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la trouver dans tous les crimes qui ont épouvaoié le monde.
L'histoire de nnterpfétatioii des lirres saints
se rait l'histoire de la démence humaine. Ce vaste tableau, tracé par une main habile, nous dégoûte^ rait de la gtoseet du commenlaîre; Maisqnels yeux mortels pourraient en décbiUrcr toutes les pages sanglantes?
Un seul exemple. Transportez-vous au temps de la Ligue : la guerre est terminée ; une abjuration solennelle vient de rendre Henri IV à la France. Déjà Tordre se fait sentir, et la prospérité va renaître. Mais si le roi n'éUit pas bien converti? mais si les hngnenots n'étaient pas asses pèrsécntés? il faut déposer le roi, il faut anéantir les huguenots. Ces pensées fanestes agitent encore <|aelques consciences. Un prédicateur se charge de les exprimer. Ce n'est point un homme sanguinaire, et cependant il demande du sang ; ce n'est point un ennemi de la patrie, et cependant il travaille à la renverser. C'est an homme de foi, un homme de conviction, un homme égaré sans doute, mais conséquent à ses doctrines, et dont les doctrines sont logiques et canoniques. Laissez^ie faire, il ne dira rien sans l'appuyer du texte de la loi; il sera positif, irrécusable : si vous adoptez ses autori* tés, vous serez obligé d'adopter ses opinions ; vous chasserez le rui, vous brûlerez les licrétiques, vous sanctiflerez le crime de Jacques Clémeiit.
Le voilà qui demande sa pàrt dans le» riebegses
deshuguenots. Et ne croyez pas qu'il veuille exercer une apolialioB scandalease! Noa. C'est un droit
qu'il réclame; il a pour lui l'autorité de Moïse \ Tautorité de Josué " et l'autorité du livre de la Sagesse ^, où il est dil^ : « Les justes dépouilleront les méchants. » Blâmer l'Église de dépouiller les hiiguenols^ c'est donc méconnaître l'autorité des lîivres^ariiits ; c'est plus encore,' c^est* blâmer INea d'avoir dépouillé Saiil, Koboam, Âchab, Osias, Athalie'^^Sédécias, par les. mains des prêtres, pour les péchés notoires de ces princes Dans ce cas ^, on ne prend point le bien d'autrui, mais justement cm dépoiiiUe les injustes possesseurs de- biens dont ils ne sont plus dignes. Et ceci est la vérité et la justice; car^ en l'assemblée des prélats au concile de Latran, tons les rois et empereurs du monde chrétien étant présents, il fut déclaré que lesdits soÀeirsdiBS chasseraient dans un .an les hérétiques de leur royaume, cl que, faute par eux d'obéir, ils seraient excommuniés, et leurs richesses distribuées aux catholiques ^.
i Exode, IS.VJ.
2Jo8tté, 13,15, 2 i.
3 Sap. , 10, 20.
4 Porthaisc, quatrième scrtnou, p. 74.
^ Saint Augustin, liv. il , contre PoliHen , ch. k% et 59. cité par Porthaise, quatrième sermon , p. 75.
^OmeUe de Lafran, ciié par Porthaise, quatrième sermon 9 p. 70.
2S os L'ADTO&iXâ
Ainsi {Mtrie le père Portiiaise. Il lui snlBl d*iine ligne de TÉcrilure pour décider des iotérèU du globe; et cette ligne, il Ut prononœ d'une voix
inflexible, sans crainte ni remords, quel que soit d'ailleurs le sens qu'elle reaterme. Qu'importeul les maux des hommes à celui qui croit accomplir la parole de Dieu ?
Veut-il donner au sacerdoce le droit de iiouie* verser les nations ; veat«il donner aux nations le droit de renverser les trônes, il ouvre saint Ber* nard et saint Augustin S lesquels établissent, d'après un passage de TÉcriture, que FÉglise possède deux couteaux^ le spirituel cl le matériel ; qu'elle fait usage du couteau spirituel en excommuniant les [)rinccs hérétiques, et qu'elle peut donner ca- Boniquement aux peuples le droit de faire usage da couteau matériel contre le prince rebelle à l'Église, sur ses biens, ses terres et sa vw
Yeutp-il prouver que le souverain pontife a le pouvoir de renverser les troues, il ne s'amuse pas à chercher les principes da droit politique ; il va droit au fait, et dit simplement : « 11 est loisible » au pape de déposer les rois, puisque Samuel » déposa Saûl; Joad, Athalie; Azarias, le roi » Osîas ^» n Et il corrobore ces autorités de l'au-
* Saint Bernard, au pape Eugène III y liv. IV, ch. 3. ~ Saini Aiigustitt, eanire Fauste, mauickéen, liv. XXIL ^ Porihaise second sermon , p. 72 et 7S. ' idem , troisième sermon , p. 43.
BB» ïïocamm* tS
lorité du Concile de Lairan, cbap. 3, qui a recoooa le droit.
Quand Taotorité n*e8t pas assez claire, il la coinimente et rinterprète* C'est ainsi qn*i\ trouve les bûçhers daos TÉvangile. Dieu dit (MaUh* 3-10) : « Tout arbre qui ne porte pas <le fruits sera coupé et iQis au feu. » « Ët pour cela, ajoute Portbaise, la ponitiob do feu est destinée an hérétiqaea n
Enfin il établit en principe qu'on ne peut condamner l'action de Jacqnes Clément, parce qae ce serait condamner les actions d'Ehnd, Samson, Judith, Jéhu, s^tnctifiées dans la Bible, vX les faits, conseils, commelidements de Çamael, J^e et Éli* sëe, qui furent inspirés de Dieu 2,
Certes, voilà d'infâmes doctrines, et, il faut se hâter de le dire, des doctrines que la religion ré* prouve. Mais si elles sont en opposition avec Tesprit de l'Évangile, elles sont en harmonie avec la lettre théologique. Le père Porthaise raisonne bien dans le principe d'autorité, ou, pour mieux dire, ce principe le dispense de tout raisonnement* Lorsqu'une action se présente, il n'a point à chercher si elle est bonne, mais si l'Écriture la trouve bonne. La prenre de sa bonté n'est pas dans la raison de l'homme, mais dans l'autorité du livre. Ne vous hâlez pas de condamner ; il n'y a là de
1 Porthaise, troisième sermon 9 p* 74 . p. 49.
&4 M l'adiouïm
méchant que le principe. Cet homme qui vous fait horreur, cet homme qui briUe ifis hérétiques, cet homme qui tient la tète des rois sous ses pieds,
cet homme qui justifie le cri/ne par le crime, eh bien î du fond de sa conscience, il croit sanctifier la vertu par> la vertu !
Et cependant ses paroles, prononcées dans le ieinpie en présence d'un peuple encore armé poui^ la défense de la foi, ses paroles doivent porter iQurs fruits* Au milieu de cette fouie, il y a un homme qui en écoutant lève un front jauni par la fièvre. Sa tète brûle, son âme s'exalte : on lui dit qu'il faut un buveur à la religioA^ un vengeur a Dieu. Frappé de vertige, il couft de couvent en couvent, de solitude en solitude, emportant avec lui le poison qui le ronge, jusqu'à Theure sinistre où l'Europe en deuil retentit pour la première fois du nom de fiavaillac !
Et qu'on n'aille pas dire que je donne aux ouvragesdu père Portliaise la puissance d'une autorité ! L'autorité n'c&t pas en lui, elle est dans l'Écriture qu'il cite et dans les conciles dont il s'apj^e* Quant à la doctrine, c'est un malheur sans doute} mais elle appartient essentiellement a son époque. Ce qu'il prêchait à Poitiers, le docteur Boucher \
1 Voyez les cinq sermons du père Porihaise , théologal «le i'é[;1ise de Poictier, par lui prononeés en icelle. P«m« 1594.— Et les sermons de la simulée conversion et de
le préohait à Paris, presque dans les mêmes termes, et les débrîtf de k Ligm renseigniajeBt dan% tonte la Ffance.
Mais je cite des hommes dont les ouvrages n'ont laissé aucun souvenir, de^ hommes sans gloire, et qui se sont perclus dans les ténèbres de l'ignorance et du fanatisme» Pour prouver Les aberrations du primipe de Tautorité , il fallait ohoiair un siècle de lumière, et, dans ce siècle , une de ces âmes transcendantes dont les couTictîons dcYiennent à leur tour des autorités pour le genre' humain'. - £h bien ! citons Bossuet ; et que puis-je citer de plus grand? génie «uperbe, intdUgenoe dominante du siècle de Louis XIV, son nom rappelle tous les prodiges de l'éloquence et toutes les puissances de la foi f Le voyes^yous feuilletant dans la solitude les ouvrages tbéologiques de l'un des plus illustres princes de l'Église ? Tout à coup ses yeux s'al* fument, ses lèvres tremblent , ses cheveux se hérissent , l'horreur s'empare de lui î Que s'est-il donc passé dans le monde chrétien ? quel sacrilégc, quelle impiété, réveillent les foudres de son àme ? Un saint prélat, ému de compassion pour les petits enfants morts sans baptême , ose soutenir qu'ils ue sont point condamnés au feu éternel de
la prétendue absolution de Henri de Bourbon , prince de fiéarn} par Jean Boucher, docteur en théologie. Paris, 1594.
90 DE L'AUTORITâ
Tenfer. « Sentiment bas el éneiré^ B*écrie Bossuel,
qui détruit la force de la piété ' , nouveauté étrange, erreur détestable, langage inouï qui nous a frappé d'étonnement n Alors, cédantà la sainte colère qui le transporte, le prélat s'adresse au pape, et lui demande la ^punition du coupable ; il vent que cette punition soit rigoureuse, car il convient de frapper d'autant plus rudement que l'erreur part d'un lieu plus élevé ^. «c La damnation des enfants morts sans baptême, dit-il, est de foi constante dans rÉglise^* Ils sont coupables, puisqu'ils naissent sons le courroux de Dieu et dans la puissance des ténèbres ^. Enfants de colère par leur nature , objet de baine et d'aversion , précipités dans l'enfer avec les autres damnes^, ils y restent éternellement sous l'horrible vengeance du démon Ainsi Ta décidé le docte-Denis Peteau, et l'éminentissime cardinal Henri Noris , et réminen-
^ OE livres do Bossuet^ i, X. ItoHres au mini pwtifê Innocent XII , p. 175« 2 Idem, p. 167.
5 OEuvres do Bossuei, t. p. 167.
Mdemy p. 177 et 181.
S/dlm^p. 17S* 0 /dm ^ p. 175.*
7 OEuvres de Bosauet , t. X, p. 177. Gomment accorder ces paroles abominables avec Paclion touchante de Jésus-Christ ? Bossuet livre tous les enfants aux supplices (les enfers, et Jésus-Christ se fâche contre les apôtres,
11X8 MCZKCMtf iï
tissime Bellarmin , et le concile de Lyon , et le coodle de Florence^ et le concile de ïr eote ' ; car ees choses , ajoute froidement le nouyeau père de rÉgUse , ne se décident pas par de minces mvêoknemêmiâ et par des affections tout humaines , mais par Tautorité de rEciilure et de la tradi-» tien ^. »
Effrayante doctrine ^ qui supplée l'autorité de la nature par Taulorité de Peteau et de Noris. Le prélat croit soumettre sa raison en cédant au besoin de brftler et de damner, passion du douzième siè* de, dont les tristes restes nous ravagent encore; et, prêtant à cette pensée l'énergie de sa verve et rinspîration de son génie, il tombe dans Timpiété, sous prétexte de nous ramener à la foi.
Il y a une fatalité attachée à certain dogme qui précipite jusqu'au génie !
Et quel est ce dogme idolâtre qui tend à régler la croyance de tous par l'autorité de quelques-uns?
qm les r€pouê$a$$ni avec de$ paroles irop rudes. Bossaet dit qu^ils sont Tobjet de la haine et de Taversion de Bien, et Jéms-ChrisI dit positivement que le royaume de Dieu fst poar ceux qui leur ressemblent. Notez que Jésus- Chrisi parle des enfants des Juifs et des païens, et non des enfants baptisés. (Voyez VÉvangilede saint Marc, X, 13. 14.
t Idem, p. 175 et 177. On y trouvera Pindication des autorités.
t Bessnet , p. 17S et 179.
S8 DE l'actorixé dss docteurs.
Pourquoi Dieu est-il venu sur la terre si les hommes veulent encore nous parler? L'autorité d'un livre ou d'un concile , qu^est-ce autre chose que l'expression de la pensée dominante d'un siècle?
Le temps marche, et cette autorité n'exprime plus qu^une erreur»
Chercher la vérité dans les décisions dos docteurs , c'est en effet noutf rappeler aux opiniona et aux passions des siècles passés; c'est nous faire rebrousser vers ce qui n'est plus ; c'est nier l'essence du christianisme, d'accord avec la perfectibilité humaine.
Pour arriver à de pareils résultats , non seule* ment il fatit renoncer à la raison , mais encore il faut repousser le sentiment du juste et de l'injuste qui est en nous. Il faut dire, comme disait Pascal : Je crois parce que c'est absurde ; et encore je crois parce que c'est injuste. '
Certes , personne plus que nous ne respecte la sainteté de l'Écriture, mais personne aussi ne redoute davantage les interprétations des hommes. Après l'exemple de Bossuet , qui osera y chercher la véWté? De cet exemple, il faut nécessairement conclure , l"" que l'autorité est uû très-mauvais moyen de connaître la vérité, parce qu'elle peut conduire à l'erreur; 2"" que l'autorité la plus sacrée a besoin d'une règle qui la justifie , et que cette règle n'est ni dans la foi aveugle , ni dans les raisonnements humains.