‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 104 sur 116 · DE LA VIRGINITÉ* 2G · texte numérisé non relu

DE LA VIRGINITÉ* 2G

dans le ciel. Pour être agréable à Diea, il faut tuer

dans notre sein les générations à venir. L'être vivant et pea^aot ne coouuuniquera ni la pensée ni la vie.

Ne semble-t-ii pas que l'homme se fasse horreur à lui«-niéme? Il glorifie qui le détruit, il honore qui refuse de le reproduire : ii place la vertu dans l'anéantissement de l'espèce.

Toilà la doctrine, et sans doute elle prend sa source dans cette fausse idée que la virginité est la même chose que l'innocence. Comme si les in^ somnies de la vierge, les désirs qui la brûlent, le'^ passions qui la consument, toujours renaissants et toujours trompés, ne laissaient aucune image dans son cœur, aucun ressentiment dans sa conscience, aucun regret au pied de Tautel où elle gémit prosternée.

il faites mourir les membres de l'homme terrestre, » s'écrie saint Paul. Vœu impie! L'apôtre mutile l'ouvrage, et croit exalter l'ouvrier.

La virginité n'exige pas seulement la mort des sens, ii lui faut encore la mort du cœur! Elle brise deux fois l'œuvre de Dieu !

J'ouvre saint Jérôme! Quelle sollicitude, que de soins, que de sacrifices, pour conserver la pu* reté des vierges! II veut qu'elles jeûnent tous les jours, V qu'elles sortent rarement, et jamais pour visiter les femmes mariées. Il leur défend le vin et les viandes qui excitent les désirs impurs j il

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s^inqniète de leurs TétemenU, de leur voile, de

lear chaussure; il les suit jusque sur leur couche solitaire, épie leurs plus secrètes pensées, et ose prévoir le moment où elles se sentiront émues par les désirs naissants qu'inspire la jeunesse. Alors il s*écrie : « Que votre lit soit arrosé de larmes; veillez comme le passereau dans la solitude; dites, en invoquant votre Époux céleste : Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrthe, et il repose sur mon sein ! Si vous priez, il vous entend ; si vous l'appelez, il vous répond, il viendra cet f.poux ; et, frappant à votre porte, il vous dira : Me voici, et c'est moi qui frappe; ouvrez-moi, et j'entrerai, et je souperai avec vous, et vous avec moi. Répondez-lui aussitôt, avec un saint empressement : Tentends la voix de mon bien-aimé. C'est lui qui frappe à la porte : Ouvrez-moi, me dit-il, ma sœur, ma colombe, ma parfaite amie. — Ne lui dites pas : Je me suis dépouillée de ma robe, comment la revètirai-je? J'ai lavé mes pieds, comment les souillerai-je ? Levez-vous sans balancer,

ouvrez votre porte, et, touLe ravie de l'approche du bien-aimé, dites-lui : Je suis blessée d'amour ! et il vous répondra : Ma sœur, mon épouse, est' un jardin fermé ; elle est une source close et une fontaine scellée. »

Qui le croirait? ces instructions amoureuses, ces scènes nuptiales, ces expressions si tendres, si vives, si passionnées, du Cantique des Cantiques,

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que j'affaiblis et que j'abrège à dessein, sout adressées à une jeune fille pour encourager sa vocation pieuse; elle doit les méditer dans la solitude, elle doit s'en faire un bouclier contre les tentations de la chair : singulière innocence que celle d'une vierge qui comprend un pareil langage. Âu moins l'amour a quelque chose de moral qui vivifie le cœur et le porte à la vertu. Dans Tunion conjugale, il y a des tendresses pieuses, des joies saintes d'épouse et de mère. Mais ici tout est physique, tout enflamnic les sens, effraie la pudeur, émeut rimagination. La pureté de la vierge s'évanouit devant les enseignements du saint. En la privant de volupté, il lui en empreint les images, et les douceurs du lit nuptial égarent moins la pensée que ces ragoûts de la pénitence.

Toi là comment saint Jérôme met le monde aux pieds des vierges et les élève au rang des anges. Hais quelle leçon lorsque, cédant à l'impétuosité de ses souvenirs, dans une page brûlante, il con* State lui-même par ses défaites Fimpuissance de rbomme en révolte contre la nature.

u Au sein des déserts, dans ces vastes solitudes » brûlées du soleil, combien de fois j'ai révé les }i délices de Rome! Assis au fond de ma retraite, » seul, parce que mon âme était pleine d'amer- >t tume ; défiguré, amaigri, le visage noir d'un Il Éthiopien, mes membres se desséchaient sous » un sac hideux ! Tous les jours des larmes, tous

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