OPÉRÉ£ I»ANS LES DOCTRINES
liords du Nil, se composait de sept mille cabanes,
et renfermait cinquante mille pénitents.
Bientôt la solitude, le jeûue, le célibat, ne suffirent plus au sèle des cénobites : on iùyenta des supplices nouveaux ^ les légendes de cette époque donnent d'étranges éloges à un Jacques de Nisibis, qui broutait Therbe dans les prairies ; à un Julien Sabbas, qui ne vécut que de son ^ à un Ëusèbe, qui s'enferma dans une tour sans fenêtre; à un Simon Stylite, qui vécut trente ans au sommet d'une co* lonne. C'était, de l'Orient a l'Occident , une ému*lation de pénitences et de souffrances ; c'était à qui accroîtrait les misères de rhumanité. £t cette croyance fanatique dominait les hommes du plus grand génie : saint Jérôme et saint Augustin, qui la reçurent de leur siècle, s'imaginèrent l'avoir reçue de la foi !
 ces inspirations ascétiques se joignaient quelquefois les conseils de la peur. Cette époque était celle de la chute de l'empire. Home mourait avec ses dieux , et les chrétiens fuyaient dans les soIi«* tudes ces armées de barbares qui désolaient le monde avant de le renouveler I
Dieu lui-même semblait conduire ces peuples ; il amenait des hommes nouveaux pour une fui nouvelle.
Ainsi s'éleva peu à peu , entre le peuple et les évéques , des nuées d'anachorètes et de pénitents , dont les austérités usurpaient dans l'opinion la place
34â d'une grande EÉVOLDTIOlf.
de la vertu. On leur déoeniaii hautement le saoer^
doce ; on disait que seuls ils formaient la véritable Église. C'était un clergé dans le clergé; un dergé pauvre , misérable , voué au jeûne , à la solitude , au célibat, qui triomphait d'un clergé riche^ puis** sant , marié, vivant au milieu du monde , et donnant les exemples d'une sainteté plus utile, quoique moins admirée du vulgaire. L'Église, qui avait poussé les chrétiens dans cette route, dut s'effrayer de son ouvrage. Chaque jour le pouvoir des ascètes devenait plus menaçant. Il fallait périr , ou les imiter; il fallait se ressaisir de radmiralion do monde , ou abandonner Fempire. Ce qu'elle avait sanctifié, l'opinion des peuples le lui imposait. On voulait qu'elle fût pénitente, qu'elle fût monacale, qu'elle fût vierge et sainte : elle céda. Deux hom«> mes de génie, saint Basile et saint Benoit se mettent à la tète du mouvement pour le maîtriser. Us mêlent les couvents aux thébaïdes, et les moines aux anachorètes ; ils créent des solitudes au sein même des villes, régularisent les pénitences et les austérités, et rédigent des codes pour une vie toute d'isolement, de supplices et d'études ; monuments de législation claustrale, coniparablcs, dans quelques unes de leurs parties, aux plus belles utopies de Tantiquité , mats malheureusement appuyés , dans leur ensemble, sur la violation des lois de la nature ei de l'Évangile. Dès-lors l'ascétisme et la pénitence entrent dans TÉglise : les prêtres s'assi-
milent aux moines , et les moines aux prêtres ; Ions se séparent de la société civile , tous renon*-
cent à la famille , tous ne reconnaissent qu'une loi, celle qui les élève et les isole. Ils étaient ma* riés, on leur impose le célibat; puissants, on leur impose la solitude ; riches, on leur impose la pauvreté : les différents ordres de moines répondent à ces exigences , qui s'arrêtent cependant aux pieds des princes de TÉglise.
Ainsi fut opérée cette révolution qui suspendit un moment les progrès de l'Évangile. Ou troisième au sixième siècle, tont changea ; en sorte que ces deux époques forment deux religions et deux sacerdoces. £n cédant à la violence des opinions as<^ cétiqucs , la puissance ecclésiastique ne songeait pas à accroître son pouvoir, mais à le conserver. Plus tard elle se saisit de la force que lui donnait cette révolution. Alors naquit sa puissance temporelle, et- avec elle ce formidable système qui enchaîna le monde civilisé, et dont nous examinerons plus tard les merveilleux ressorts. Peut-être fallaitil marcher sur cette route pour a rriver à de meilleures, doctrines; peut-être les excès de l'ascétisme et du monachisme étaient-ils un des éléments indispensables d'une rcgénéralion complète. Le monde , à cette époque , n'entendait que par les sens : Rome, en mourant, l'avait laissé matérialiste et athée. Il fallait le dématérialiser, détruire l'empire da corps par la mort des sens , spiritualiser
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les âmes par ie mépris de la matière, arriver a la connaissance de Dieu par le détachement complet de soi-même, et à la nécessité d'une vie immortelle par les dégoûts de la vie terrestre. Sous ce rapport, la vie d'austérité et de pénitence fut favorable au genre humain. Elle prouvait la supériorité de l'es* prit sur la matière ; elle offrait le grand spectade d'un intérêt matériel qui renonçait aux richesses et aux grandeurs terrestres pour quelque chose d'idéalplacé au*delà; elle développait dans rhomme celte faculté vivifiante qui lui inftise des vérités inconnues en l'entraînant vers l'infini : dès-lors il Y eut comme une révélation de nos véritables destinées. L'invisible fut plus puissant que le visible» et le monde passa du néant à l'immortalité!