIS POOR IB SAUVEE ^.

1 Saint-Jean, III-VL XYL

DIS ViEITABLBS IHIGTiUR£S BK h*kVAfiGlLE*

Telle est la doctrine de l'Évangile ; toutes les pages da livre en sont empreintes , et toutes les actions de Jésus y répondent. Ainsi, aimer les hommes , plaindre les méchants , faire du bien à nos ennemis , e*est imiter Dieu notre père qui est dans le ciel , et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injuistes. Je vois partout : Bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui souffrent, bienheureux les pacifiques et les miséricordieux. Je ne vois nulle part : Bienheureux les docteurs , bienheureux les persécuteurs , bienheureux ceux qui frappent et qui maudissent. Et si on me mon* trait de pareilles maximes dans un livre qui iiViiseigne que Tamour et le pardon , je les eu arracherais à la face du monde pour Tédification et le bonheur du monde.

A présent que nous connaissons Tesprit de la iloctrine, il nous importe de connaître ce que chaque siècle est venu y ajouter. Nous placerons m regard des lois de la nature tous les dogmes de sainteté , de virginité, de célibat, d'intolérance et de pénitence , soit que nous les. trouvions dans l'Écriture, soit qu'ils n aient été exprimés que dans les œuvres des théologiens» Noiis rendrons à cha-* que époque ce qui lui appartient, à chaque siècle s(< pensée , à chaque docteur son ouvrage , et Jésus , le pacificateur du monde , ne sera plus responsable des folles inventions des hommes.

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