CHAPITRE XII
WS 6BIIT1HSMT OE LA DIVIHITÉ.
DB LA flOCIABILITlfc DO GBIIIIB HVMAIB^ PUBlilB ET SBOOmiB LOI MOKALK BB LA NATUBB.
Ta ne ferai j«ineU bien eucuDC cboie purement h nmaine ii tu ne conna il lei rapporte qnVUe ■ etec les cboiei divioei; ni ■ucuoe choie divine li lu ne connais lei lleni 9tti rùntnent anx clioiei hfimalnei.
(Masc-Adhblb.)
Tous les phéDomènes de la nature révèlent une
force reçue et une impulsion donnée. Ils ont une action et point de yolonté, mais chaque action a sa règle, qui constitue la durée des choses, comme l'ensemble de toutes les règles constitue Tordre universel. V
Ces règles sont à la fois si précises et si constantes qu'il suffit à un homme de génie d'en saisir un anneau poar en imaginer la chafne. yélè?e qui
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voalat tromper Linné en lui présentant une plante
composée des fragments de plusieurs autres plantes, ne se doutait pas que la tromperie était impossible, parce qu'elle brisait, aux yeux du maître, les lois organiques de la nature. Toutes les formes, tons les mouvements de la matière, se développent géométriquement, et la science les résume par des lignes, des chiffres, des affinités et de&attractions. Mettez entre les mains de Guvier un os inconnu, et son génie reconstruira l'animal tout entier. Il a existé un jeune homme qui, par la seule appréciation des forces attractives nécessaires au mouvement des astres et au repos du soleil, osa avancer qu'il manquait plusieurs planètes à notre système; et, du fond de son cabinet, il marquait hardiment dans le ciel la place ou Herachell devait bientôt les chercher et les découvrir.
Ce jeune homme qui calculait si bien les forces du soleil, se nommait Kant. Plus tard, on le vit pénétrer les ténèbres de la métaphysique, et porter dans Tâme humaine cette lumière divine qui l'avait guidé dans le ciel.
Des laits qui précèdent nous pouvons tirer ce double principe, 1** que la niatière n'est pas. libre; 2** quv les luis qui la maîtrisent annoncent une intelligence qui n'est point en elle. Nou» ne chercherons pas en ce moment quelle est cette intelligence; il nous suffit de savoir que^dèsToriginedes cboeesi la matière fut soumise i une pensée» dont
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elle a gardé Tempreiaie et subi la vdonté. Cette peosëe, œlte volonté^ noua l'avons appelée loi de
la uature.
Toatefoisuae exception Be présente. Comme être moral, l'homme est libre des lois qui enchaînent le monde. On ie croirait abandoaué, tant il est libre. Les désordres du genre humain et Tordre de l'univers prouvent en même temps la liberté et la loi. Observez la masse entière des êtres créés; chaiiae espèce entre en naissant dans une sphère qu'elle doit nécessairement parcourir. Sa vie est écrite devance dans le livre de la nature. L'homme seul, bien qu'encbainé par les lois de la matière, reste cependant libre de céder à ses passions ou de les subjuguer^ de se poser un principe et de lui obéir* Rien ne le circonscrit, rien ne Toblige : il peut dire oui et non, aller ou ne pas aller, faire ou ne pas faire, vivre ou ne pas vivre ; il peut à lui seul ce que peut tout le reste de la création, et encore au-delà. Liberté fatale, qui nous précipite de crime en crime, mais qui est ausçi une liberté céleste, puisqu'eUe nous appelle a la vertu* 0 mortel, saisis cette couronne ! Ta lib^té, c'est la puissance sou* veraine ici-bas et TimmortaUlé dans le ciel* Libre aa sein de cet univers soumis, tu peux recëvoir comme une lumière les pensées divines qui ne te sont pas imposées comme une loi. Dieu, en te pla-* eant au milieu de son œuvre, t'a donné la vérité en spectacle. 11 déroule sans cesse devant toi les
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pa^s toujours renaissaotes de ce livre, où il a gravé en lettres immortelles ce qu'il est et ce qu'il veut. £t ces pages expriment les mêmes pensées, et parlent la même langue aux deux extrémités du monde : elles ne renferment qu'une religion, qu'un amour et qu'une vérité.
Les conditions de l'existence ne sont donc pas pour rhomme ce qu'elles sont pour les animaux : laviedesanimauxn'estqueraccomplîssementd'mie volonté qui n'est point en eux, et à laquelle ils ue peuvent échapper ; la vie de l'homme, c'est la soumission à la loi qu'il se fait lui-même, m'ais cette loi, il doit se la faire : il doit chercher la limite du mal, puisqu'il a le pouvoir du mal ; Dieu ne lui impose que cette obligation, mais il y attache l'existence et la prospérité de l'espèce.
La* nécessité de se régler lui-même est la première loi qui appelle l'homme à la vertu : il y est conduit par ses besoins, par ses intérêts, et par toutes les facultés de son intelligence et de son âme.
Telle est l'origine des codes de morale et des législations qui se partagent le monde. Partout où vous rencontrez deux familles, vous êtes sûr qu'il y a line règle établie. Et cette règle n'est pas, comme on l'a écrit, une atteinte à la liberté de rhomme; elle est au contraire la preuve et le témoignage de cette liberté: bien plus, elle est raccomplissemeni d'une loi !
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Ainsi la moralité de rhomme est la preuve dé
sa liberté, comme sa liberté est la preuve, de son immortalité.
La matière n'est pas liljre, avons-nous dit, et cepeadaut Tbomme est libre, doac il y a quelque chose dans Phomme qui n'est pas matière ; voilà comment sa liberté témoigne son immorlalité.
Remarquez que si la nature ne soumet Tbomme à aucune loi, elle lui montre de toutes parts les loîs auxquelles elle est soumise. Elle établit une harmonie entre ces lois et les facultés de notre âmef, et elle nous force ainsi à remonter jusqu'à Dieu, source éternelle de vérité.
Le point d'appui du monde moral, c^est Dieu. U faut que notre âme le cherche et le contemple : hors de là, l'homme ne se repalt que d'illusions et de mensonges, et sa vaste Intelligence ne sert qu'à • le précipiter dans le néant 1
Aussi le sentimentde la Divinité eslril la première lui morale de la nature. C'est comme l'inslinct de notre être, et cet instinct s'exprime dans tons les cultes qui se partagent le monde. Nous ne jugeons point ici ces cultes, plus ou moins éclairés, plus on moins barbares, nous les réunissons pour former la VOIX du genre humain, et constater le sentinsent, c'est-à-dire la loi.
(>u\ qui pensent que Dieu ne peut être cOAnu que par une révélation ue se doutent guère que la révélation se renouvelle à chaque naissance. Le
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temple de Dieu n'est ni ce globe de poussière, ni
ces soleils de feu, ni le temps, ni l'espace, ni Tin- ' fini; c'est l'âme humaine i Nous ne voyons Bieo kors de nous que parce qoil est en nous.
En effet, le spectacle de la nature vient de la nature à l'homme, do dehors au dedans ; mais il n'apporte rien avec lui que des tableaux. Au contraire, la pensée de Dieu va de l'homme à la nature, du dedans au dehors ; mais elle apporte avec elle la vie et la puissance. Ainsi la pensée de Dieu n'est dans ce monde que parce que Thomme l'y a mise : voilà pourquoi elle est universelle; sa source, c'est le genre humain. Partout où il y a un homme, il ; a un Dieu !
Si donc vous voulez connaître le véritable caractère de la Divinité, n'interrogez ni les religions, ni ies docteurs. Laissant tous les peuples à leurs cultes, observez le sentiment à son origine, dans les jours d'innocence, et à son point de perfection, dans les lumières de la sagesse ; ces deux extrémité» se rencontrent dans la* même révélation : un sen- | timent d'amour pur, seul encens de l'ànie qui soil digue de Dieu.
DE LA SOGUBIUTÉ DU aiHES BUHAni.
* L'amour de Dieu ne saurait exister sans l'amour | des hommes, ou plutôt c'est parce qu'il y a un IMaa que les hommes s'aiment. De là, la sociabilité, sc-
conde loi de ia aature, qui imprime le mouvement au monde en même temps qu'elle le soumet à neutre domination.
Car, et ceci méritait bien d'être observé , au commencement des choses, les hommes se trouvèrent réunis par Tamour. Les liens de famille sont la véritable origine des sociétés; viennent ensuite
les intércLs humains, plus ou moins larges, plus ou moins généreux; ils resserrent le lieu, ils aident à raceom^issement de la loi, mais ils ne font pas la loi, et quelquefois même ils la blessent. La sociabilité, c'estdonc l'amour de Dieu et des hommes. Ne cherchez pas les lois de la iiaLure dans des passions étroites, dans des intérêts isolés; cherchezles dans ce qu'il y a de plàs beau èt de plus pur; elles s'étendent toutes au genre humain !
Autour de nous , et en nous , tout est prévu, tout est combiné pour raccomplissement de cette loi. L'homme isolé ne peut rien; il n'éprouve pas même le désir de son propre bien*être« Les arts, les sciences, la philantr^pie, les grandes idées morales, sont les fruits de la civilisation et l'œuvre de la société. Il faut à l'homme des compagnons et des rivaux ; il lui faut une ville, un pays, une pa- ^e, un monde. Qnand il n'a pas tout cela , son intelligence sommeille, sonàme s'engourdit; il est incomplet.
^'^tot sauvage est contre nature : il rapetisse* lout , parce qu'il uc crée rien. La patrie, pour le
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sauvage, c'est une foréi; riiumaailé, c'^est la iiiba; et Dieu , c'est un fétiche, un morceau de bois. Le sauvage n'est homme ni par Tintelligence, ni par le développement de Tâme : la sociabilité est donc une loi, car seule elle fait l'homme complet!
Ne cherchons plus la loi de la nature dans l'état sauvage. Toute l'éloquence de Rousseau ne peat faire que la vie d'un Cafre ou d'un Hahican ne soit pas le cercle le plus étroit de Fâme et de la pensée humaine. Si la création a un but, il ne saurait être que dans le développement de ce qu'elle donne. Ainsi Tétat de nature pour les animaux sera la vie sauvage; l'état de nature pour Thomme sera la société.
Suivant que cette société est plus ou moins large, notre esprit a plus ou moins d'étendue. Nous eo développons tout juste pour la grandeur de notre bourgade. Yoilà Torigine des petites passions qui désolent les petites villes, et aussi du peu de vue de nos députés à chaque rcnouvellcniciiL intégral de la Chambre. Les nouveaux élus ne nous appor* tent, pour la plupart, que de grandes ambitions ou les intérêts de leur village, des idées largcàs comme leur département. Que de degrés il leur
faut parcourir avant de comprendre, je ne dis pas l'universalité , mais seulement la nationalité de leur mission ! Paris leur semble un gouflOre aussi longtemps qu'ils échappent à son inlluence pensante. £nfin ils cèdent à cette influence; alors la
DU Q£KE£ AOMAUI.
palingénésie sociale s'opùre : les idées picardes, angevines, normandes on bretonnes, s'étendent à la patrie entière; ils renaissent Français. Pendant quatorze ans j'ai observé ce phénomène, et j'ai béni une forme de gouvernement qui, en forçant les esprits à s'étendre, doit nécessairement contribuer à leur moralité* •
Toutefois, ce n*est encore qu'un premier pas dans raccoinplisscment de la loi sociale. A mesure que l'âme se développe, elle embrasse le globe, et veut le soumettre à Tunité. Les anciens légis^ laieurs semblent avoir méconnu ce sentiment en lui donnant pour limites invariables l'amour de la patrie. Jésus-Christ seul songe à le diriger suivant le vœu de la nature : sans briser les législations parcellaires, il les çomprend toutes dans la morale de sa législation universelle. C'est l'Évangile qui nous ouvre le monde en nous mon- Irant partout des frères. Les limites d'un empire ne marquent que la fin d'un pouvoir, et non la fin de l'humanité. Ainsi la société commencée dans la lamille s'accomplit dans le genre humain. Un Dieu dans le ciel , un peuple sur la terre} voilà la véritable religion et la véritable sociabilité.
Ces deux lois, imprimées dans notre àme comme dans un temple sacré , sont la base du code entier
de l^î nature. A toutes les violences Lhéologi(]ues, elles substituent cet axiome : Aimez Dieu. A toutes les tyrannies sociales , elles subtituent cette loi :
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Aimez les hommes. Elles nous disent que c'est h
' volonlé de Dieu que les hommes soient libres; que c'est sa Tolonté qu'ils soient heureux; et, pour que cette volonté nous soit toujours présente, elles laidonnentlesattraitsd'uDerécompeoseetlesséduc* tiens d'un sentiment. Toutes les langues humaines l'expriment en un seul mot : Tamour ! et tous les peuples de l'Évangile le résument en une seule maxime : Aimez Dieu et les hommes !
Gravons donc hardiment sur la table sacrée des lois morales de la nature ces deux premiers articles de notre code :
SENTIMENT DE LA DIVINITE* SOGIABILIII^ DU OENEE flLMAIH.