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le temple , sons prétente de dégager le dieu. Déplo*
rable effet de sa misère ; ces supplices , qui d'aboid avaient enflammé le génie de quelques pieux cénobites, se terminent dans le cloître par l'enfantement dérisoire des Carmes et des Capucins. Rome nous a fait parcourir toute l^lielle , de saint Jérôme à saint Uilarion , delà plus sublime folie au der nier terme de l'idiotisme et de l'abrutissement. QuV a-t-il dans tout cela qui vous rappelle l'Évangile?
Mais les paroles ne sont rien ; il faut voir avec quelle impiété les saints traitent l'œuvre de Dieu! L'un prive l'homme de son sexe^ l'autre de son eitomac , celui-ci de la parole , celui-là de ses sens, cet autre de son esprit , quelques uns de l'usage de ses bras et de ses jambes , tous de sa raison. Â forc« de décompléter l'homme , il ne reste plus rien de rhomme : Dieu aGceptera441 le suieide comme une vertu? '
« Tu sèmeras avec larmes , s'écrie saint Jérème, afin de recueillir avec joie» Ton corps sera couvert d'un affreux cilice , mais c'est le vêtement le pfats liiagnifique pour Célaneer dans les nuées au devant de Jésus-Christ »
Richesse, amis, père , mère , sœurs , épouse, l'homme doit se dépouiller de tout pour embrasser la croix toute nue ^.
1 Saint Jéréme, Lettre aux Ftergee de la montagm
2 Saint Jérdme, Lettre à Népotien.
DB LA SAIirrBTÉ. Sli7
Ainsi parlent les saints dans leurs transports !
Ce système viole en même temps la loi d'amour et la loi de sociabilité; il brise tous les senliments de la nature, il insulte Dieu dans son ouvrage. Dire que c'est là le but de la vie, ce serait dire que le devoir de Thomme est d'anéantir la création. Absurdité , impiété ^ vanité !
Mais inutilement Rome voudrait faire du globe mie tbébalde ; Dieu s'y oppose par la population , qui est aussi une loi do la nature. Sept cent quarante millions d'bommes qui couvrent la terre proclament la magnificence céleste pluLùL que son courroux. Dieu ne condamne pas son ouvrage, puisqu'il le multiplie.
Ne mettez pas la religion bors deà lois de la nature, car elle y rentrera malgré vous, et alors tout votre pouvoir sera perdu.
Il faut en croire les saints eux-mêmes. Au milieu des jeûnes et desaustérilés , ils ue laissent pas de sentir dans leurs membres une loi qui combat la loi de leur esprit , et qui les ramène violemment à la règle ' •
Encore si les gémissements de la chair donnaient
le repos de l'âme, si la pénitence conduisait à la sécurité. Mais loin de là. Plus l'homme se châtie , plus il se trouble et s'inquiète. Au lien de vivifier son cœur , il semble que l'austérité l'appauvrisse.
1 Saint-Paul.
258 LA SltfVTITt.
Les plaisirs les plus innocents , les seniimenU les plus naturels , toutes les facnitës qui lai furent données pour le bonheur , lui tiennent à péchés et à crimes. 11 a renoncé aux biens de la terre , et il tfose espérer ceux du ciel. Saint Augustin s'accuse de lire Virgile avec trop de plaisir, saint Jérôme renonce à Tctude de Cicéron, crainte de damnation éternelle. Pendant qu'on les honore comme des saints , les malheureux se croient le jouet da démon , et ils se précipitent en esprit dans les gouffres de Tenfer» .
Ainsi la perfection idéale , et dégagée des sens, est impossible sur la terre. L'homme étant une har- * monie complète , ne peut rendre un son par que lorsque toutes ses cordes vibrent à l'unisson. Ne brisez pas même les plus grossières, car elles coacourent à la beauté de Tensemble, et leurs coBr sonnances sont agréables à Dieu.
Décompléter rhomme, c'est changer sa destinée; décompléter rhomme, c'est condamner la création, c'est tracer la route du ciel avec le sacrilège et le suicide.
Vous appelez la pénitence ^ elle nous dégrade : vous appelez la solitude, elle nous dénature. La preuve que l'homme n'est pas fait pour Tisoleinent, c'est qu'il n'est vraiment homme qu'au milieu de ses semblables : là seulement toutes «es facultés se développent : là seulement il se complète par le génie et la vertu; deux hommes, deux âmes,
m LA SAINTETÉ. "^SS
double force. Isolez ces enfants , disperse* cette colonie, et rinteUigence du Maître du monde va s*abtmer dans le désert. Réunissez les familles , les cités, les nations, et la plus faible des créatures arri?e à l'empire. De Tisolement du désert, je vois sortir les tigres, les lions , rhonime sauvage et des hordes barbares ; de Tbomme social je vois sortir Socraie, Platon, Descartes, Fénélon, Rousseau, génies sublimes dont les pensées se répandent sur le globe , comme la lumière dans le ciel , pour éclairer et pour féconder. Ainsi chaque siècle , chaque peuple, nous laissent quelque chose en passant , et ce que notre faible intelligence Saurait pu nous donner , nous le recevons de TinteK Jigence du genre humain.
En violant la loi de sociabilité , en se séparant du munde , le saint veut s'élever au ciel , mais son corps l'embarrasse} pour se faire ange, il se fait brute.
Et ne croyez pas que cet avilissement agrandisse ses espérances.. La doctrine qui brise les lois de la nature n'est favorable aux hommes ni dans ce monde , ni dans l'autre. Savez-vous ce qu'il faut conclure de tout ce qui â été écrit sur la vie de pénitence depuis saint Jérôme jusqu'à Bossue t? des choses effroyables f une justice insensée î C'est qu'il o'y a point de salut pour ceux qui restent dans le monde ; ^est qu'aller au bain , déjeuner , diner, se marier, avoir des enfants , soigner son ménage,
260 DE L\ sjliuteté»
se consacrer A sa famille et A soo pays, est uii éut
de péché el de daiiiuation ; c'est que rester vierge,
vivre au désert , reooncer i sa femme » à ses enfants, à sa patrie, jeûner, prier, se macérer, I n'est pas même toujours un état de grâce* La démence humaine dicte ici la justice de Dieu.
Eh ! qui doue échappera à cette justice terrihie, si les saints mêmes s'anéantissent devant elle?
Dira-t-on que cette doctrine, qui blesse toutes les lois de la nature , accomplit les lois de rJÊvangile? Ouvrons les deux livres.
Que dit l'Évangile ? aimez Dieu , aimez les hooimes ; l'amour est l'accomplissement de la loi.
De même la nature , par ses bienfaits, manifcslc Dieu et nous invite à aimer les hommes.
Les deux livres n'ont qu*un langage , ou plutôt l'Évangile , dans son esprit général , n'est que l'ei- " pression écrite de ces trois lois de la nature :
i( Sentiment de la Divinité. »
u Sociabilité et perfectibilité du genre humain.»
Donc si ton dieu est le dieu d'amour , si cbaqae matin en t'éveillant tu lui dis : Mon pèke ; s'il te | répond par des bienfaits , s'il y. attache le plaisir pour te les rendre agréables , s'il les disperse ensuite entre, les mains de tous les hommes afin de rapprocher les familles et les nations par l'attrait de tant de richesses et la variété de tant de jouissances, lui répondra^tu en te couvrant d'un affreux cilice ? ic Le sac de la pénitence sera-t-il k
)» vêtement le plus magailique pour t'élancer dans I» les nuées au devant de Jésas-Ghrist? »
L'Évangile ne fait pas des sainls isolés; il fait des familles- pieuses et des nations civilisées. 11 n'appelle pas les hommes à la pénitence, mais au repentir et à la vertu.
Enfin les deux livres sont si bien d'accord que toujours l'homme se sent porté à faire par amour ce que l'Évangile lui apprend qu'il doit faire par devoir.
Mais les choses du culte, mais les pratiques re* ligieuses? Jésus ne les a point oubliées, et voici la place qu'il leur assigne : u Si, en vous présentant » à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a » quelque chose contre vous, laissez là votre of- » fraude, et allez vous réconcilier i » Ainsi le culte le plus agréable à Dieu, l'offrande que rÉvangile appelle la première, c'est l'amour du prochain.
Point de vie monastique, point de pénitence, point de discipline ; mais des œuvres, mais l'amour. C'est un cœur pur, et non un estomac vide ou farci de poissons ; c'est une âme vertueuse, et non un corps souillé, mutilé, sanglant, que Dieu nous demande, et il nous les demande par cette loi invincible de la nature : u L'homme incline toujours vers ce qu'il y a de plus beau. »
Or ce qu'il y a de plus beau ne saurait être en* trevu que par Tbomme complet.
Donc toute doctrine qui décomplète Thomme est fausse. 22,
26â DB LL SAINTETÉ.
Il en résulte que la doctrine du Christ est vraie, car elle ne blesse jamais la loi de la nature. Daos ses enseignements et dans ses miracles, c'est toujours la double vie qu'il proclame, c'est toujours l'homme complet qu'il sanctifie. Comme il guérii les maux de Fàmc, il guérit les maux du corps, U dit : u L'homme ne vit pas seulement de paia, n mais de vérité ; » et après a¥oir semé la parole de vérité qui vivifie l'âme, il multiplie le pain qui nourrit le corps. Voilà les œuvres de celui qui est ▼enu ici-bas, mangeant et buvant comme les autres hommes*
Ainsi la doctrine de Jésus n'est pas la loi transitoire de Moïse, mais la loi stable de la nature. Fils de l'homme, il a humanisé les vertus célestes en les apportant sur la terre; fils de Dieu, il a sanctifié les vertus terrestres en leur promettant le ciel. Toutes ses actions nous ramènent à la famille, et non au cloître, et non au désert : assis aux noces de Cana, il bénit le mariage et la joie des festins; au milieu des docteurs, il bénit les petits enfants, l'iiinocence et la maternité. Voyes-
le rendre le fils à la veuve, et la fille au père! voyez-le sanctifier ramitic en pleurant sur Lazare, qu'il ressuscite; consacrer la société humaine eo appelant à lui tous les peuples de la terre, et l'amour de la patrie, en versant des larmes sur Jèrusaleji), et dites quelle action d'hoiniiie, quel sentiment naturel, quelles pensées humaines et célestes
DB £â SAIIITXTt» 863
nous pourrions repousser eu présence de Jésus- Christ !
Mais s'il n'appelle pas les hommes aux macérations, de toutes parts il les appelle à la règle : il ne dit point h la faible Samaritaine : n Pleurez vos fautes, faites pénitence! » Il lui dit ; u Allez eu paix, et ne péchez plus ! n
De même, le père de famille ne condamne pas l'enfant prodigue au cilice et aux larmes } il lui prépare un festin et se réjouit de son retour.
Ce n'est donc ni par le jeune, ni par les larmes, ni par de longues prières que l'homme est appelé à glorifier le Seigneur, mais par l'amour, mais par la charité, mais par l'usage légitime des plaisirs attachés aux dons de la Divinité.
Non, non, la terre n'est point un lieu d'expiation; c'est un temple céleste jeté dans Tespace et décoré par une main divine ! Si jamais l'homme dut se livrer à de glorieuses espérances, c'est en se prosternant dans ce temple où Dieu l'attendait, dans ce temple où la puissance ne s'exprime que par la bonté et ne se fait sentir que par l'amour. Pourquoi ces bienfaits qui répondent à nos besoins, ces voluptés qui répondent à nos désirs, cette magnificence qui surpasse notre pensée? Pourquoi tous les dons prodigués à une faible créature ? à ses yeux, la lumière; a ses oreilles, Pharraonie; à son intelligence, le monde; à son âme, l'infini et Dieu? Nous touchons à la terre, nous
264 OX LA. SAIIIT£TJS«
touchons ait ciel ; ]*homme complet embrasse h
double vie de Tespace et de l'infini, du temps ei de l'éternUé; il est comme Jésus^Cbrist, nu u l'homme et fils de Dieu !