‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 91 sur 116 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

APFEAgIATIOH DB la ElfaPUBLIQUB OB PIiATON PAB LB8 LOn ]>B LA BATUBB.

Les lois de Crète étaient Toriginal de celles de Lacédcmonc, et celles de Platon en étaient la correction.

'* ( Montesquieu, Esprit des Lois ,

liv. IV, ch. VI.)

Ce n'est qae sur les lois de le natore qa*on peut tfuUir celles des sociëUs liamaines.

(Bebharbiit DxSAiHT-PnuinE.)

Après avoir contrôlé à la lumière des lois de la nature les anciennes républiques qui ont gouverné le monde, il ne me reste plus, pour compléter ces études, qu'à soumettre à la même épreuve l'utopie de riaton, la plus célèbre des républiques idéales. Le but de cet examen n'est pas sans importance ; earr il nous apprendra comment le génie invente, et quelles sont les lois les plus parfaites auxquelles il ait souhaité de soumettre les hommes.

La République se compose de deux parties dis-'

194 APFaÉOATlO^ DES LOIS DE PLàTOli

tinctes, que le génie de Piatoa a jetées, comme deux métaux, dans le même moule, et qu'il faut séparer avec soin si l'on ?eut faire la part de Terreur et celle de la vérité. L'une établit les principes éternels du beau et du bon; c'est la partie sublime de la République : l'autre est destinée à donner le mouvemeuL à ces principes, à les régulariser, si Ton pent s'exprimer ainsi, dans une société imaginaire dont le philosophe règle les formes et fonde réducation : là commencent les immoralités; en sorte que, par la plus fatale contradiction, toutes les lois de la justice, c'est-à-dire les lois de la nature, se tisBMHjt yiolées dans le livre même où Platon se propose de les établir.

Un pareil lait a de quoi surprendre , mai^ il ne reste pas sans explication. Platon s'égare tontes les fois qu'il reproduit , même eu les rectifiant , les idées de Lycurgue : ses erreurs viennent des autres, ses découvertes sublimes viennent de lui oa de Soerate. S'il s'éUit plus lié à son génie , s'il eût moitis étudié les lois des bommes, jamais il» se serait écarté de ce type éternel du beau, lumière d'un monde invisible dont il lui fut donné d'entrevoir les parvis.

On lui a r<^roché de n'Mre point assez positif . et moi je lui reprocherais volontiers de n*ètre point assex idéal ; car c'est par ses idéalités qu'il a civilii^ le monde.

Trouver le meilleur des gouvernements possi-

YAE LIS LOIS DB LA FATUBS. lOlt

bles, établir une société sans luxe, sans corruption, sans ambition et sans iiqastioe^ où chaque citoyen occupe la place de son intelligence, et où la vertu soit natureliement et éternellement portée au pou* voir suprême ; telle est la question purement fau« maine qui occupait les législateurs, et dans laquelle le génie de Platon découvrit cette question toute divine : trouver les véritables principes de la justice. Quel bruit de lumière dans les ténèbres de Tanliquité ! Et c'était la premièrè fois qu'un homme embrassait dans la même pensée le bonheur des hommes et la découverte de la vérité.

Malheureusement cette haute pensée ne lui est pas loiyonrs présente : il la suit dans la théorie , cl il l'abandonne dans rexccution ; en sorte que la partie morale du livre nous apprendrait , au be«soin , à rejeter sa partie politique. Venons aux: preuves*

Sa première loi^ dont le but est admirable, puis*.

qu'elle appelle au culte d'un seul Dieu, suffirait cependant pour livrer la cité à toutes les horreurs du fanatisme ; car elle prononce le bannissement de quiconque osera, soit dans ses écrits, soit dans ses discours, donner une idée fausse de la Divinité.

Véritable loi de sacrilège qui sera juste ou injuste, suivant les lumières des juges. Au sein de Karéopage, c'est la nicine loi qui frappa Socrate.

Une rois sur la route de l'erreur, Platon ne s'arrête pins, n voulait deux choses, détruire les

196 APPBÂGIATIOIlf DIS LOIS D£ PLATOR

privilèges de la naissance, qui placent trop souvent le pouvoir entre les mains de la médiocrité, et prévenir les ambitions et les aveuglements de Pamour paternel : ces deux choses, il les obtient par la communauté des femmes. Les enfants ne connaîtront pas leur père , les mères ne connaitront pas leurs enfants. Il n'y aura qu'une famille dans la république , et chaque membre de cette famille y occupera le rang de sa vertu. Idée généreuse, qui mérite sans doute qu'on lui fasse quelques sacrifices , mais qu'il ne fallait pas acheter par la violation de tontes les lois de maternité , d'amonr et de pudeur.

Ces premiers règlements en enfantent une multitude d'autres non moins déplorables* B'abord , un peuple libre doit avoir le temps de s'occuper de la chose publique. — Nécessité e^ consécration de l'esclavage. — Il doit éviter l'influence corruptrice des peuples qui l'environnent. — Nécessité deTisolement. Les portes de la cité seront fermées, le législateur la retranche du genre humain, ëiiûd il faut que ce peuple se perpétue dans toute la vigueur de sa race primitive ; de là cette foule de lois empruntées à Lycurgue.

Éducation des temmes semblable à celle des hommes.

Apprentissage des femmes au métier de h

guerre.

Avortemént des femmes qui auraient conçu

PAft US LOIS 0£ LA NATCBS. 107

après l'âge de quarante ans. La loi leur permettra l'amour saos leur permettre la maternité.

La mort des enfants mal constitués.

• La mort des enfants incorrigibles.

La mort des enfants nés sans la permission de la loi.

Libertinage, esclavage, cruauté, immoralité!

Violation de la loi deTamonr, qui établit l'unité dans le mariage.

Violation de la loi du partage du globe, qui assigne à rhomme et à la femme des occupations séparées.

Violation des trois lois de notre être.

Du sentiment de la Divinité , sur lequel repose la fraternité de tous les hommes.

De la loi de sociabilité , qui rapproche les peuples et crée le genre humain.

De la loi de perfectibilité, qui développe sa puissance et l'appelle chaque siècle à de plus

liaiites destinées.

Or voici un phénomène bien digne de l'attention des philosophes. Cette législation , en partie exéculée à Sparte, mais dont Tensemble platonique apparaît aux anciens comme le type d'une perlée- Uon impraticable, n'est impraticable aujourd'hui que parce qu'elle est immorale : son idéalité n'atteint plus à notre réalité. Quelle route immense le genre humain a parcourue ! et comment se fait^il

que les ofajeU de son admiration soient devenus

198 APEBÉCiATIOIf DS8 LOIS DE PLATOIf

les objets de son mépris? — Eaire le monde an*

cien et le monde moderne , il y a l'Évangile !

Il est beau de trouver la sanction de la loi de perfectibilité jusque dans le chef-d'œuvre de la législation antique!

Mais c'est assez nous occuper des fautes du pbilosophe; passons à i'auLrc partie de l'ouvrage : nous avons vu le disciple de Lycurgue , voyons le disciple de Socrate. C'est là que Platon s'élève tout à coup à cette science révélée , qui faU regarder Vàme eit hmiy et qui a pour objet ce qui est et ce qu'on ne voit pas ; c'est Jà qu'il retrouve les véritables lois de la nature dans la contemplation du beau et du bon, dont les types invisibles existent dans le ciel , qui ne les réfléchît que sur nous ^ c'est là enfin qu'il rend témoignage à la vérité eo posant les limites du juste et de Tinjuste, et en attribuant au premier les plus grandes joies de Tàme, et au second ses plus effiroyables supplices.

Car, à cette époque, c'était une doctrine fort répandue que rien n'est plus à charge que la sa* gesse, et que rien n'est plus utile que l'injustice. £n voyant la vertu iaible et indigente, on la ju* geait malheureuse : en voyant le crime riehe et puissant, on le jugeait heureux; et de ce double spectacle 9 qui n'afflige pas seulement les répobli-» ques, on avait tiré ce principe , que Tinjuslice est plus favorable au bonheur que la vertu*

Loin d'affiiiblir ce tableau , Platon le consacre

fil us LOIS DE LA NATIIAB* 199

en créant un juste et un méchant imaginaires, qu'il place dans les plus hauts degrés du crime et de la sagesse. Son juste ne sera pas seulement sou* mis à la misère; il le sera à Tinfamie et au supplice, il sera calomnié, fouetté, maudit, chargé de fers, traîné dans Tignominie, puis livré au bourreau, et cloué sur la croix !

Son méchant nesera pas seulement un ambitieux débonté. Il sera un hypocrite, le type hideux où Molière ira chercher son tartuffe, heureux par ses richesses, puissant par ses alliances , tirant avantage de tout , parce qu'aucun crime ne l'effraie , se conciliant la bieuTeillance du peuple par des apparences vertueuses , et la protection des dieux par ses sacrifices. Scélérat consommé que la for* iuiic couronne et que les hommes honorent !

Eh bien, c'est en présence de ce supplice et de ces prospérités, c'est en contradiction avec la voix générale des peuples, que Platon, dès le second livre de la République , proclame solennellement le juste heureux, parce qu'il est juste, le méchant malheureux, parce qu'il est méchant. Admirable févéiation de la conscience de Socrate , première lueur de la conscience du genre humain!

A présent , tournons quelques pages , arrivons droil au huitième et au neuvième livre de la République ; le disciple de Socrate va prouver ce qu'il a affirme. Sa doctrine est d'autant plus belle qu'elle donne la même base au bonheur des masses et au

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bonheur de riodmdu : morale politique , morâle

privée, c'est tout un. Et d'abord il compte cinq espèces de gouveruemeiits et cinq caractères de PAme qui leur répondent , car les gouvernements se foDtavec les mœurs, ils sont toujours l'expression du caractère d'un peuple. Il examine ensuite les causes de leur élévation et de leur chute , et comment ils s'engendrent les uns les autres, signalant toujours le vice qui les tue ou plutôt qui les métamorphose. Ainsi Taristocratie devient une timarchie par Torgueil et la corruption ; la timarchie devient une oligarchie par la puissance donnée aux richesses, et Toligarchie devient une démocratie par la misère du peuple , qui se rëveille et se fait roi. C'est alors que dévoré de la soif ardente de la liberté , et servi par de mauvais échansons qui la lui versent toute pure , et le font boire jusqu'à Tirresse , ce même peuple court de crime en crime jusque dans les bras d'un tyran sorti de son sein, pétri de ses vices; enfant qui n'embrasse son père que pour l'étouffer. Ainsi 'la démocratie devient une tyrannie par ce seul fait que les excès I de la licence enfantent touj ours un maître : on sent dans cette partie du livre de Platon la puissance d'un génie qui domine l'histoire d'assex haut pour lui tracersamarche éternelle. Et quelle joie divine remplit soudain notre âme, lorsqu'elle vient à décoih vrir qne cette marche étemelle de rhistoire n'est que l'accomplissement des lois morales de la naturel

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