‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 21 sur 116 · CHAPITRE ym · texte numérisé non relu

CHAPITRE ym

D£ft VÉRITABLES FACULTÉS DE L'AME.

Revenoot à Tlioiiiiiia maîatemnt , et laissoDt ce qtiMl a de commua avec let

plantes et avec les bêtes.

(Saint-Augustin, de la vcrit. Relig», ch. 43.)

Daos le sein de Thomme, je ne tait qoelDieUt mais il liaLite ua DicuJ

(SiNÈQUE.)

Notre corps tient à la fois de la plante et de ranimai : il se fait en nous, comme dans un chêne, une multitude d'opérations , sur lesquelles notre volonté n'a aucun pouvoir. Le sang circule, les cheveux croissent, les ongles s'allongent, la chair , se renouvelle : nous végétons, nous grandissons, nous existons , nous mourons* sans notre aveu : voilà rhomme plante.

C'est la faculté végétative qui imprime les formes à la matière : elle est comme le moule de toutes les choses et de tous les êtres.

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* DSS VÉaiTABLXS FACULTÉS OX l\eS. 195

L'homiae animal réonità loi seul les penchanCs,

les passions, les instincts, les intelligences de tous les élres organisés : il est plus iadusiricux que l'abeille, plus cruel que le tigre, plus rosé que le renard, plus terrible, plus varié, plus dissolu, plus insatiable que tous les animaiix ensemble; cela est si frappant, qne lenrs noms seuls expriment ses divers caractères, eu sorte qu'au premier aspect rbomme avec ses armées , ses villes , ses palais , semble n'être que le plus intelligent des animaux.

Qu'il parle de ses afiections, de sa prévoyance, de sa mémoire, je jette les yeux autour de moi, et toutes les facultés dont il se vante, je les trouve attachées a la matière dans la brute* L'oiseau qui mesure son toI sur la seienee acquise de la portée du fusil î rbiroiidelle qui se précipite dans les laounes i&ur^sauver sa nitée ; le renard dont les ruses toujours nouvelles/ déroutent la meute du chasseur, me révèlent des trésors d'imagination, d'intelligence , de- tendresse et de jugement. le suis forcé de reconnaître aux animaux, comme à l'homme, des sentiments innés : l'aoûtié, la haine, la jalousie, la reconnaissance, la vengeance, se renouvellent en eux à chaque génération. Ce que nous sentons, ils le sentent j ce que nous voulons, ils le veulent ; seulement l'bomme a plus d'éten*due, parce que ses organes sont plus parfaits. Cest un animal «atfwrsel, un.étre qui pfme, se ressou-

196 m» TÉRrrABLBs facultés

vient, combine, réfléchit, désire, raisonne, se pas* sfonne et vent.

Mais si je luais toutes ces facultés, toutes ces passions, Tbomme serait-il anéanti ? à coup sûr, il n'y aurait d'anéanti qu'une plante et un animal; les facultés iutelligeintes et pensantes qui couviea*nent à la brute, et qui sont en nous. Est-ce donc là tout l'homme? son intelligence se borne-L-elle à élever des digues comme l^castor , des palais comme l'abeille, aës p} ramidesctfmiiie ïes thermites, avec les développements que lui permettent ses organes? Toute son âme est-elle dans les besoins de soa torps? toutes ses pensées sont^iles dans les per^ ccptionsde ses sens, dans les volontés de ses passions, dans les fureurs de ses jalousies, dans ses amours terribles comme ceux du tigre, ou fidèles comme ceux des inséparables? Certes si l'bomme ne se compose que de ces facultés , qu'il partage avec les animaux, c'en est fait de son avenir. Com- .ment imuiatérialiser les unes sans immatérialiser les autres? comment donner celles-ci à l'éternité, et celles là au néant? nous abaisserons-nous jusqu'à la brute, ou éleverons-nous la brute jusqu'à nous?

Rien de tout cela ! nous sortirons de cette fange ^ en nous repliant en nous-mêmes : les actes intérieurs de la conscience nous révéleront cet être caché, qui vit en nous, qui est nous, et qui se manifeste par la vertu. L'âme nous avertira de sa puis-

us l'amb. 197

sance par des volontés contraires à nos passions animales : de sa moralité par le sentimenl inné da

juste et de Tinjustc ; de sa grandeur, par les actes spontanés d'une raison qui aspire aux vérités éternelles : de son origine céleste, par les notions sn- Wiines du beau idéal; de son immortalité, par le sentiment de Tiniini, qui va se perdre au sein do Dien!

Philosophes qui cherchez, comme ditMontaigne, si i'bomme est autre chose qu'un bœuf, voici le moment d^exercer votre science : saisissez ce cadavre, jeUz-le sur le marbre de vos amphithéâtres, Jouil/ez dans son cœur, dans son sang, dans ses fibres, dans ses entrailles, déployez les [dis innombrables de son cerveau, prenant la matière à tous sens, la ^anifi^t, la retournant, la divisant avec le scalpel, Téïudîant nvcc la loupe, reconnaissez d'un Goopd'œil la mémoire^ la Volonté, la ruse, Ta varice , Tesprit de calcul , tous les arts humains , toutes les passions animales ! mesurez Tintelligence aa développement des organes ; supprimez à volonté telle ou telle fonction en coupant tel ou tel nerf ; et lorsque, devenus maîtres de votre siyet, vous aurez bien saisi les rapports de la Ûbre aux sensations, et des sensations à la pensée , sur les débris de ces chairs palpitantes ^ vous me direz quelle est cette conscience énergique, ce maître 5i*vf*re qui commande aux passions animales, qui leur retranche leurs plaisirs, et qui se réjouit de

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les voir abattues : vous me direz quel sens a pu donner l'idée de l'iaûoi à une créature si bornée, et d'où lai vient le sentiment du beau idéal , dont le modèle ne se trouve nulle part sur la terre ? enfin j'oserai vous demander ce que c'est qu'agir , penser, souffrir, mourir, pour la vérité ; et m'arroant d'une seconde expression de Montaigne, quelles bétes ce sont que vertu et justice.

Moralité, raison, beau idéal, infini, consciencé; voilà l'homme séparé de la matière et du temps i voilà les facultés qu'il possède seul sur la terre, Tai trouvé son âme, et dans son âme la source morale de Tèire humain, c'est-à-dire la nécessité d'une autre vie !

De ces modifications divines je vois naître la vertu, qui est le triomphe de l'âme sur la matière ; l'amour véritable, qui rêve l'éternité; l'idée de ^

l'ordre, qui sort de la conscience et de la raison ; les rapports des effets aux causes dans l'infini : un Dieu!

Et ces facultés qui sont en moi, indépendamment de mes sens, existent dans tous les hommes; j'en retrouve des traces plus ou moins vives dans chaque individu, dans chaque nation : elles réunissent, elles constituent le genre humain !

Car ce n'est pas l'intelligence qui fait les civilisations. Les hommes et les peuples tendent à se séparer par les mœurs, les habitudes, les opinions et les passions animales ; ils ne se touchent que

par un point : le sentiment moral! le sentiment du beau ! et ce lien invisible suilit pour former autour du globe la grande famille humaine !

Dans Jes animaux, au contraire, l'individu est toujours détaché de Tespèce. Son iuBliact Tisole même lorsquUl devient rinstinct d*une sociélé* Aucun instinct ne rapproche l'abeille de Chamouny de l'abeille du mont Hymette : il n'y a point de genre abeille; pour Tabeille, il n*y a qu^une ruche.

Ainsi l'intelligence, la mémoire , la volonté, toutes les afTections, toutes les passions, qui sont la vie des animaux , peuvent mourir dans l'homme , l'homme , pour cela , ne mourra pas ! Son immortalité est plus qu'un fait; elle est un droit; ne fat-il séparé de la brute que par la vertu 1

Depuis trois mille ans, les philosophes ne ces*

sent de soumettre les grandes questions de Texisteuce de Dieu et de l'immortalité de Tàme à l'examen de l'intelligence, et ils s'étonnent de n'arriver qu'au doute. Moi, je m'étonne de leur étonnement« Qu'ils recommencent cent fois le même ouvrage, et ils obtiendront cent fois le même résultat ! Comment des facultés qui appartiennent à la matière et au temps serviraient-elles à la découverte de l'infini ? N'y a-t-il pas quelque chose d'insensé à vouloir contempler les merveilles d'an autre monde avec un ûambieau qui ne doit briller que dans celui->ci ?

200 B£S V&BITABLES FAGCJUXÉâ D£ l'aHE*

Ne nous trompons pas de puissance; c*cst à l'âme à nous parler de l'âme. £t mainlenant que nous connaissons ses véritables facultés, nous n*a-

vons plus à craindre ni Je doute ui l'oi icur, car elles touchent de toutes parts a k vérité, qui est Dieu!

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