‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 69 sur 116 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

DE L^AHOUB.

LOI PHTSIQIJB BT HOBALB PB LA BATDBB.

Seul il tient les rênes de l*enipire da

monde; partout il dirige sou vol; il est

accompagné d'une lumière pure qui dissipe les Icnèbics (lu chaos^ su voix relculil dans toute la nature... (OrphÉE.)

Il 7 a dans Tâme une force ^i, la portent hors d'elle, veri l'idéal^ tend à Taiiion : c*eft l'amonr dans le tent le plof ëtendn. (Uemstbbhiits.)

Le mariage peut seul faire une verto de celte passion.

(BëRMAROIN DK SAlIiT-PlERBE.)

Cette loi est la vie de l'univers. Nous la rétro u- Tons partout, au premier et au dernier degré de la création, se modifiant avec la matière et se divinisant avec Tesprit. Comme affinité , elle attire les molécules; comme attraction, elle soutient les mondes; comme force productrice, elle renouvelle

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la nature; corame sentiment, elle nous ouvre Tinfioi. Âiost la loi se dégageaat peu à peu de ses formels géométriques , passe de rattractioii' à IV mour, et déjà, dans les plantes et dans les animaux, elle semUe u'ètre plus que l'attrait du plaisir.

Dans les plantes ! voyez-la créer des chefs-d'œuvre pour un hymen de quelques heures. Rien ne lui coûte : les parfums, les formes , les couleurs , la grftce , la richesse ; elle varie , elle prodigue tout, comme si elle savait que, hors de là, desyêuz s'ouvrent pour voir et des âmes pour admirer. Ce sont des colonnades d'or, des palais d'émeraude , des couches veloutées , des rideaux d'azur et de pourpre ; c'est le zéphyr qui agite toutes ces tiges, qui fait flotter toutes ces draperies , qui épanche toutes ces senteurs, qui module toutes ces harmonies , soupirs voluptueux de la n^itnre , éternellement portés vers le ciel .

Et , pendant que le mystère s'accomplit , une année nouvelle est accordée à la terre. Elle reçoit la vie au milieu de ces charmants spectacles. 0 prodiges ! déjà tous les trésors qui doivent l'embellir sont placés en réserve dans les germes que l'amour vient de féconder !

Des plantes aux animaux la scène s'anime et la vie se répand. Voici un troisième monde , où le plaisir prend une voix, où tous les êtres s'appellent et se cherphent, où l'oiseau chante , où l'insecte

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les mâles, dansTintentiotide réunir des troupeaux, de fonder des colonies par les attraits d'une pos* session tranquille. Ainsi la vache , le cheval , le taureaa, la chèvre, la brebis, et toutes les espèces casanières, vivent en commun sons le toit de rhomme, dont elles partagent les travaux et fondent la prospérité*

Hais , en arrivant à nous , la loi prend un caractère plus sacré. Dans les animaux, elle ne sW cupe que de la conservation de Vespèce; dani rhomme, elle semble songer au bonheur de Tindividu. La règle morale ressort du soin que prend la nature de créer éternellement un homme poor une femme, une femme pour un homme ; le nombre des hommes et des femmes étant toujours égal

sur la terre. Ainsi la nature ne nous donne pas un sérail } elle nous donne une compagne , et cette compagne, elle ne nous la donne pas pour une saison; elle nous la donne pour la vie. Réalisant, en quelque sorte , la fable ingénieuse de Platon , qui fait de la femme la moitié de Thomme , elle appelle Tâme à la recherche de Tâme, et nous recompicte par Tamour.

• L'unité dans le mariage , tel est l'ordre établi par la nature; et la civilisation du globe tient i raccoroplissement-de cette loi.

Elle sépare l'Orient de l'Occident.

Vous voyez d*nne part Tesclavage , la cldture , la barbarie, les mutilations forcées et voloa-

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taires ; de VMtrt , la liberté morale et 80dale«

Où la jeunesse n'a point d'amour , où l'homme | n'a point de compagne , où les enfants n'ont point J de mère, ne cherchez pas la civilisation. I

Si l'amour n'était qu'une petite convulsion ,* comme l'appelle Harc-Anrèle^ Tliomme ne s'élèverait guère au dessus de la brute. Il doit toute sa supériorité à la puissance morale de l'amoar; et cela est si vrai que , partout où il méconnaît cette puissance, sa supériorité s'évanouit.

C'est qu'alors l'homme se méprise dans une partie de lui-même, c'est qu'il s'avilit dans la femme 9 c'est qu'il se mutile de la moitié de son âme , et que toute mutilation le démoralise. Et comment connaitra-t-il la vertu s'il Oétrit son guide le plos ardent et le plus aimable ? Qui loi apprendra les grâces de riiiuucenee, les dévouements du cœur et ces élans pieux vers le ciel , qui sont la vie de l'amour? L'âmourl vdyes comme il repousse l'ambition , comme il méprise la richesse , comme il est prêt à tous les sacrifices qui font les héros! Ce qui nous charme dans Pamour, ^ ce ne sont pas ses plaisirs si vifs ) ce sont ses \ dévouements , sa pudeur , sa fidélité : nous n'en \ voyons que le sublime , nous n'en citons que les ^ joies morales et les élans divins ! Nos rêves les plus gracieux ne le transportent ni dans le palais des rois, ni dans les fêtes voluptueuses de l'Orient, mais dans une chaumière , au milieu des bocages

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et des gazons : tout dans la nature nous semble fait pour l'embellir et pour le conceatrer ! £( lorsqn*en parcourant une campagne solitaire nos yeux rencontrent quelque site charmant, un simple verger avec une source jaillissante, un boia où le rossignol se fait entendre, soudain nous y plaçons des amants heureux j et l'imagination enchantée ne nous offre rien de plus délicieux qu'une vie innocente écoulée sous ces ombrages dans les ravissements de ràmour.

Voilà les désirs , voilà les ambitions du cœur ? l'amour nous inspire tout ce que demande la sa* gesse; il nous ouvreà quinze ans ce monde enchanté, où le beau et l'infini nous apparaissent comme le seul but de la vie» Et qu'on ne dise pas que ce monde est imaginaire! Ces perfections idéales, objets de nos rêveries} ce& dévouements qui nous semblent si facile»; toutes ces images riantes de la vertu dans l'amour et du bonheur dans la médiocrité; tout cela est vrai : il n'y a même que cela devrai sur la terre. La nature ne nous trompe pas; c'est le monde qui nous trompe lorsqu'il nous arrache à ces illusions de la vérité pour nous plonger tout vivant dans les tristes réalités de ses vices et de ses mensonges.

Le développement des facultés de l'àme tend à faire régner l'amour sur la terre, comme le déve-« loppement de Tintelligence tend à y faire régner l'ambition.

M l'amoih. 109

L'amour est un aoge qui vient à nous sur des ailes de flamme , non , comme l'a dit une femme de génie , pour nous faire faire de Tégoïsme à deux 9 mais pour nous introduire dans la yie ac<* tive, et nous en rendre les peines légères et les devoirs faciles. Il est vrai que Tamour a ses heures d'égoîsme. D'abord les amanis se cherchent et sou* pîrent; puis, cotnme des fleurs cpi'un vent doux détache de la tige maternelle , ils se séparent de la famille et se laissent emporter dans la solitude. Mais ce sentiment , instinct secret de la pudeur , dure à peine quelques instants ; la nature se hâte

d'en élargir le cercle , cl c'est ici qu'elle montre à Ja fois sa sagesse et sa sollicitude : elle ne dé- Iniitpas; elle règle. G*est en multipliant les féiici*tes de Tamour qu'elle met des bornes à son égolsme* Ces deux êtres qui s'isolaient de la société, qui voulaient vivre seuls et ne vivre que pour eux, nous les voyons tout à coup reparaître aa milieu d'un groupe de petits enfants; ils s^avanceul le front rayonnant d'une double joie, et comme entraînés par ces liens nouveaux qui les rattachent au monde. Vous les plaignei de la pertb de quelques moments d'ivresse , et vous ne voyez pas les délices qui les attendent. £t qui donc sur

la terre éprouva jamais des jouissances aussi pures • et aussi nombreuses t Attachée à son mari par tous 1 les soins de la tendresse, à ses enfants par tous les f

devoirs Uc l'amour, la Icuune ^recueille dans son ^

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seio les ftas douces afifeoliws delà nature. L'esprit

\ et le cœur sont chez elle dans une ^continuelle ac> \ tivité ; elle vit en lui, elle vît en eux , dans le pré- I sent, dans le passé, dans TaTenir , et des Toluptés ' infinies sont le prix de ses tendresses inépuisables. S'isoler est une des premières phases de l'amour, mais non l'amour lui-même : l'amour ne rétrécit pas le cœur, il le dilate et le rend capable de vainere.le néant. Ingrats que nous sommes! nous nous plaignons de voir sitôt disparaître ces temps de solitude et d'égoïsme , et nous ne sentons pas que la famille et la société seraient perdues si un tel enchantement pouvait durer toujours. £n cessant d'être social , l'homme cesserait d'être puissant : l'amour, qui l'élève au ciel, lui ferait perdre jusqu'à son empire terrestre !

Heureusement la nature est plus grande que nos désirs, et plus généreuse que nos volontés.

En effet l'homme soupire et languit aux pieds de sa maîtresse ; mais, à côté de sa compagne, au milieu de ses enfants , il jouit de la plénitude de son être. Soutien de sa race, protecteur de sa jeune famille, tout ce qu'il y a en lui d'actif, de noble, de fort ^ de généreux , se trouve excité et mis à l'œuvre. Et cependant il n'a rien perdu de son amour ; seulement, comme sa compagne , il le répand sur un plus grand nombre d'objets* Toutes ces petites mains qui le caressent, tous ces visages riants qui l'environnent, lui rappellent celle qu'il

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aime ; il la reconnatt dans le sourire de ses en« fants, et la bénildans leur innocence. Ah ! les grâces de la jeune vierge n'ont jamais excité de plus doux transports que les vertus de la mère de famille ! L'amour, c'est du bonheur pour ce monde et pour l'éternité !

Aimez , et yes désirs seront remplis ; aimez , et vous serez hegreux; aimez, et toutes les puissances de la terre ramperont à vos pieds ! L'amour est une flamme qui brûle dans le cieK et dont les doux reflets rayonnent jusqu'à nous ! Deux mondes lui sont ouverts ; deux vies lui sont données : c'est par Tamour que nous doublons notre être ; c'est par l'amour que nous touchons à Dieu !

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