‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 105 sur 116 · VIRGINITÉ · texte numérisé non relu

VIRGINITÉ

» les joars des gémissements ; je criais au Seî- )i gneur, je pleurais, je priais, et lorsqne, opn pressé par le sommeil, et luttant contre lui, il î» venait me surprendre, mon corps épaisé tom- » bait nu sur la terre nue. Je m'étais condamné à i> ces supplices pour échapper au feu de Tenfer. M Eh bien ! dans ces tristes déserts, environné des Il bétes féroces et d'affreux, reptiles, je me le- >i voyais en idée parmi les danses des vierges ro- » maines. Le visage était abattu par la pénitence, n le cœur brûlé par d'infâmes désirs! Dans un M Corps exténué, dans une chair morte avaat » l'homme, la concupiscence attisait ses feox dé» » vorants. Alors j'invoquais le Seigneur, je monitn lais ses pieds de mes larmes ; le jour, la nuit, » je criais, me frappant la poitrine, et ne cessaol » d'implorer mon Dieu jusqu'au monient où il » rendait le calme à mon ame. Je me souYiens » d'avoir passé des semaines entières sans raan- » ger, craignant même d'entrer dans ma cellule, )i où j'avais nourri de si coupables pensées; che^ 1» chant des vallées profondes, d'âpres rochers, de n hautes montagnes, pour en faire un lieu d'o- » raisons et de supplices : bourreau impitoyable » de cette chair toiqours rebelle I Là, Dieu m'en » est témoin, après des torrents de larmes, les n yeux toujours attachés au ciel, triomphant, je » m'élevais parmi les anges, et, dans les ravisse- » ments d'une vision céleste, je chantais ; Je suis

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» arrivé jusqu'à vous, attiré par l'odeur de votre )> encens M »

C'est ici un des spectacles les plus étranges que puisse offrir l'humanité : i'àme se confond devant cette lutte vigourease des deiut puissances : la matière et l'esprit, la loi des saints et la loi de la nature* Drame sublime, où Thomme est grand dans sa chute comme dans son triomphe, et dont l'action, commencée au désert, se termiue dans le ciel par les délires du génie et de la vertu.

L'homme voudra-t-il se faire ange, comme les anges voulurent se faire Dieu; il sera précipité dans l'abtme : même faute, même punition. Il ne faut demander à l'homme que riiomme, uue harmonie du ciel et de la terre* Vainement ses efforts pour atteindre à la perfection intellectuelle révèlent le dieu; leur impuissance déifonce sa faiblesse, et de chute en chute le replonge dans lliumanité.

Mais voilà que saint Jérôme interrompt ses gé*>

misscmcnts pour tracer la vaniteuse apologie de la virginité* « La virginité est préférable à tout. Ève » était vierge dans le paradis, et femme sur la }• terre. Vous êtes née dans le paradis; sachez 1» donc vous y maintenir dans les droits de votre }i heureuse naissance. Une preuve certaine que

1 Sancti Hieromj mi Opéra j t. IV, p. 30.

2 Cette épitre est adressée à Eustoquie, c^est la XXI^ du EecueiL

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» la virginité est naturelle, c'est qae le mariage » prodoiC des enfants yiergès, il donne le fruit )» qu'il a perdu. Tendres mères, bénissez la vocau tion de cette fille céleste ; yoos Tayez noorrie I» de votre lait, vous l'avez portée sur votre sein, » vous l'avez conservée pure en Tinvironnant de n votre amour; gloire au Seigneur I Par la virgiu nité de votre fille, vous êtes devenue la belle- » mère d'un Dieu ! »

Mais un rayon de lumière brille soudain au milieu de ces flatteries vaniteuses^ et ce n'est pas sans surprise qu'on entend saint JérAme déclarer que u l'Évangile ne fait point une loi du célibat, » parce qu'on ne saurait, sans inhumanité, forcer » les plus douces inclinations de la nature, con- » traindre l'honune à mener la vie des anges, et Il condamner, en quelque sorte, l'œuvre de Dieu. «

Le saint, prosterné dans le désert, soulève ses membres exténués, et, le fk*ont couvert de cendre, îl s'écrie : Ne condamniez pas l'oeuvre de Dieu ! Lumière soudaine de la conscience; sa vertu lui apparaît comme un remords !

Et maintenant, ô vierge I il dit les récompenses qui vous attendent ; il prédit ce jour où la mère de Jésus viendra au devant de vous, accompagnée des chœurs célestes, et marchant la première, au bruit du tambour. 0 triomphe de la vertu, gloire de l'innocence! votre Epoux, jeune vierge, s'avance pour vous recevoir : Levez-vous, dit-il, mon

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amie, mon épouse, ma colombe, car Thiver est passé, el les orages se sont dissipés. A cette yae, les anges saisis d'étonnemeiit diront : Quelle est celle-ci, qui apparaît comme l'aube matinale, belle comme la Inné, brillante comme le soleil? Et les filles vous diront bienheureuse, elles reines feront votre éloge, et les femmes publieront votre beauté ! Sara, avec les femmes mariées, et Anne, fille de Phanuel, avec les veuves, et le sein de votre mère tressaillera de joie, et les petits enfants, agitant des palmes dans leurs mains, se précipiteront sur voire passage, chantant : Uosanna l hosanna ! sa*

lut et gloire! tandis que les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre, et les vieillards qui forment un cercle au pied du trône de Dieu, saisissant les harpes saintes, chanteront des cantiques inconnus du ciel, et qu'il n'est donné à aucune voix humaine de pouvoir répéter!

Scène étrange autant que magnitique ! apothéose fallacieuse ! Ainsi toutes les - passions humaines, sous une livrée sainte, s'agitent dans le ciel. Avec quel art le solitaire éveille la vanité, première passion des jeunes filles, et comme il sait donner à leur faiblesse tous les attraits de la sainteté I Un Dieu pour époux, des reines pour marchepied, des saintes pour chambrières, des anges pour flatteurs : Tamour, la vanité, l'éclat, voilà les récompenses de la modestie, de la pudeur et de l'humilité. Le saint exalte dans le ciel tout ce qu'il con-*

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damne sur la terre : absurdité , impiété , vanité ' !

Toutes les lois imposées à Thomme par la natore sont des devoirs. Il doit et les connaître et les ao eomplir : c'est la condition de .son existence, de sa yertu et de son bonheur.

Condition si inviolable qu'il n^est pas plus au pouvoir de Thomme d'échapper au plaisir qu'à la douleur. Ces deux gardiens de son être ne té quittent jamais ; riche ou pauvre, libertin on saint, ils le poursuivent, ils le pressent, ils l'étreignent, ils le tuent s'il ne rentre dans la règle.

Ainsi le jeûne ramène au plaisir de manger, Vinsomnie aux douceurs du sommeil, la souffrance au calme et la virginité au délire de^ sens. Toujours un plaisir naît d'une douleur.

Et aussi toujours une douleur naît de l'excès d'un plaisir. Le trop manger conduit à l'indigestion, le trop boire à l'ivresse, le libertinage au dégoût, à l'épuisement, à la mort.

Si le plaisir est criminel, comment les saiub

> Vanité dans le ciel et vanité sur la terre. C*est ooe remarque des pères de TËglise qu^on avait trouvé le

moyen d'accroître le nombre des vierges consacrées en les comblant d'honneurs et de privilèges. Par exemple, il nV'tait permis qu'à elles seules de paraître sans voile dans l'église, et eette distinction vaniteuse inspira plo» d'une vocation, suivie de plus d'un scandale, comme oi peut le voir dans le petit Traité de Tertullten sor le voile des vierges.

eux-mêmes ne peuvent-ils s'y soustraire? Si la douleur est sainte, commeot nalIr-eUe toi^ours d'au dérèglement? Enfin si, pour plaire à Dien, l'homme est tenu de briser rheureuse harmonie du corps et de Time, comment Dieu n'a-t^il placé que dans cette harmonie le repos, la santé et la félicité?

Sur ce point, la loi de l'Évangile est claire, précise, irrérocable, comme la loi de la nature, écoutez Jésus-Christ répondant aux pharisiens, qui Tiennent lui parler du mariage Anir db ib mn» : « N*avez-vous pas lu, leur dit-il, que celui qui » créa rhomme le créa mile et femelle, et qu'il » dit : Pour cette raison, Fhornme quittera son » père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et » ils seront deux dans une seule chair ; ainsi ils }t ne seront plus deux, mais une seule chair. Que N l'homeb Doirc m sApabb pas cb ^b Dib0 a joiht, »

Ces paroles si simples; on ne saurait le remarquer sans admiration, s'appuient des trois plus grandes autorités que l'homme puisse invoquer sur la terre. L'autorité de la création, l'autorité des lois de la nature et l'autorité de la morale ; en d'autres termes elles expriment le principe, le précepte et le commandement.

Le principe, le fait : Thomme fut créé mâle et femelle.

Le précepte : c'est pourquoi il quittera son père

et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils ne seront plus deux, mais une seule chair.

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Le commandement : qae l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. Loi positive que Jésus met sous la garde de la vertu et de la sainteté conjugale lorsqu'il ajoute : » Il a été dit aux au- ^ Il ciens, vous ne commettrez point d'adultère : » moi, je vous dis, quiconque aura regardé une >» femme avec un mauvais désir a déjà commis Ta* » dultëre dans son cœur. »

Voilà comment Jésus-Christ sanctifie Tuniou conjugale ! elle est à ses yeux comme une seconde pudeur qui dérobe la femme aux désirs des hommes»

«f Mariage , et unité dans le mariage ; » ainsi parle la Genèse, ainsi parle l'Évangile, ainsi parle • le cœur de l'homme , à qui il n'est donné d'aimer d'amour qu'une fois. Et cette triple loi de la création, de la nature et de la morale, si souvent méconnue depuis le commencement des choses, Dieu ne cesse de la publier, de la proclamer, de nous la signifier en versant chaque année sur la terre autant de filles que de garçons ; donnant une femme à chaque homme, un homme à chaque femme ; ne laissant jamais une moitié incomplète, les animaiil tous des mêmes désirs, les revêtant tous depudeur, de grâce, de beauté, et prodiguant à ces enfants du ciel les charmes de l'innocence, les illusions de la jeunesse et les ravissements de l'amour !

C'est alors que la jalousie s'échappe du cœur de rhomme, et terrible s'assied à la porte des jeunes époux. Gardienne incorruptible de la pureté du

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mariage, elle dit à son tour : Une femme pour un homme, an homme pour une femme.

ÀÎDsi la nature a écrit dans notre âme, comme le Législateur dans l'Évangile ; u Vous ne commettrez point d'adultère, vous ne regarderez pas la femme d'aulrui avec un mauvais désir. »

Ainsi le mariage établit l'homme dans ses droits, la société dans la règle, et le genre fanmaîn dans la vertu.

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