CHAPITRE YI
DE LA SAIHTBTi.
Ce qui f«iir«gieii€e de la religiOD clirétiennef c*esl Taccord de aot sentimeats ioUnies avec les pirofet de Jëaat-Cbriit.
(Mine PB StàVL, Coniidéralîonf sur la BérolotioD fraDçaiie, t. III, p. 15.)
A la doctrine si pure et si consolante de l'Évangile , le quatrième siècle oppose la yie d*austérité, de méditations et de morliiicaiions. Sacriûces volontaires 9 souffrances pieuses , offerts par la sainteté en holocauste de nos fautes.
£t d'abord le sacrifice est de la religion de Cybêle , de Brama , de Boudha , de Mahomet , comme de la nùtre : s'il doit en sanctifier une, il doit les sanctifier toutes. Habiter une caverne, prier sur la pierre , tendre la main sous le parvis des temples, porter oneilice,¥ivant de vermine et d'ordure, grand mérite de saiul Labre, de saint Hilarion et de sainl Thomas de Cantorbéry , infiniment surpassé toute-
fois par les dégoùlanles misères des bonzes , des santons , des fakirs et des talapoins.
En retrouvant ces abjections dans les temples de l'Inde , et même dans les écoles des philosophes , je commence à craindre que notre respect pour des préceptes que nous croyons divins ne serve à consacrer les fantaisies des hommes , et que nous ne soyons les sectateurs de Brama ou de Pylhagore lorsqae nous imaginons honorer Jésus-Christ.
La vit^ (le pénitence tue la vie de devoirs, c'està-dire la société et l'humanité. Dans ce système, rhomme se croit utile à Thomme pour les choses du ciel ; mais il lui devient véritablement à charge pour les choses de la terre : il est incomplet, il ne remplit que la moitié de sa mission. Le malheureux qui travaille nourrit le saint qui prie , et le saint qui prie absout ou condamne le malheureux qui travaille. De là, cet échange de pain, d'argent et d'oraisons qui établit le commerce dais l'Église ; les prières achetées et le repentir du richei exprimé par des voix étrangères qui font monter au ciel les cantiques d'une pénitence qu'il paie
Sommes-nous sur la terre pour réaliser la vie des saints , ou, comme le dit énergiquement Charon, pour apprendre à faire bien l'homme? £i d'autres termes : quel est le but de la vie ? quels sonl les devoirs de l'homme ? C'est ici toute la question
Ne vous effrayez pas de sa gravité : admirez plitdt comment cette question se présente clairemeiH
m LA SATSTSTÉ. SBtf
à rinlellJgcnce , preuve certaine qu'elle a'est point . au-4les8us du jugement de la raison.
Car c'est une loi. générale de la uatare ; tout ce qui importe vraiment au sort de Tbomme et aux
destinées de l'humanité peut être décidé sans er* reur par la raison de Thomme.
Elle ne s'égare que lorsqu'on lui demande l'inutile ou Tabsurde.
Ainsi donc ici point dedoute : plus la vérité nous importe, plus il nous sera lacile d'y arriver.
L'homme entre dans la vie armé de ses passions, de Tintelligence que ces passions engendrent, et de l'âme, qui se souvient de Dieu*
Les passions sont Tinstinct de la matière ^ elles constituent l'homme animal.
Le sentiment de Dieu est rinstinct de Tàme; il constitue l'homme céleste.
Ce sont là les pièces de notre être ; on ne peut les scinder sans décompicter Thommc : leur combat est un mérite ; leur harmonie , la sagesse } leur séparation , la folie et la mort.
£t toutefois , parce que les passions engendrent le mal , et nous dégradent, nous avons imaginé, oan de les régler , mois de les anéantir. Le triomiriie perpétoei de la matière sur l'âme suscita la révolte de l'âme contre la matière. Alors on vit l'homme se défaire pièce à pièce ; rejeter successif vcïiient ses passions, ses plaisirs, ses facultés, son corps , et , dans cette lutte forcenée , détruire