CHAPITRE YU
DE L'ËDUCÀTlOn DES FILLES , D'APR:és L'ABBÉ FLEURT
Je ne vols aucnn motif de traiter l^t feromes molas i érieatement ^ue les hommes I de leur dénaturer la vérité sont la , forme d*oii préjugé « le devoir tous Tep^i ^ parence d'nocf lupentitton; elles ont droit , «Q. devoir « ellei ont droit à la vérité, piil^u^ellef sont capables de Tun et de Tiintre.
. ^ (M™^ m RixvsAT, Educ. des Femmes, p. 53.}
'iDae femme soulève le peuple, anne les princes ,
chasse Mazarin de Paris; une autre femme fait tirer le caaon de la Bastille contre le roi i qui ne rentre danssoD palais qu'après avoir vu fuir le grand Condé; ainsi commence le siècle de Louis XI Y. Quelques innées s'écoulent, le jeune prince paraît environné àe cette cour brillante, dont tous les noms appartienneot à l'histoire : au milieu de Téclal des fêtes, ti du fracas de la guerre, le règne des femmes con-
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tinue : les plus grands poètes, les plus grands capitaines, les plus grands ministres, serveat de cortège au grand roi; il occupe TEurope de ses victoires et de ses amours, et l'Europe éblouie pro- i clame son siècle une des quatre glorieuses époques de riiistoirc de l'esprit humain. C'est alors qu'on entendit tout à coup une voix suppliante qui implorait un peu de pitié en faveur des femmes, inaitresses, il est vrai, des destinées du pays , mais dont, au milieu de tant de prodiges, on avait entièrement oublié réducation. Quelle surprise ! et ; quelle misère ! c'était un simple ecclésiastique qni s'accusait d'un grand paradoxe, en avançant u que » les filles doivent apprendre autre chose que le ca« )> téchismc, la couture, chanter, danser, s'habiller, » parler civilement eti)ien faire la révérence, n Et ; quelle était cette instruction nouvelle qui devait • scandaliser le siècle des Sévigné, des Coulange et desLafayette : c'était de savoir lire, écrire et compter; d'entendre assez les affaires pour être en état de prendre conseil, et la médecine pour soigner les malades. Voilà ce que le respectable abbé de Fleury croyait nécessaire d'ajouter au talent de bien faire
la révérence. La poésie, la philosopliie, l'histoire, la morale , tout ce qui peut agrandir la pensée, éclairer la conscience, élever l'âme, les femmcfs ne devaient point y songer, ces choses n'étant pas à leur usage, ou pouvant donner matière à leur vanité» Toutefois, en faisant cette triste concession
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au grand siècle^ Tabbé de f leory âtjautait, connue
frappé d'une lumière soudaine : u On veut que les » femme» ne soient pas capables d'études, comioe n si Jear âme était d^ime autre espèce que celle des j> Iioiiunes 9 comme si elles u avaient pas , aussi 9 Km que nous, nue raÎBoa à conduire, une vo- » loQlé à régler, des passions à combattre, ou s'il • leur éitait plus facile qu'à nous de satislaii^ i ^ lous ces devoirs sans rien apprendre »
A €iMe ¥oix religieuse se joignit bientôt une ▼oix presque divine. Fénélon venait de consacrer les dix premières années de son sacerdoce a Tinitraetion des nouvelles catholiques. U avait lu, dans le œur de ces tendres enlaulâ , tous les secrets d'un autre âge. Il avait appris de leur innocence l'art de diriger leurs passions, et de leur aaiveté l'art de les prévenir. Cette éMide cbarmanle, en lui montrant les femmes dans leur caractère natif, lui avait (ait sentir le besoin de les fortifier parce qu'elles sont faibles, et de les éclairer parce qu'elles sont impuissantes. Ainsi fut composé ^ en présence de la nature , le livre de
VÉéima$wn des Filles , ce chef-d œuvre de dêlî-
eaiesse , de gràoe et de génie , où la vertu est douce comme la bonté, et dont la doctrine simple et jnaterneUe n'est que l'amour de Jésus-Cbrist pour tel peiils enfants, Modèle inimitable parçe qpUil
1 Flcury , Traité du CMm des Éimde» , p. 96S.
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est empreint de l'âme de son aateur , trésor de mérité et de sagesse , le plus beau traité d'éducation pratique qu'on ait donné aux hommes même après le second lim de VÉmile ^ qui en est sorti tout entier.
Dès le prctmier chapitre , Fénélon pose les prin* cipes et marche en avant. Aux enseignements recommandés par l'abbé Fleury , il joint d'an seul trait l'histoire grecque eL roinaine, Thistoire de franco , et les relations des pays éloignés judicieusement écrites. Il va jusqu'à trouver raisonnable l'étude du latin, parce que c'est la langue de l'é* glise et de la prière, portant ainsi la main sur cette doctrine imbécile qui fait adresser à Dieu des supplications que le peuple ne comprend pas. Enfin, il permet la lecture des ouvrages d'éloquence, de littérature et de poésie. Toutes ces choses lui paraissent bonnes parce qu'elles excitent dans l'âme des sentiments vifs et sublimes pour la vertu
Il est vrai que de graves restrictions suivent immédiatemeut des idées si nouvelles. Les principes posés , l'auteur songe à son siècle , et s'arrête : d'à* Lord il jugeait de la destinée des femmes d'après les lois de la nature ; à présent il en juge d'après la place qu'elles occupent dans la société , et ce point de vue fatal devient la limite du bien qu'il voulait faire. Il faut craindre, dit-il, d'engager
1 Fénélon , Éducation de9 fiUes , eh. XU, p. 100.
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les femmes dans les études dont elles panrraient
^'entêter, car elles ne doivent ni gouverner Télat mi lâire la gaerre. Baisonnement spécieiix qni se réfotede lui-même. Les fcaimes , il est vrai , ne doireoi ni gouverner, ni guerroyer , mais si elles gouvernent ceux qui commandent, si elles tiennent à leurs piedsceuxquicombalteat, qu'adviendra-l*il de leur ignorance ou de leors lamières? Voilà la question qu'il fallait examiner , et , sur ce point , ravis de f énélon est tout favorable à notre cause. Nous ne dirons pas que les femmes sont nos mailles, ce mot blesserait la délicatesse française, notre galanterie même n*oserait l'adopter, mais nous dirons , avec le beau génie que nous venons de citer , « Que le bien est impossible sans elles ; qu'elles ruinent ou soutiennent les maisons ; qu'elles règlent tous les détails des choses domestiques, et que , par conséquent, elles décident de ce qui tottcàe le plus près à tout le genre humain I »
L'éducation des femmes , plus importante que celle des hommes, puisque celle des hommes est toQjoars leur ouvrage ! telle est la doctrine de Fé« uélon, tel est le résumé de sou livre.
Ce livre fiit écrit à l'époque de la* plus grande inllucnce des femmes, lorsque, du haut de leur trône romanesque , elles donnaient à la société ces formes polies et gracieuses qui devaient changer Ta&pect de rËurope. Ët , cependant , tel était en<^ €ore le pouvoir des préjugés , qu'en présence de !• 7
la conr la plus galante de Paniverg ^ Fénéloti eol
besoin de justifier son entreprise , non pas seule* ment par des raisons d'intérêt ou d'humanité , mais par ce principe purement théologique : « Que les Il femmes sont la moitié du genre humain, raehe* I» tées du sang de Jésus-Christ , et , comme nous , }) destinées à la vie éternelle, » Pour leur appren*dre autre chose qu'à chanter , danser , et bien faire la révérence, il avaitfallu invoquer les mérites de la rédemption , et les couvrir du sang de lésus^hrisl* Les pensées de Fénélon furent peu comprises de son siècle, et sont trop négligées du nôtre. Poor avoir sauté à pieds joints sur ses doctrines et sur son livre , nous croyons avoir marché en avaaij et toutefois combien de contrées en Europe , combien de villes en France , où les vérités qu'il renferme sont restées inconnues ! Au centre même de la civilisation, les femmes sont-elles ce qu'elles doivent être , et leur éducation ne témoigne-^t^^Ue pas encore aujourd'hui de notre ingratitude et de notre imprévoyance? A voir la manière dont on les élève , ne dirait^on pas que leur bon on leur mauvais vouloir doit rester sans résultat ? 0 femmes ! il est donc vrai , partout les hommes insensés vous condamnent au malheur, à l'abjection ! partout ils vous traitent comme des jouets , vous enferment comme des idoles , vous trafiquent comme une .marchandise I Les peuples les plus polis , loin d^éclaii«T votre raison et d-élever votre âme , met»
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lent leur félicité à voas corrompre ; ih tous apprennent à regarder la parore comme le premier besoin de la vie , et la beauté comme la première des qualités humaines : ils vous réduisent à cette iiedoté fugitive, et pour comble de stupidité, après afoir dépravé vos cœurs , obscurci votre intelU-* gence , éteint votre raisun , ils font reposer leur bonneur sur vos vertus 1
Aussi, quelle indiflférence dans les femmes pour les affaires importantes, et quelle ardeur pour les frivolités ! Leur ftme, sans cesse agitée par les fan* Uisies du jour , se tourne avec passion vers les ehoses de néant : c'est pour ces choses qu'elles se déguisent, se contrefont, se torturent; qu'elles souffrent le froid , le chaud , la faim ; qu'elles dé-^ tmiscnt leur santé ; qu'elles hasardent leur vie. Uélas ! nous donnons a nos filles des habitudes de courtisanes, à nos femmes une instruction d'enfant, pais nous demandons au ciel de la gloire et du bonheur ! Qu'arrive-t-il ? la légèreté d'un sexe influe nécessairement sur les habitudes de l'autre ; les femmes sont futiles pour nous plaire ; il faut que nous devenions frivoles pour les scduire. Notre indifférence politique et morale, Tignorance de nos intérêts et de nos devoirs, l'oubli de la patrie, noi^ petites vanités, nos défauts, nos maux, tout cela , «st Vmîvte des femmes^ Leur caractère est devenu le caractère national; il nous a fallu recevoir d'elles ce qu'elles avaient reçu de nous*
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