CHAPITRE XYI
DE L'iUIOVR MATBRnL* LOI PSTSIQUB BT MOKâliB BB IiA BATUBE.
lia fin qui lui faisait aimer Ja gloin était la joie qu*il voyait (|ue sa mère en recevait.
(Plvtarqce, Vie de Goriolao.)
C'est ici que ta vois pieuse et solennelle Nous expliqnait nn Dieu que nous sentions ea elle, fit sous montrant F^pi dans son germe enfermé, La grappe distillant son breuvage embaumé, Nous enseignait la foi par la reconnafssaneet Et faisait admirer â notre simple enfanee Comment l'astre et l'insecte invisible i nos jeux , Ataieni ainsi que nous leur pére dans les cieux.
Tons nos attachements terrestres sont inspires par le plaisir ; Famour maternel seul naît au sein de la sauffrance. « Figurez-vous , dit Pltftarqoe , les sensations de la femme aux premiers jours du monde , lorsqu'après les douleurs de renfantement elle TÎt son nouveau-né sur la terre , souillé de
DE l'amour MAï£ENEI.. 113
sang , et pins semblable à un animal écorché qu'à une créature vivante. Sans doute elle dut le re- \ garder comme un mal dont la nature venait de la | délivrer ; aucun charme visible ne l'attirait vers ' lui, son cœur n'était ému, ni par l'attrait des for- j mes , ni par la 'douceur de la voix , et cependant i encore tout échautlée de ses souffrances, toute \ tremblante de l'angoisse de son travail , elle le \ lave , le caresse, le prend dans ses bras, l^nve- | ioppe dans ses vêtements , et rapproche de son sein , l la nuit, le jour, recommençant sans cesse un labeur qui ne la fatigue jamais ; et , en échange de tant de sacrifices , ne recueillant que des pleurs et des gémissements ! »
£h bien! cette force plus puissante que la douleur et le dégoût , cette force dont Plntarque s'è* tonne avec raison , n'est qu'un sentiinciil animal : la tendresse de la ébatte pour ses petits j un instinct aveugle qui appartient à la plante, à Finseete, au * quadrupède, aux oiseaux comme à la femme ; loi immuable de la nature , loi de conservation , et voilà tout.
C'est elle qui prépare dans la plante le lait qui nourrît la graine, ie duvet qui la réchauffe, les gousses et les cloisons qui 1 abrileuL ; c'est elle encore qui la pourvoit de crochets , de voiles , de coques, d'ailes, d'aigrettes, suivant qu'elle veut envoyer des colonies sur les montagnes, ou livrer ses flottes végétales au cours paisible d'un ruisseau. 2. 10
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Dans les êtres plus parfaits, cette force intelligente s'associe aux passions, double leur puissance, et les élève jusqu'à l'industrie. L'oiseau tresse soa nid avant de savoir qa'il va produire quelque chose dont il devra prendre soin; il Tenvironne d'un du* vet délicat avant de connaître la délicatesse de sa couvée : il couve, c'est-à-dire que l'être le plus actif reste immobile pendant plusieurs semaines sur une coque froide et insensible avant de savoir qu'elle renferme des êtres semblables à lui Enfin les petits étant éclos, il apporte leur nourriture, il écarte leurs ennemis, il chante, il s'inquiète, il se réjouit, il se désespère, et tous ces travaux pénibles on joyeux doivent rester sans récompense , aucune tendresse filiale ne répondra jamais à ces tendresses maternelles. Un jour les petits essaieront leurs ailes ; un autre jour ils prendront leur volée et disparaîtront dans les plaines de l'air* Les animaux n'ont point de famille : ils ne sont véri* tabiement ni père, ni mère, ni parent ; ils sont les ouvriers de la nature.
Ainsi, quoique les ctrcs organisés naissent faibles et ineptes, quoiqu'ils naissent environnés d'ennemis, et pour ainsi dire sur un champ de bs-
1 Deux moineaux , le mâle et la femelle , venus aa monde par la chaleur artificielle d'un four et séparés dèi leur naissance de tous les individus de leur espèce , font leur nid et couvent leurs œufs comme s'ils avaient reçu rinstruction de leurs pai eau.
tiille^ ils naissent en sûretés L'amoor maternel les
couvre de ses prévoyances et de ses dévouements. Sentinelle vigilante, il veille anprès de chaque berceau , non à la conservation d'un être isolé , d'un quadrupède, d'un oiseau, d'une mouche, ou même d'nn enfant, mais à l'accompUssement de cette grande loi de la nature qui veut que tout meure et que rien ne périsse, que tout naisse et que rien ne soit immortel. Quels que soient donc les besoins de tous les êtres, leur férocité et leurs ravages , quelles que soieut les exigences de la mort , l'amnur materacl reste vainqueur sur le globe, qu'il renouvelle. Par lui , toute plante se résume dans sa graine, font insecte dans son œuf, tout animal dans ses petits : il est à la fois la source de la vie et la limite de la destruction.
Un fait digne de remarque, c'est que Tamour maternel lui-même ne dure dans chaque animal que le temps nécessaire à la conservation de Tespèce ; des que les petits n'ont plus besoin de leurs mères, leurs mères les abandonnent. Ce sentiment si tort, si tendre, si caressant, si sublime, qui fut la source de tant de sacrifices et de privations, s'éteint tout i conp dans P indifférence la plus complète* Le matin , cette mère aurait livré des combats furieox pour défendre sa géniture que le soir elle ne connaît plus. Et cet abandon qni n'éveille aucun regret, qui ne laisse aucun souvenir, s'opère au moment où de longues habitudes^ où la reconnais*
lie Bft l'amode MAamiftt.
saoce, sembiaieoi devoir le rendre impossible. Quand on songe qne Tbarmonie dn globe tient à
cette double loi d'amour et d'iiuliiTérence, on s'étonne de ne la voir signaler nulle part. Imaginei senlement quelle puissance nouvelle Taffection permanente des animaux introduirait sur la terre; quelle f6ree ajontée à leur instinct extern^inatenr. Qu'un cri de guerre se fasse entendre, et vingt gé* aérations vont surgir autour d'une seule lamiUe, les familles seront des années, et tontes ces armées ne travailleront qu'à détruire. Pour empêcher ces destructions , pour établir l'équilibre de la vie et de la mort, il suffit de l'indifférence avec une seule exception. Cette exception , c'est au cœur de la femme qu'elle repose : là seulement l'aipour maternel est un sentiment durable , parce qu'il est moral ; il participe de l'infini, qui donne des ailes i notre âme, et c'est ainsi qu'il enfante la famille, lés nations et le genre humain !
Le véritable amour maternel, l'amour humain, commence donc où ûnit Tinstinct animal. Certes, notre projet n'est pas de rabaisser les soins matériels donnés à l'enfance ; mais il faut bien que les femmes le sachent ; et comment le sauront-elles si personne n'ose le leur dire ? elles ne seront mères suivant la loi morale de la nature que lorsqu'elles . travailleront à développer l'âme de leurs enfants. Leur mission sur la terre n'est pas de procréer un bipède intelligent ; c^est un homme complet que le
le
DE l'aHOCR MAT£iiN£L.
monde leur demande , nn homme dont toutes les
passions participent du beau et de l'infini, qui I
saehe choisir sa compagne, inspirer ses enfants, et \ s'il le faut, mourir pour la vertu. Il y a donc pour \ la femme un double devoir , comme il y a pour \ lliomme une double naissance : naître à la vie, ce 1 n'est rien que naître au plaisir et à la douleur; | naître à l'amour de Dieu et des hommes , c'est là | ▼érilablement naître , et cette seconde naissance , \ notre mère nous la doit si elle veut jouir d'un autre bonheur que de nous voir respirer et digérer , de ce bonheur que Shakspearc exprime si bien lorsqu'il lait dire à la mère de Coriolan : u J'éprouvai w moins de joie à sa naissance que le jour où Je lui » vis faire une action d'homme ! )>