DES FEMMES
qiie»daii5 le mariage seul, les femmes sooit appelées •
à exercer leur puissance intellectuelle et morale. Puissance de la femme sur le mari^ puissance de
la mère sur l'enfant : la société eurupéeuue eu est sortie tout entière l
Aacommencement da monde , Dieo ne créa'qn'nn homme et qu'une femme ; et depuis cette époque, les deux sexes arrivent en nombre égal sur la terre. Ainsi chaque homme doit avoir sa compagne ; c'est la loi de la nature, tout le reste n'est que barbarie et corruption. Pour vous convaincre que c'est la loi de la nature, laissez-*¥0us encbanter par le plus doux des spectacles ! Voyez ces deux jeunes amants l toachés des mêmes transports^ ils n'ont plus qu'une pensée, celle de vivre et de mourir ensemble. Tout ce qu'il y a de divin sur la terre les anime et les enflamme. Ne sentez-vous pas que ce soni les deux moiliês du même être qui se retrouvent? et ne voyezvous pas comment, à mesure que l'ftme se reconiplète, ses sentiments s'agrandissent et ses juies se purifient? Ob 1 que les vertus paraissent faciles à Tanioor ! qui sait aimer est fort, qui sait aimer est juste, qui sait aimer est cbaste, qui sait aimer peut tout entreprendre et tout souffrir. L'âme des vrais amants est comme un temple saint, Ott l'encens brUie sans cesse, où toutes les voht parlent de
I^îeu, où toutes les espérances sont d'immortalité!
Dans sa bonté paternelle, le Créateur a placé au
62 DE l'iNFLVENCI dis FBflMSS.
« plas bel âge de la vie, pour les enfants de la terre^
le bonheur tout près de la vertu.
N'est-ce donc pas une ohose merveilleuse, que la femme qui manque de force pour résister à celui qu'elle aime, puisse trouver dans son âme si faible, toute l'énergie^ tout FhércAsme nécessaire pour loi sacrifier sa vie !
G^t que la femme est faite pour aimer, et que dans ses faiblesses comme dans ses sacrifices c'est tfMajours ramoar qui triomphe*
Loin donc d'irUcrdire l'amour à la jeunesse, je voudrais l'élever pour ce sentiment; j'en ferais le but et la récompense de la vertu : mes élèves sauraient que les seules qualités de Tâme peuvent nous rendre dignes d'aimer et d'être aimés ; que l'amour n'est qu'une tendance vers le beau, que ses rêves ne sont qu'une révélation de l'infini, qu'en s'attaehant
à des perfections trop souvent idéales, Tàme nous avertit des seuls objets qu'elle puisse éternellement aimer; enfin , que ce sont toujours les beautés morales qui nous émeuvent, même dans la beauté pbysi* que ; et pour appuyer cette pensée, je montrerais les physionomies les plus communes devenant d'urie beauté divine, sous Tinspiration d'un sentiment généreux, et les physionomies les plus parfaites se dégradant sous l'impression d'une passion basse et malfaisante, et j'en conclurais, sur tout pour les femmes, que la véritable coquetterie doit parer l'âme avant le corps, parce que d'est Tàme qui perfectionne tout.
CJOAPIIKE YI.
SUITE DU xilIE SUJET.
QCB LES FEMUEft OHT ADOUCI HOTKB BARBARIE EB
DEYENAST KOS COIIPAGRES.
Une femme, pour mU^ mg9 tU m mœurs , ne doit pas igoorer ce ^ue c*e$t que ]a fagcMe; et pour qu'elle imite le pureté des anges, si faut-il gue les peotte ne restent pas enfoncées dans J« mttiàr».
(F. DB Grenaille^ THonette Fille,
Voalez-Yous connaître la situation politique et fliorale d'oii peuple, demandez quelle place y occupent les femmes? Des douceurs de Tamour conjugal à rabrutissement du faarem, il y a toute la distance de la civilisation à la barbarie. De la société sous Louis XIY à la société sous Louis XV il yatOQte la distance de mademoiselle de La Vallière à madame Dubarry. 11 serait possible, sans doute, de citer des époques morales, supérieures à celles de Louis XIV. Mais quel fruit en pourrions-nous
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tirer? Elles se trouvent hors de notre atteinte; à
Sparte, où les femmes formaient des héros, parce qu'elles étaient citoyennes; à Rome, où on élevait des temples à la sainteté du mariage^ et où la pudeur violée, dans une femme, fut un événement si prodigieux qu'il changea la face de Tempirel
L'influence des femmes embrasse la vie entière. Une maîtresse, une épouse, une mère, trois mots magiques qui renferment touLes les félicités humaines i C'est le règne de la beauté, de la coquetterie, de l'amour et de la raison; c'est toujours un règne. L'homme se consulte avec sa femme, il obéit à sa mère, il lui obéit longtemps après qu'elle a cessé de vivre, et les pensées qu'il en reçoit deviennent des principes souvent plus forts que ses passions.
Il y a peu de jours, en visitant le cimetière du
Mont-Parnasse, je remarquai cette épitaphe vraiment touchante : n Dors en paix, ô ma mère ! ton îi fils t'obéîra toujours! » Qae d'émotion, que d'amour, dans cette ligne si simple, et comme elle fait honorer le souvenir de la femme vraiment supérieure qui rinspira !
Sur le sein maternel repose l'esprit des peuples, leurs mœurs, leurs préjugés, leurs vertus, en ' d'autres termes, la civilisation du genre humain!
On convient de la réalité du pouvoir, mais on objecte qu'il ne s'exerce que dans la famille, comme si l'ensemble des familles n'était pas la nation ! St
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ne voyez-vaus pas que les pensées dooi les femmes s'ocenpenl au coin de leur foyer, rhomme les porte sur la place publique ! C'est Jà qu'il réalise par la foice ce qui lai fut inspiré par les caresses, ou in* siané par la soumission. Vous vouiez borner les femmes aa gouvernement matériel de leur maison, vuus ne les instruisez que pour cela, cL vous ne songez pas que c'est de la maison de chaque ci* loyen que sortent les erreurs et les préjugés qui gouvernent le monde !
n est une autre influence moins dtfrable, mais plus violente , à laquelle persoiinc ne peut échapper. C'est à répoque de l'adolescence , lorsque la vie nous apparaît comme une suite de fêtes , dont les perspectives se prolongent dans le ciel ; alors s'opère tout à coup cette révolution qui change les destinées de l'homme* Une image céleste vient se fondre dans toutes ses pensées , elle l'inquiète et le charme en même temps. L'ami du premier choix, la tendresse dont sa mère l'environne , ne lui suffisent plus ; il veut une affection plus intime et plus exclusive ; la moitié de lui-même ; la compagne que Dieu a créé pour lui, l'ange (pi'il doit aimer uniquement, éternellement ) il veut le bonheur des âus. Cette moitié de lui-même, il la découvre enfin! et voilà que tous ses désirs se concentrent dans ce seul objet. Hier encore , sa volonté était de fer , aujourd'hui , il n'a plus ni caprice , ni volonté;
quelque chose d'héroïque s'éveille dans soq cœur
66 m ju'iKri.u£ifC£
à côté de Tamour , et la vie ne lui est chère que parce qu'il peut la donner. Voulez-vous voir Tenchanteresse qui produit tous ces ravages? tournez 1^8 yeux : c'est cette jeune fille dout regard ex* prime rinnocence ! Surprise du sentiment qu'elle inspire, interdite^ et pensive , elle incline son front et rouffft ; mW , en rougissant, elle observe sa conquête et renciiaine* Et qui donc lui a révélé un secret que son amant voudrait cacher au monde entier? Qui? son amant lui-même : ce silence, ce respect, cette soumission, cette adoraiion timide qui le retient immobile et tremblant , tout cela est un langage universel; sous les feux du tropique comme sous les glaces du pôle , Tinnocence entend ce langage : elle Teniend sans l'avoir appris y car c'est une loi générale de la nature , qu'à l'heure où la beauté s'accomplit , il faut qu'elle devienne maltresse d'une volonté qui n'est point en elle I
Ainsi , cette jeune fille , qui ne se connaît pas encore , qui, jusqu'à ce jour, n'a su qu'obéir sans réfléchir; à qui Ton n'a rien appris de ce qui se fait dans le monde ; cette jeune iiilc , sans science et sans «périence , devient tout à coup puissante et souveraine. Elle dispose de la vie et de Thon* neur d'un homme que la passion entraîne : die souhaite , et ses souhaits sont exaucés ; elle veut, et soudain elle est obéie. Sa volonté d'eniant donne un héros k la patrie , ou un assassin à la famille , suivant la hauteur de son âme ou l'aveuglement
DES F£MMË$.
de sa pa8$i<m« O femme» f vous régnez , et Thomm^
est votre empire! vous régoez sur tûs fils, vas aaaiits, vos époux! Vainement ils se disent vos màilres , ils ne soat hommes qae lorsque vous avez empiété leor existence ; vainement ils se vantent
(Je leur supériorité; leur gloire et leur houte vicnoeol de vous , cela se voit partout, dans la fable comme dans Thistoire I dans le palais de €ireé 5 où les guerriers se cbdtigent en pourceaux , et dans le palais de Médicis , où les bomines àèvîennent dea i>éles féroces !
En pariant d'une action généreuse , un homme
généreux, Byron , déclare qu'il ne saurait Tentreprendre : ses amis le pressent, il les repousse; pois , une réflexion le frappe ; il 8*arréte , il s'é« crie : » £h bien , si eût été ici , elle me Teùt » Ml entreprendre ! » Toilà une femme qui , au milieu de toutes ses séductions et de tous ses charmes, a toujours poussé un homme vers la gloire et vers la vertu 9 elle eût été mon génie tutélaire ' !
Si donc il est un fait incontestable , c'est Tin** ilaence des femmes, influence de la vie entière, qu^elles exercent par la piété filiale , la volupté et l'amour. Après cela , on se demande par quel in^ concevable oubli on a pu négliger un moteur aussi
Il s*agUsait de défendre à la Chambre des Pairs une pétitioii des prisonniers pour dettes (.Voyez les Mémoi-
»Wrie%o/i^t. II,p. 230.)
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universel; comment les moralistes, au lieu d'appeler à leur aide la plus douce et la plus énergique des puissances , ont travaillé à l'affaiblir ; et comment les législateurs de toutes les époques se sont ligués pour nous la rendre funeste ! car on ne saurait trop le remarquer , tout le mal que les femmes nous ont fait vienide nous , et tout le bien qu'elles . nous font vient d'elles. C'est maigre nos éducations stupides qu'elles ont dé!s pensées , une intelligence, une àme; c'est malgré nos préjugésbarbares qu'elles sont aujourd'hui la gloire de r£urope et les compagnes de notre vie. Dans des temps qui ne sont pas encore très éloignés , de graves docteurs leur refusaient une âme ; mais , comme si la Providence avait pris soin de venger un tel outrage, alors vivait au Louvre cette isabeau qui. livra la France à un roi d'Angleterre ; et, dans une pauvre cabane , aux confins de la Lorraine , cette Jeaunci d'Arc qui sauva sa patrie , battit les Anglais , et mourut de la mort des martyrs , après avoir vécu de la vie des héros.
Ce que nous avons fait pour abaisser les femmes, ce qu'elles ont fait pour nous civiliser , offire peut^ être le spectacle le plus moral et le plus dramatique de notre histoire. Il fut un temps où leur beauté luttait seule contre la barbarie. Enfermées dans des châteaux à tourelles comme des prisonnières , elles y civilisent les guerriers qui mépri* sent leur faiblesse , mais qui adorent leurs charmes.
Accusées d'iguoraiice et privées dlûslruction , avilies par les préjugés et déifiées par rameur, faihles, timides, ne voyant autour d'elles que du fer et des soldais, elles adoptèrent les passions de leurs tyrans; mais en les adoptant, elles les adoucirent. Les voici qui dirigent les combattants à la défense dn bible. La chevalerie devient protectrice , elle redresse les torts , et prépare ainsi le règne de la loi. Enfin , après avoir combattu pour conquérir des royaumes , elle s'humanise jusqu'à combattre • pour la beauté des dames ^ et la civilisation commence par la galanterie. Une grande révolution s'accomplissait en France le jour où un noble che-- ?a1ier faisait retirer ses troupes , en apprenant que le château dont il allait commencer le siège était devenu Tasile de la femme de son ennemi ^ et que celle femme allait bieulot y devenir mère !
Un peu plus tard, quelques éléments des sciences sctaiit fait jour à travers les ténèbres de l'école qui couvraient le monde, tous les yeux en furent éblouis, et c'est alors que la destinée des femmes fatdignede pitié. Tant que les hommes ne s'étaient cms supérieurs que par la force du corps et l'énergie du courage, ils avaient cédé à l'ascendant de la faiblesse et de la beauté; mais à peine se furentils barbouillé le cerveau d'une vai nc science, que Torgneil les saisit, et peu s'en fallut que les femmes ne perdissent leur empire. Le siècle le plus malheureux pour elles fut le siècle des clercs et des doc-
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leurs : là s'éveillent toutes ces questions impertinentes sar Ift prééminence des hommes et snr rinférioritédes femmes. On trace ralphabet de leurs malices , et l'histoire de leurs imperfections ; on va jusqu'à mettre ea doute l'existence de leur âme, et les théologiens eux-mêmes, dans le trouble qui les agite , semblent oublier un moment que Jésus- Christ tenait à rhumanité par sa mère !
Ces discours eurent ce résultat déplorable, que l'abrutissement des femmes devint ua système de morale, comme l'abrutissement des peuples était un système de politique. Nos pères confondirent longtemps l'ignorance avec l'innocence ! et de là vinrent tous leurs maux : on voulait les femmes niaises dans l'intérêt des maris, et les peuples ignorants dans rintérét du pouvoir. Les femmes, ainsi assimilées au peuple, ne reçurent, comme le peuple, aucune espèce d'instruction. Tout fut contre elles, la science, la législation et la théologie; la théologie, qu'on prenait alors pour la religion, et qui ne leur montrait la vertu que sous les coups de la discipline, et dans les austérités de la pénitence. Voilà comment nos pères entendaient la sa- ' gesse de leurs femmes. C'est en les privant de leur âme, c'est en les liyrant à ces petites pratiques sans morale qui bébétent les esprits, qu'ils espéraient les conserver pures et sans tache. Que les femmes aient conservé assez d'intelligence pour répondre dignement aux prévisions de leurs maris,
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c'est ce qu'on peut voir dans les Contesàe Louis XI, de jBoccace, de la reine de Navarre et de Bonaven* tore Desperiers : là se Souvent tous le» bénéfice» de l'ignorance dont les Sèrées de Bouchet, Pantagruel , et le Moyen de parvenir oomplètent le go* thique tableau ; livres joyeux dont on ne parle anjourd'hui qu'à l'oreille, mais qui étaient alors des livres de boime compagnie, cités dans les châteaux par les dames, cités dans les sermons par des moines qui brûlaient Étienne Dolet , coupable d'avoir traduit Platon, et faisaient égorger Ramus, convaincu d'avoir pensé contre l'avis d'Aristote. Que le peuple, de son côté, ait fait retomber sur ses tyrans le poids de ses préjugés et de son ignorance, c'est ce qui est écrit en lettres de sang à chaque page de notre histoire : le massacre des Albigeois, le massacre des Armagnacs, le massacre de la Saint-Bartbélemy, œuvre imposée au fanatisme et à la superstition. L'ignorance croit tout, la superstition ne raisonne pas, le fanatisme se prosterne, puis il se relève en disant : Qui dois-je frapper? Malheur donc aux rois qui fondent leur puissance sur l'abrutissement de leurs sujets 1 ces rois, ils peuvent demaiuler des crimes, ils peuvent demander du sang, mais à la condition de ne jamais s'arrêter ni dans le crime, ni dans le sang; il faut que les tempêtes marchent ! Alors, plus le peuple est ignorant, plus il se plaît dans ses férocités} aucune raison ne l'arrête, aucune intelli-*
73 DE L'iNFtUfilfCfi DSS FEMMES*
gence ne l'éclairé, aueiin respect ne le retient; c'est un instrument qui tue , et qui, de cadavre eu cadavre, arrive jusqu'à la main. qui le conduit. Voilà comment l'iguorance, qui fait la force des despotes, -tes renverse après les avoir servis. Il
leur arrive comme à ce tyran qui nourrissait ses chevaux de chair humaine , et qui fut dévoré par eux.