CHAPITRE IX
LB PBÉTBE BOMAIH.
il o*apparticnt point à Thomme de clum*» ger SI voie, et on ne dimiaae point la souffrance en résistant à Dieu.
(FfiNitON « Lettres spirituelles.)
L'Evangile n^est point la mort du cœur, * • il eu est la règle.
(Chateaubriand, Génie du clir{stÎBO*y 1. 1, p. 263.)
Dans an bref du pape adressé , il y a peu de
mois, aux évcques de Bavière pour empêcher les mariages entre les personnes de dÎTersés. communions , on lit ces mots : « Il n'y a qu'une seule
Église , liors de laquelle nul absolument ne sera » sauvé, » C'est le terrible axiome : Hors de l'Église 9 point de salut* Ainsi Rome persiste à dam-* ner le monde et à maudire la création.
Pour appuyer cette effroyable doctrine, le saint pontife n'invoqne ni l'esprit de l'Évangile ni la 2 25
294 LS FEÈTU KOMAIH.
puissance de la raison ; il invoque l'autorité des
hommes , saint Ignace martyr, qui , dans son épiire aux Philadelpbiens , dit expressément : « Celui 31 qui adhère à Tanteur d'un schisme n'obtiendra » pas le royaume du ciel ; » saint Augustin, qui s'exprimait ainsi au concile de Girte : « Quiconque » est hors du sein de l'Église catholique , quelque » louables d'ailleurs que soient ses actions 9 ne
)» jouira point de la vie éternelle 5 i> enfin le pape Grégoire-le-Grand , qui enseignait que u Dieu ne Il peut être véritablement adoré que dans l'Église » catholique , et que tous ceux qui sont séparés de Il cette Église ne seront pas sauvés, n
C'est sur l'autorité de trois ou quatre hommes, ou, si l'on veut , de vingt ou trente docteurs , qîie
Rome appuie Tanathême universel. Et ces chbses ont été écrites et publiées en Europe en 1 832 1
Qui sera donc sauvé sur la terre? quelques saints baptisés et prédestinés , quelques adeptes crédules et sans tumiëres , ceux qui humilient leur raison, les agneaux de la pénitence et de la foi , et saus doute aussi les moines et les docteurs. Voilà les seuls élus du Dieu vivant , du Dieu qui , dans l'Évangile, appelle tous les hommes à lui par la règle et par l'amour; du Dieu qui , dans la nature, fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes , et le* ver son soleil sur les bons et sur les méchants. Le reste des créatures appartient de droit au démon , et ce reste, c'est le genre humain tout entier : huit
te PBÈXRS &OXAIN. 29ii
cent millions d'hommes qui passent tous les trente ans sur la terre pour arriver aux flammes éter*nelles. L'innocence même est imputée i crtme! L'enfant qui n'a pas reçu les eaux du baptême , l'homme simple qui a vécu suivant les lois de la nature, ceux qui, nés dans une autre religion, ai'ont jamais entendu parler de Home et de sonévè>que : comme si la révélation , bornée à un peuple , était un effet de la volonté humaine ; tous les peu* pies barbares , tous les peuples idolâtres , tons les {peuples schismatiques , tous les peuples de Fanti*^ quité, ont été dévolus de toute éternité à cette damnation désespérée !
Qu'on imagine , s'il est possible, le sort du pas^ leur nourri dans de telles doctrines ! Avec quelle terreur U doit jeter les yeux autour de lui , cet " homme qui cherche sans cesse dans la Bible les cruautés de l'Éternel , et ne voit pas dans la na^ turc ses grâces et ses bienfaits. Descend-il au confessionnal, son oreille n'est frappée quje des aveux de nos misères : les âlnes ne s'épanchent dans la sienne que pour lui révéler les œuvres du démon. JUUerroge-t-ii son propre cœur , il n'y entend que les menaces de Dieu et les gémissements de l'enfer. Affaibli par ses pénitences , courbé sous le poids des mystères , il doit humilier sa raison, mépriser l'humanité et repousser les doutes de sa conscience comme les tentations du crime. Le prêtre romain qui croit toute sa religion, et ceci est de grande
986 LS PRÊTRE RO^Ain.
eoBséquence , est nécessairement ennemi des hommes , puisque le genre humain, et ceci est article de foi 9 est ennemi de Dien , né dans le péché et prédestina ;iu feu éternel. Au milie^ des ténèbres qui renvironnent , il n'entrevoit qu'une sinistre lueur : c*est la puissance de Satan , inscrite en traits de flammes sur la figure du monde. Tous les hommes loi apparaissent conmie des damnés , et son âme , ravagée par la peur , s'abyme dans ces contemplations effroyables qui ont fait dire à saint Grégoire deNazianze, que ses craintes du jugement dernier ne lui permettaient pas de respirer ; et à saint Ephrem, qu'il ne pouvait penser à ce jour d'épouvante sans une défaillance universelle.
Qu'est-ce en effet que le chrétien pour le prêtre?
Une faible créature maudite avant de naître. Jetée ici*-ba8 sons l'ire du Tout-puissant, elle y ap- • porte le crime : les eaux du baptême lavent son front, un Dieu meurt pour elle; la voilà rachetée : mais voilà aussi que les hommes l'environnent de pièges, le monde de préjugés, la nature de déceptions , et l'enfèr de démons acharnés à sa perte. £t ces démons possèdent et remuent tous les hommes, et leurs troupes infernales et rugissantes nous épient et nous fascinent éternellement. Diras-tu, je m'appuierai sur la sagesse , je serai juste et miséricordieux, j'aimerai Dieu par dessus toute chose et mon prochain comme moi-même ? Vertu sans pouvdr si tu es né à Genève , à Gonstantinople , i
LE PRÊTRE ROHAIll*
Madras , à Pékin , dans les ténèbres d'une erreur
que tu ne connais pas , ou d'un mensonge que les hommes te donnent pour la vérité : Hors de 1' glise , point de salut.
De cette doctrine terrible, insatiable de damnés, nous voyons naître une autre doctrine insatiable de supplices : la doctrine de la pénitence. Écoutez Bourdaloue : « La pénitence est une vertu qui doit, prendre contre nous les intérêts de BieUj qui, aux dépens de nos personnes, doU venger et apaiser Dieu ^ 3) Or, pour que la pénitence soit eanférme ù la droite raison, elle pencbera vers la rigueur ; car elle doit être proportionnée au crime ; et quel plus grand crime que d'offenser Dieu * ! Frappez, frappez , s'écrie le prêtre ; soyez inflexible : une lâcbe et molle pénitence n'a rien qui ressemble à rindignation de Dieu^. »
Maintenant, si vous avez foi, que vous occupezvous des devoirs de cette viei^ II s'agit bien de gagner le pain du jour , de travailler pour votre femme et vos enfants, de méditer, d'être bon père et bon citoyen ; le Dieu vengeur vous contemple , le Dieu implacable vous attend ! Si vous ne faites justice dans ce monde, où elle ne dure qu'un mo-
1 Bourdaloue, 1. 1 des Œuvres, Sertnon sur la sévérité de la Pénitence^ p. 198.
2 Idem, Sermm peur le quatrième dimanche de VA-
vent, p. 501 . %
3 Idem, 1. 1 des Œuvres, p. 100.
298 Ll PEÈTBB EOMAIII*
ment, il la Tera dans l'éternité et à toujours. Prépares les fouets 9 aiguisez le fer , jeûnez, sooffirM , mourez^ soyez martyrs : surtout point de repos, surtout point de pitié ; car votre pénitence n'éi* galera jamais la eolère du Dieu TivaDt, du <c Dieu » dont la seule pensée fait -trembler les saints , et » dont, suivant l'expression deTapôtre, le juste i » peine se sauvera ^ »
 cette fenreiîr de la pénitence, Bossuet ajoute, comme article de foi, la prédestination de l'homme à l'enfer et au paradis. £n sorte que ces tortures que Bourdaloue nous impose comme des nécessités peuvent être des vertus stériles suivant Bossuet, puisque , avant de nattre , l'homme est élu oa léprouvé sans appel *.
Voilà la religion telle que nos ministres l'ensei* gnent ; voilà l'homme tel que le fait le prêtre ; eo horreur au genre humain, à la nature, à lui-même, enfant de colère et de corruption, sorti des mains de Dieu pour entrer dans les griffes du diable, arraché au néant pour tomber dans les flammes éternelles.
CVst peu de dessécher le cieur , ces doctrines rompent les liens fraternels qui unissent les hommes entre eux ; elles détruisent jusqu'à la charité
^ Bourdaloue, Sermon $ur le Jugement dernier^ p. 340. OEuvre& de, Bosêuet ^ édition in-4o, t. 1, p. 1^1 et 192.
u nvÉTEi MMAiir* 299
évangélique en la restreignant d'abord aux seuls cathoUifues romains, puis an petit nombre des élus, pais d'exception en exception à Tunité ^ qui est le prêtre lai«méme, si seul il croit avoir la foi. Égoïste ' par conviction , il sera fanatique par amour de Dieu , et persécuteur par amour des hommes. Les crimes de la foi sont les plus effroyables de tous , car ils se commettent saintement et avec la conviction de la Yertn. Quel mérite donc pour lai de ramener des âmes à Dieu, et combien sont angéliques des vioteoees qui arrachent les pécheurs au feu de Tenfer; à ce feu qui pénètre les os , les fibres , les chairs, comme le feu d'une fournaisepénètre un fer rouge'. Cette obsession , toujours présente , ne laisse pas un moment de repos, pas un moment de silence* L'homme qu'une fatalité terrible suspend sur l'abyme infernal , qui s'y sent glisser à la moindre faute, qui voit toutes les générations s'y précipiter sans relâche et sans fin, que peut-il espérer d'une vertu pénible et toujours chancelante ? a*t*il atteint la pureté des anges, il doit craindre Turj^ueil; s'estil élevé à l'humilité dés saints , il doit redouter la tentation : une minute de faiblesse peut effacer trente ans de pénitence. A l'heure même où, du haut de la chaire de vérité , il annoncé au monde d'épouvantables châtiments, lorsque son auditoire ifoDsteiiié se sentira saisi d'un tremblement univ^r*
1 Nicole, Quatre Fins de l'Homme, liv* II, p. 183.