APPLICATIONS DES LOIS DB LA RATURE
saprème de ranifers de te droiture de dos inleih
tiens, nous publions et déclarons soleiinelltment, au nom et de l'autorité du bon peuple de ces colonies, que ces colonies sont et ont droit d*étre des
£tajs usm £T iRDBPBVDANTs ; que tout lien politique entre elles et te Grande-Bretagne est et doit être entièrement rompu, et que, comme États limr t> uiDtnmiÀim , elles ont pleine aatorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, d'établir le commerce, et de faire tous les autres actes que mm "Ètjm zmiiPKiiiAiits ont droit de faire. £t pleins d'une ferme confiance dans la protection divine , nous engageons mutuellement au soutien de celte déclaration, nos vies, nos fortunes et notre honneur, qui nous est sacré ! »
Ce manifeste , nous l'appelons sublime , parce qu'il est fondé sur les droits de Thumanité. Dieu nous a déclaré, par les deux premières lois de notre être , que l'homme n'a sur Thomme d'autre puissance que l'amour. Ainsi nul homme ne sera la propriété d'un autre Iiomme, nul peuple ne sera la propriété d'un autre peuple» Le droit inaliénable, ' imprescriptible de rfaoBuno et des peuples , c'est la liberté.
Telle est la loi de la nature.
Voyons à présent la loi des hommes. Au sort de l'Amérique opposons le sort de la Pologne. C'était aussi une nation frappée de yasselage. Elle invoquait les mêmes principes, elle montrait la même
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vertu! £lle criait à TEiirope : uAceourez^le temps presse , les Barbares sont à nos portes , et nons josourroiis pour la liberté du monde ! »
L'Europe fut sourde à ces cris, et, le 7 septem* bre, tandis qu'un ministre de France prononçait ces atroces paroles ' : » Tout est tranquille dans Yarsovie 1 » la noble nation dormait ensevelie sous les débris de ses remparls !
Morte, comme elle le disait, pour la liberté du monde !
L'histoire dira la lâcheté, non des peuples, mais des rais de TEorope ; car tous les peuples voulaient courir à vous, malheureuse Pologne ! Tous les peuples criaient, et tons les rois gardaient le sileace J
Elle dira comment les Polonais désarmés furent jetés dans les glaces de la Sibérie 1 comment le pays tout entier fut mis hors de la loi I comment des po^ pulatiaus réfugiées dans les temples furent égor* gées sur les autels ! Elle dira que toutes ces choses se passaient, au dix-ncuvièuie siècle, sous la loi de l'Evangile et sous les regards du genre humain I Quant à nous, nous ne signalerons qu'un fait, bien minime sans doute après tant de brigandages, mais caractéristique, et dont la date surtout ne doit pas être oubliée.
Trois mois après le meurtre de la Pologne , on
' Le général Sébastiani.
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lisait dans tous les journaux russes, prussiens, allemands, français :
« En Tertadernlcase impérial dn 9 janifier 18S1 , ont été coniisqnées au profit de l'empereur , dans le gouvernement de Podolie, lO^&t&S âmes appartenant au prince Âdam Czarlorysky , î8o âmes à Elisabeth de Tyrawski , S43 âmes à Isidore Sachnowski , toute la fortune d'Értôme de Dobrowski , et âmes ducomte ThaddéeOstowski, etc«, etc. ^ — Wilna, 31 octobre 1851. » *
On croit lire les légendes barbares du douzième siècle I Ne pouvant plus vendre des hommes conome César, les vainqueurs confisquent des âmescomme Satan : les supplices de la servitude égaleront bien ceoz de Tenfer !
' Certes, la publicité donnée à de parefls actes est un bienfait pour l'humanité. Plus le crime est public, plus rinfamic a de puissance. Il faut que les cris du genre humain avertissent les tyrans qu'ils sont seub, et que les peuples civiUséa-les contemplent !
Etquand on songe que le vasselage et Tilotisme
1 âjdA les princes polonais possédaient des âmes ; les paysans polonais étaient «n état . de servage ; en lisant
ces Irisles clé La ils , on ne s^élpiine plus que la malheureuse Pologne ail succombé. La moitié de son peuple n^avait rien à défendre. Mais que penser du vainqueur? il pouvait rendre la liberté , il aime mieux confisquer des Ames!
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sont encore la politique de l'Europe ; que presque tous les grands peuples tiennent d'autres peuples dans les chaînes ; que riiide et ses sept cent millions d'habitants travaillent sous les ordres de l'Angleterre; que les canons autrichiens sont braqués sur toutes les places publiques de l'Italie j que la Hongrie est humiliée sous le même joug ; que l'Irlande vient seulement d'être replacée dans le droit de Thumanité , et que la Grèce , d'où nous vint la laniière, est encore toute palpitante des vices de sa longue servitude ; ah ! alors le monde civilisé disparaît » et l'on se croit parmi -des hordes de Xartares !
CHÂFITBJB XXyi.
DB hk GUBRHB D»APA)iS LBS IiOlS DB LA NATliaE.
Qu est-ce que la guerre? an métier de barl»* res, où tout Tari consiste à être le plus fortstir
UQ point donné.
(NAPOIijfioN, 1« ▼eillo de la bataille delà JMos-
kowa.)
Et lorsque la civilisation sera arrivée à amener dans toute l'Europe l'abandon des vieuxusagesde la barbarie, la j,^uerre ne sera plus possible, car il n'y aura plus de forces matérielles qui puissent lutter contre les forces morales.
(Odilon-Barrot, Discourt i I« Chambre des D^put^s, séance du 13 avril 1831.) I Ne redoutes pas, messieurs « de suivre ce véritable progrès de Tesprit humain « qui cooSera non pas à des armées commandées par des capitaines plus ou moins habiles, non pas A la force brutale, mais aux nobles combats de l'esprît , aux luttes de l'intelligence, la destinée et la direction des sociétés.
(Berkyer, Discours à la Cbfcmbre des Députés, séance duGjanv.
Il y a deux droits que les siècles tour à tour out vu prévuluir sur la terre : le droit de force et de conquête , droit féroce et barbare que je nievoquerai jamais* droit brutal contre lequel tonte civilisation a été fondée, et se développe; il jen a un autre non moins dominateur, non moios infaillible, mais plus moral et plus divin, c'est celui que le monde reconnaît à son insu, cesl relui qui vous fei .T Lriomplîer sans combat et saoi obstacle, c'est le droit de ci v i 1 liiitiou.
(Lamahtiise, Discouib à la Clianibredes Députés, séauce du 8 janv. 1834,}
Le plus fougueux courtisan du despotisme sacerdotal 9 un homme qui , dans son dédain pour
DE LA GI2£Ra£ u'àJfÊM Là. tOI J»S LÀ M AIDEE. 17 il
l'humanité, ne craignit pas de descendre jusqu'à l'apologie de l'iaquisiiîou et du iMMurreaa , M. de Maistre, a dit : « L'histoire prouve que la guerre est l'état habituel du genre humain , c'est-andire que le sang humain doit couler sans interni|ition sur le globe. » Pour appuyer cette parole etlroya*- Me f l'auteur trace le tableau des guerrea qui ont désolé le monde depuis le déclin de Rome jusqu'à nous. Il saisit les extrémités de cette chaîne sanglante qui traverse les siècles, et dont chaqne anneau est une bataille ; il en fait retomber le sang sur la tétedes hommes, éternellement bourreaux « éternellement ?ictimes; puis, d*une voix qu'il voudrait rendre prophétique, il ose crier au monde : <( Ainsi le sang contera toujours ; c'est la loi de notre être : riiomme doit verser le sang, parce qu'il ne peut être pririfié que par le,san§* » Dans sa démence théologique , M. de Maistre nous déclare que tous ces massacres sont de Dieu ; son génie 7 découvre une punition qui tend à une régénération ; comme si le seul moyen de nous rendre meilleurs était de perpétuer nos forfaits !
Tuez donc, tuez toujours, tuez sans crainte et sans remords; car vous tuez pour qu'on vous pardonne : la guerre, c'est la rédemption I
]Nc dirait-on pas que cet homme a voulu surpasser en quelques lignes toutes les doctrines furibondes de notre siècle ? Nier Dieu, ce n'était rien; mais le faire à l'image du bourreau, voilà qui est
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grand. Nier le crime et la vertu , dire que toutes les acLions sont indifférentes, ce n'était rieii en* core; mais appeler Tbomme au meurtre, inspirer l'enthousiasme du carnage en faisant jaillir la guerre de la volonté de Dieu, voilà qui est beau, moral et catholique. Voyez ! il ne s'agit plus de justifier le crime par l'impiété, mais de le sanctifier par la religion. Oh ! nous parlons bien! notre quence est superbe! notre génie est infaillible! N'est-il pas dit dans^ la Bible que Dieu est le Dieu des armées? Qu'est-ce à dire? La guerre est donc divine. N'est-il pas manifeste que tous les animaux se dévorent? Qu'est-ce à dire? Tuer est donc la loi de lanature • Ainsi l'homme exterminera l'homme sans fin, sans mesure et sans relâche ; il frappera innocemment, parce que Dieu l'ordonne, parce qu'en frappant il se rachète, parce qu'il y a ana^ thème, et que cette malédiction doit s'accomplir jusqu'à la mort de la mort ^
Laissons l'homme possédé du démon insulter à la fois Dieu et les hommes , et tâchons de faire quelques pas hérs* de ce chaos d'impiétés théoiogiques !
Parmi les écrivains qui ont traité de la guerre, quelques uns ont nié le droit, quelques autres l'ont
borné à la défense. L'école ancienne ne voyait dans
' Voyez les Soirées de Saint-Pétersbourg ^ t. II, p. ^4 et suivantes.
les conquérants que les ravageurs du globe; l'école moderne voit dans la guerre le plus puissant irioyen de dvilisatioD. Si nous Toulons la vérité, u'inler^ rogeons ni les philosophes, ni l'histoire : Grotius «i BacoD eu savent moins que la nature; et, quant à l'histoire, quelle folie de vouloir lui donner le poids d'une autorité ? Les faits peuvent témoigner de €e qui fut; mais comment représenteraient-ils éternellement ce qui doit être, sans faire mentir la perfeetihilîté du genre humain I
La perfectibilité est elle-même un fait, et un fait moral qui domine toutes les histoires. Voyez la guerre dans tes phase» diverses de nos civilisations.
D'abord il ne s'agit que d'une proie : tonte mi*sére est cruelle et toute ignorance aveugle : on tue son ennemi pour le- dépouillei* , pour le dévorer; c'est l'état sauvage.
De l'état sauvage à l'état de barbarie, il n'y a .qu'on pas et cependant la guerre veut déjà s'enno* blir. Il ne s'agit plus d'une proie, mais de vengeance» Le monde entier s'arme pour punir le nvisseur d'Hélène : il parle de réparer un tort d'effacer un outrage; il y a progrès !
Viennent ensuite les guerres de conquête et d'ambition : Alexandre ravage l'Asie pour faire prononcer son nom sur la place publique d'Athènes; le pillage et la vengeance sont effacées par la ^ gloire» Le héros ne veut que l'admiration, c'e3t une
graade anid qui s'égare} maïs ia (Mrogrés est immense, et les guerres de remminée bâtent la d.in* ItsaliûQ du globe !
Ces gaet res ambitieuses se perpétuent jusqu'à ravéncment des peuples modernes. Alors commencent les guerres de religion : une pensée nouvelle s'est fait jour au cœur de tous les peuples. On ne parle plus de la gloire de rhonmie, mais de la gloire de Dieu. Les vains trésiMrs de la terre font place aux trésors de réternité : on se bal pour le aalut des âmes, on se bat pour arracher ses ennemis aux supplices de Tenfer et leur ouvrir les portes du j&iel. £rreur sublime jetée par le christia* nisme au milieu de la foule barbare ! première apparition du sentiment du beau et de Tinifini dam les peuples et dans les armées I L'Europe se déma* tcrialise; elle obéit en masse à une pensée qu'elle croit morale. A travers les ténèbres qui l'enviroiinent, elle eourt à la mort pour faire triompher la vérité. Et pendant que les âmes ré vent le martyre, saint Louis établit ce principe généreux, que la guerre entre chrétiens est un fratricide. Le monde étonné le croit sans le comprendre; tontes tes ^^uerres européennes cessent, et la barbarie de l'Occident, empreinte de cette pensée nouveile, se heurte pendant plusieurs siècles contre la barbarie de l'Orient.
£nfin les guerres politiques, les guerres d'i^*
franchisseuicat et de liberté succèdeul aux guerres
d'après la loi j)£ la. IfATCaS. Iffif
religieuses. C'est la période où nous sommes; elle doit se terminer par les guerres de défense, qui seroot seoles possibles dès que TEurepe, secouant ses chaînes, aura rccoostitué ses peuples dans VÈ^ vtngile et la liberté.
Mais il ne suffit pas de caractériser la guerre par la passion de chaque époque, il faut encore la caractériser par les hommes qui ont représenté ces passions* Passons d'Achille à Alexandre , de César i Baonaparte* Ces quatre hommes unia-^
sent, par la gloire des armes, les temps anciens et les temps modernes^ ils sont chacun Texpresaton de leur siècle, et ils en constatent les progrès» Des sacrifices humains sur le tombeau de Patrocle; deux mille Tyriens mia en erok sur les bords de la mer dans le calme de la victoire; des populations entières passées au fii de Tépée, ou vendue» à Tenean sur la place publique comme an tiI bétail : tels sont les spectacles que nous offrent tour à tour Achille, Alexandre et César* Suivons i présent Buonaparte de Rome à Vienne, de Ikrliu à Moscow. Quel changement au milieu de ce&bou«« chéries glorieuses î On pleure un ami, on n'égorge plus des hommes sur sa tombe; on se bat, on n'assassine plus des guerriers sans dtfense; on prend une ville enfin , et l'on ne vend plus des esclaves. £i qui donc empêchait Buonaparte» maitre du monde, de se couronner des lauriers d'Acbille^ d'Alexandre et de César i La voix du genre humain •
184 DE LA GUSEBK
La guerre qu'Henri lY Toolait eatrepreudre pour fonder la paix universelle de l'Europe est pait^tre le plus noble sentiment qui ait jamais élargi le cœur d'un roi; et c'est aussi la plus belle page de l'histoire universelle. Sans doute il se trompait, le grand roi ! mais en se trompant il méritait encore la reconnaissance du monde civilisé. Personne i cette époque ne pouvait lui apprendre que cette noble pensée , pour réussir, ne doit pas venir du roi , mais du peuple ! La paix n'est pas l'étincelle qui jaillit du choc des armes; elle est le lambeau qui s'allume au foyer de la civilisation.
Tel sera le sort de la guerre sur le globe. Et nous ne demandons qu'une chose, c'est qu'on juge la vérité de l'avenir par la vérité du passé. La guerre n'est qu'un état transitoire des peuples; à mesure que nous avançons, ses prétextes chan* gent et ses justifications se moralisent. Or , sur cette route de perfectibilité, il n'y a de dénouement que la paix , puisqu'il n-y a que la paix qui soit humaine et raisonnable.
A ces faits si puissants, on ne manquera pasd'op* poser la loi terrible de la nature; loi de reproduction par la destruction, loi qui nous condamne i la mort, le jour même où elle nous appelle à la vie. En effet, la gucgrre est en oous et autour de nous z totis les animaux reçoivent en naissant des armes pour combattre , tous arrivent sur la terre
d'après la loi m la iiAfuas. 18S
comme sur un champ de bataille qu'ils doivent arroser de leur saog. £t dans cette affreuse mêlée, l'homme apparaît avec la foudre, appelant Tintel'ligence au secours de sa férocité, tournant contre lui-même tous les bienfaits de la nature, et se gloriûanl de ses carnages.
Ne dirait-ou pas que tuer c-èst accomplir la loi if Oui, si Fbomme n'est qu'une béte féroce, le sang de Thomme coulera éternellement : voilà bien la loi des bêtes féroces, et il faut que la loi s'accom* plisse !
Mais qui donc arrête dans l'homme son accomplissement? pourquoi tous les hommes, comme tous les tigres, ne courent-ils pas sur leur proie? pourquoi cette horreur du sang, ces cris de la conscience, ces malédictions contre les fureurs de la conquête? pourquoi la pitié et rhumanité ? C'est que la loi de la nature, pour l'homme, est une loi d'amour et non une loi de destruction. Seul sur la terre , Fanimal est condamné à tuer; aussi n'y a-t-il en nous que Tanimal qui tue. A mesure que nos facultés divines se développent , les armes tombent de nos mains. Nous commençons par douter du droit d'égorger nos semblables, et nous finissons par gémir de notre égarement. Ah! si nous étions nés pour ces massacres, Dieu n'eût pas mis en nous la conscience, qui n'y attache que le remords, le sentiment moral, qui les condamne, et la raison , qui les maudit! 11 n'eût pas viviflé 8. 16
186 DE LA fiU£RR£ D^APRIiS LA LOI DE LA NATURE.
râme hnmaine du sentiment do beanetde l'infini,
qiû l'élève au ciel, s'il n'eût voulu voir sur la terre qne des combats de tigtes et les hantes œavresdes bourreaux!
Toutes les facultés qui nous distinguent de la bmte ont borreur dn sang, et tontes ces facultés tendent à l'amour de Dieu et des hommes.
Voilà notre loi! la loi qui doit nn jour anéantir la guerre sur le globe. Elle est humaine , elle est divine; elle est du ciel et de la terre, comme la créature à qui elle fut donnée!