AUX LOIS DB8 B0XX
Faites-en Inapplication aux codes politiques et reUgieax qui partagenl le monde , et ils se dépouilleront peu à peu de toutes les barbaries et de toutes les abjections qui les déshonorent*
A eomniencer par les choses les pins simples , voyons quelle part les législateurs nous laissent dans la jouissance de Fean ^ de la lumière , deTair, du feu , de tous les biens naturels qui n'ont point et qui ne peuvent avoir de propriétaires.
D'après les lois dé la nature , Tair , la lumière , Teau, le feu , n'étant le fruit d'aucun travail, appartiennent à tons , nous devons en jouir en com* mun 5 puisqu'ils nous ont été donnes en comuiun; et par suite , nous avons le libre parcours de l'Océan et le libre parcours du globe
Âucun souverain ne peut donc , sans violer la loi de la nature , c'est-à-dire sans se déclarer Tennemi des hommes , enfermer son peuple dans des murailles comme l'empereur de la Chine et les rois de l'ancienne lÉgypte , ou seulement lui défendre de voyager hors de certaines limites comme Tau-
A £t, par exemple , on ne vendra pas le feu en imposant les cheminées ; la lumière et Pair en imposaht les fenêtres. On n^empéchera pas un pauvre paysan de puiser de Veau dans la mer , comme la gabelle le feisait avant la révolution; enfin on supprimera toutes ces douanes élevées par Tintérét stupide des (jouvernements contre la prospérité, Tindustrie et la civilisation des
peuples.
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tocrate de Russie , ou enfin barrer les mers caxnme les Hollandais et les Anglais Font successivement essayé, lorsque, du haut de leurs forteresses ailées, ils ont dît au genre humain ; u L'Océan est
à moi ! »
Bien plus , tout législateur qfui , dans un intérêt
sordide , accapare la propriété ou seulement le monopole d'un bieniaîi de la nature , ne iAt-ce que d'une simple plante, est coupablede lèse^bmnanité. Aussi ceux-là seront comptés au nombre des bienfaiteurs des hommes, qui, au péril de leur We, arrachèrent à l'avarice des Hollandais le calLer et le eannellier pour les donner au monde ^
Et voilà cependant comme les législateurs traitent les nations. Dans le code des rois , ie soleil ne brille pas pour- tons les hommes, Teau ne coule pas pour tout le monde , la terre , si vaste et si variée , ne s'ouvre pas à tous les peuples. On nous (lit : Paie si tu veux que l'air et la lumière pénètrent dans ta maison ; paie si tu veux réchauffer tes genoux à la flamme du foyer domestique ^ ; paie
1 C^esl à Desclieux, à Poivre el à Sonnerai que nous
(levons la libre culture du café et des épiées. Tout le mon (Ife connaît les périls qu'ils coururent, les privations qu^iKs s'imposèrent , pour réussir dans leur généreuse entrfiprise, el nul monimient chez aucun peupl«L n'a encore oonsaeré m si t^eau souvenir. Nous ilevona des statues à ceux qui nous é^ur^entet nousoublions ceni qui fomdu bien.
2 L^impôt sur les cheminées existait encore en France
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pour jeter tes lUets dans ce fleuve qui n'appartieiU à personne ; paie enfin poar recneiUir quelques graios du sel que TOcéau abaodonne sur ses grèves. Il n'7 a pas jusqu'à l'usage innocent de certaines plantes qui ne soit entravé par le fisc. Cette feuille doul la fumée efiace le souci et rend le travail fa*cile ^ que la nature niultipUe partout sous la main du pauvre comme un soulagement à ses fatigues , cette feuille , la joie du soldat , du matelot, de l'on«vrier et de l'esclave , notre finance lui demande chaque année quatre-vingts millions , tant la minière paie bien , tant les législateurs sont habiles i nous vendre les plaisirs que la nature nous donne.
On ne manquera pas d'objecter qu'il fant des impôts aux gouvernements : c'est une nécessité sans doute; mais ne pourrait-on pas donner aux peuples des gouvernements un peu moins chers? jbi d'ailleurs ces gouvernements méritent-ils qu'on les paie, lorsqu'ils nous retranchent jusqu'à la jouissance des éléments de la nature. 11 y a quelque chose de grave dans la perte dn plus petit bien
naturel ; c'est un mal physique qui entraîne toujours un mal moral ^ et ce mal est si pénétrant qa'dn recule d'épouvante lorsqu'on veut en mesurer la profondeur. Que l'empereur de la Chine,
il y a peu d'années , et il existe toujours en Angleterre* Avant la révolution, lesseigneurs avaient seuls le droit de ne servir du feu pour faire cuire le pain de chaque paroiii«e. Le four banal faisait partie de leur revenu.
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par exemple , isole son peuple de tous les autres peuples; on imagioa qu'il ^s^ii tout au plus de la perte de la plus minime des libertés, du droit de parcourir le gloi)e, droit dont les masses ne profitent guère : la prison est vaste ; c'est un empire , c'est un monde riche à la lois de tous les trésors de la nature et de toutes les sciences de l'Ég} pte. £h bien , cette loi à qui vous altribuez si peu de puissance , a suffi poiur avilir le peuple Je plus industrieux et peutr être le plus intelligent du globe. Entrez dans l'école d'un lettré chinois enorgueilli de son savoir de quatre mille ans; U vous dira que la.tem est une surface plate et carrée dont la Chine occupe le milieu ; que le soleil ne se lève que sur cette partie du monde , et que les autres peuples , abandonnés du ciel , errent çà et 14 aux bords des abymes , sans intelligence , et presque sans lumière, comme on représente Jes .Esquimaux sur les rives désolées de l'Océan. Ainsi le globe est carré , la terre est plate, l'empire du milieu compose seul l'univers , et le soleil ne brille que pour les Chinois : voilà le fruit de la loi qui les sépare du genre humain.
Et ne croyez pas que cette abjection ne réagisse
que sur leur intelligence; elle réagit sur leur mora- .lité, elle les précipite dans l'ignorance du Créateur^ le plus grand mal qui soit sur la terre. Un peuple qui ne connaît rien du monde qu'il habite , rien des peuples qui l'enviromient, ne peut se faire une
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idée juste ni des lois générales de la natim, ni des bienfaiU de la Providence, ni de la gloire de Dieu» En se retranchant du genre humain , il s'esl re-
tranché de la vérité ' !
On peat juger , par cet exemple , de riniluenoe qu'exercerait sur ta civilisation et le bonheur du globe la plus simple application des lois de la nature. Que les législateurs daignent les prendre pour guides, et tous les crimes érigés Cii principes, toutes les idolâtries érigées en religion , Tinfantîeide, le concubinage, la polygamie , la mutilation, l'esclavage , ces lèpres de l'Orient ; les castes , les privilèges , les servages ^ les vasselages, le célibat des prêtres ,Jes réclusions monastiques, les suicides religieux , ces vices , ces dégradations de TEurope civilisée ; la peine de mort, ce fratricide qu'aucune loi , aucune convention humaine ne peut légitimer; la guerre enOn , le plus grand des for^ faits, et le seul , qui, avec la peine de mort , règne encore sur tout le globe , tous ces crimes juridi^
ques, tous ces assassinats glorieux ou législatifs, vont s'évanouir devant la loi de la nature , comme
' Il y a en Chme, commeily avait autrefois en Egypte , deux seieaees : ceUedn peuple et celle des lettrés. <ks demim ont encore une science fort étroite et fort
obscure; leurs idées 8iir la géofp'apbic du globe tout prolKiljlfiiieiiL un |>lui» larges ; mais ils ne les coiuinuoiqueiit pas, de crainte d^iuspirer aux Chinois le désir de visiier les antres nations.
170 APPLICATIONS DS8 LOIS DE LA fCATURB, STG.
les ténèbrai det ani le soleiL D^i , en nous rapprochant insLinctivement de cette loi divine , nous aYoas effacé de nos codes Je double serrage de ia lerre et de rhomme. Nos tribnnaux ont perdu le pouvoir d'être cruels, et nos rois le privilège d'être iqjustes. La liberté civile , la liberté des cultes,
la liberté de la pensée, forment, avec l'égalité des droits et Tégalité devant la loi , une législation où la dignité de l'homme est enfin respectée; et ce premier pas dans le chemin de la justice uni- - YerseUe a commencé raffraocbisiemenl de tous les peuples : Texcmple est donné; les droits sont conquis , et r£urope nous contemple l
Si j^étais roi , et que mes regards, se portassent sur la f rance, je la verrais sans frémir ressusciter les armées formidables de Napoléon; mais si je
voyais ses législateurs ouvrir partout des écoles, fonder des colonies , protéger et éclairer les masses , répandre la science , multiplier le bien-être, donner à chaque citoyen le pouvqir de s'élever au rang de son intelligence et de sa vertu , marcher enfin généreusement dans les voies de la justice et de la liberté , oh ! c'est alors que je tremblerais pour les trOnes de l'Europe t Nation redoutable jusque dans ses adversités , elle a jeté ses armes , elle ne veut plus combattre ; mais à mesure qu'elle reprend ses forces , elle se sent digne d'une autre gloire , et la voilà qui met autant d'ardeur à délivrer le monde qu*elle en mettait i le conquérir !